Pierre Vittoz (1926-1978)
Climbing the Meije, France, 1975.


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Meije 1975
Book Nr3 Guide
Miscell



Expédition à la Meije (France) en 1975

Article de Pierre Vittoz de 1976 sur son expédition à la montagne Meije (3'983 m), dans les Alpes Françaises. La Meije se situe au Dauphiné, dans le Parc National des Écrins, à 6 km au sud-ouest du Col du Lautaret.

Meije signifie midi en patois provençal local (Meidjo ou Meidjour (=midi). La Meije est en quelque sorte une autre Aiguille du Midi.

La montagne Meije possède une aura particulière, ayant été le dernier sommet majeur des Alpes à être conquis par les alpinistes, en 1877.

Pour rappel, les grandes premières de la Meije:
–Première escalade du sommet du Grand Pic de La Meije, le 16 août 1877, par Emmanuel Boileau de Castelnau et les deux Pierre Gaspard (le père et le fils).
–Première traversée dans le sens est-ouest, du Doigt de Dieu au Grand Pic, le 26 juillet 1885, par Ludwig Purtscheller, Otto et Emil Zsigmondy.
–Première traversée dans le sens ouest-est, du Grand Pic au Doigt de Dieu, le 13 juillet 1891, par Ulrich Almer, Fritz Boss et John Henry Gibson.

En 1975 ou 1976, PV était accompagné de Philippe Staub et d'autres grimpeurs non nommés, dont Edmond Pidoux. Il s'émerveille moins que prévu pendant cette course. Il se sent malgré lui de plus en plus blasé, après tous ces sommets, toutes ces escalades, dans les Alpes et dans l'Himalaya...


La Meije (3'983 m) en 2018 avec son alignement de pointes sommitales
(Source: Alpine Magazine)     (0.25Mb).


Comme cela apparaît dans l'article, le dôme sommital porte un alignement de pointes, telle une crête sur la tête d'un iguane. Ce sont dans l'ordre, d'ouest en est (de gauche à droit sur la photo ci-dessus):

Brèche de la Meije

Refuge du Promontoire      3'092 m

Arête du Promontoire

Campement des Demoiselles

Pyramide Duhamel      3'460 m

Dalle Castelnau

Dalle des Autrichiens

Pas-du-Chat

Grand Doigt du Glacier Carré      3'764 m
Pic du Glacier Carré        3'862 m
Brèche du glacier carré      3'750 m

Grand Pic (le sommet)      3'983 m

Brèche de Zsigmondy      3'936 m

2e Dent      3'947 m

3e Dent      3'951 m

Dent Blanche      3'949 m

Doigt de Dieu (Pic Central)      3'973 m

Meije Orientale      3'891 m

Col du Pavé

Le Pavé

Pic Gaspard

Plus bas, à droite: Refuge de l'Aigle





Le Charme de la Meije

Pierre Vittoz, Lausanne

Article paru en 1976 dans Die Alpen/ Les Alpes, le journal du Club Alpin Suisse. Source: SAC/CAS.
Ci-dessous, le texte français original. Copie de sûreté 07 mai 2025.
Plus bas, le texte traduit du français en allemand.





À l'endroit où on quitte l'arête pour rejoindre le glacier par un long rappel, nous avons rattrapé une cordée. Son dernier homme s'est tourné vers moi pour me dire:
—Superbe course, n'est-ce pas?
—Bof, ai-je répondu, pas tellement... Je suis un peu déçu. [Puis] je l'ai dépassé en trois enjambées.

Double faute. D'abord, il ne faut pas jouer au rabat-joie. Ensuite, je devrais savoir attendre quelques jours avant de juger d'une ascension.

Nous étions venus tout exprès, par Grenoble et Oisans. Cela en fait des kilomètres! Depuis longtemps, nous en avions l'intention.

Pour moi, un tissu de connaissances et de désirs s'était créé, où les récits de la conquête du dernier grand bastion des Alpes, douze ans après le Cervin, à la suite de vingt-cinq tentatives, se mêlaient avec le personnage étrange et prestigieux de Zsigmondy, tombé dans la face sud.

J'avais admiré les photos du Promontoire et du Glacier des Étançons, et surtout l'immense Doigt de Dieu surplombant l'abîme, silhouette unique dans les Alpes. Je savais les noms donnés aux obstacles marquants: le Couloir Duhamel, la Dalle Castelnau, le Chapeau du Capucin, sans compter toute une ménagerie: le Crapaud, le Dos d'Âne, le Pas du Chat et le Cheval Rouge...

Rentrant d' une escalade difficile à Chamonix, j'avais indiqué à des amis la Meije comme mon prochain but, et leurs yeux avaient brillé de la même envie que les miens.

J'attendais probablement trop de cette ascension. Quand on a moissonné à pleines mains dans les Alpes, et glané ailleurs [plusieurs 6000m et 7000m dans l'Himalaya], faut-il s'abattre sur un épi comme un moineau? Non pas que je sois blasé [Mais si...]. Pas du tout. Mais des comparaisons s'imposent, des souvenirs surgissent.

Dans Le Massif des Ecrins, Rébuffat aligne les adjectifs en évoquant la traversée de la Meije. Mais pour une fois, le grand guide classique a dépassé la mesure. Nous avons souri de ses superlatifs, et surtout de son idée d'«entrer en Meije comme on entre en religion».

Peut-être qu'il nous en est resté un agacement, qui sera ressorti à mesure qu'un élan mystique nous semblait faux en face de la neige granuleuse et des rochers rugueux.


La Meije
Source: Campto Camp org    (0.23Mb)

  

La Meije
Source: Wikipedia


Un seul camarade avait essayé de m'en détourner:
-Non, pas la traversée classique. Va à la face sud du Grand Pic. Ou au Grand Z dans la face nord!

Je n'avais pas même rapporté ces mots à Philippe Staub, tant la cause était entendue pour nous: nous voulions suivre l'itinéraire historique, avec montée par l'éperon du Promontoire jusqu'au Grand Pic, et traversée des arêtes par la Brèche Zsigmondy jusqu'au Doigt de Dieu.

On arrive à La Bérarde par une route sinueuse, ou plutôt par un chemin goudronné où les automobilistes sont bien obligés de se faire des politesses.

Le village est petit, ramassé au fond d'une vallée aride trop grande pour lui. Murs de pierre, toits d'ardoise, deux échoppes.

Le Valais était-il aussi sobre au temps de Whymper et de Javelle? On est saisi par un monde de pierres et d'austérité, à l'opposé du cirque bariolé des stations à la mode. Il faudrait flâner dans le hameau, à l'affût d'un recoin pittoresque, à la recherche du temps passé - et perdu.

Mais je tombai sur un écriteau: Refuge du Promontoire, 5 heures. Pour ne pas raccourcir la nuit, il nous fallut allonger le pas. Le sentier, bordé de lys martagons, s'engagea bientôt dans un vallon au fond horizontal dominé par d'immenses pentes rocailleuses.

Pas un alpage, pas un arbre. Nous étions dépaysés. Le Cachemire et le Pérou offrent un dénuement plus grand encore, mais sous des horizons d'une richesse immense. Ici, entre Grenoble et Briançon, nous ne nous attendions pas à être hors de France, hors des Alpes, loin des humains. Simplicité, solitude, silhouettes des montagnes font de ce vallon du Vénéon un coin de terre aussi insolite que son nom.

Au tournant du torrent, droit devant nous surgit la Meije. Sa face sud correspondait bien à ce que nous en attendions. Une levée de dalles fauves, cannelées tout en hauteur, avec l' unique repos d' un petit glacier carré dans une niche. Un faîte crénelé de six tourelles presque égales, grises et aiguës. C' est simple et brutal comme un château fort. La muraille est si sobre, si équilibrée, qu' on ne se rend pas compte qu' elle a huit cents mètres de haut et le double en largeur.

Par des moraines et des névés, nous sommes montés vers la gauche de la muraille, vers son seul relief important: un arc-boutant sur la corniche duquel est perché le refuge du Promontoire.

Le coucher de soleil était merveilleux sur l' Olan et la Barre des Ecrins. Au-dessus de vallons embrouillés, les sommets étaient espacés, bien dégagés les uns des autres, mais étonnamment escarpés, rébarbatifs même.


Le début de la voie normale, vue depuis le début.
Source: Montagnes Magazine    (0.07Mb)

Au matin, la marche d'approche fut réduite au minimum: exactement un pas entre le balcon de bois et le premier ressaut de granit. Départ d'autant plus agréable qu'il faisait jour et que le rocher n'était pas froid.

Les traces de passage étaient peu visibles, et nous cherchions soigneusement l' itinéraire par dalles et cheminées; nous tenions à suivre la tradition et nous craignions aussi de nous fourvoyer entre les parois.

Je m'aperçus que nous marchions avec circonspection, en tâtant les prises, en secouant les blocs avant d'y porter le poids. Du granit, ça? Oui, par son grain, bien sûr. Mais il était cassé et instable, au point de ne pas procurer le plaisir qu'évoque son nom.

Dans le grand Couloir Duhamel, il nous fallut marcher sur des œufs. Un duo qui rebroussait chemin, ou qui avait bivouaqué plus haut, descendait en une succession de rappels, et craignait les cailloux. Je compris pourquoi le gardien prenait notre paresse matinale pour de la sagesse: il croyait que nous voulions éviter de nous faire bombarder par les cordées parties de nuit.

J'ai l'impression que c'est là, dans le Couloir Duhamel, que la Meije m'a déçu. Pour une question de qualité de rocher. Je savais bien, pourtant, que les ascensions classiques du siècle passé abondent en mauvais rocher, et je ne me suis jamais laissé décourager par les gendarmes branlants de la Dent Blanche ou du Taeschhorn.

Et personne ne m' avait promis ici l'urgonien de l'Argentine ou la protogine du Requin. Mais je m'étais imaginé cette escalade du Promontoire aussi pure que l' arête du Badile, aussi solide que celles du Salbitschijen. Tromperie de la photo et du rêve... Le rocher de la Meije n' est qu' un rocher ordinaire.

La Muraille Castelnau nous présentait ses cent cinquante mètres verticaux, contre lesquels les pionniers avaient longtemps buté avant de trouver un cheminement en zigzag que l'on est encore aujourd'hui bien oblige de suivre presque exactement. Admirable flair de Pierre Gaspard, paysan de la vallée voisine, qui se montra plus observateur et plus hardi que les Aimer, Coolidge et autres grands chasseurs de cimes.

A l'aide du bout de papier où j'avais copié quelques mots et un croquis, l'escalade se révéla aisée, par des vires entrecoupées de dalles. La manie de mettre — et de laisser — des pitons à la moindre difficulté sévit ici comme sur tous les itinéraires fréquentés. C'était d'autant plus irritant que, rouge et raide à souhait, la paroi a de l'allure, et le Dos d'âne et le Pas du chat sont amusants.

Nous attendions avec impatience le moment de franchir un angle de rocher pour atteindre le Glacier carré que montrent tant de photos. Le spectacle se dévoila d' un coup. Dominé par la pyramide aiguë du Grand Pic, le glacier uni est bordé de parois nettes, et il s' arrête franc au sommet de la muraille d' où on émerge. L' impression de simplicité géométrique est parfaite. Lignes pures, dégagées de fioritures, lignes sobres comme l' ombre du matin.

Au lieu de suivre une cordée qui se hissait dans des traces gelées, nous prîmes la diagonale du carré. Plaisir de la marche sur une pente lisse. C'était la Meije telle que nous l'attendions: abrupte, simple, sans trace de passage. Nous aurions volontiers continué toute la matinée à nous balancer de ce pas précis que donnent les crampons.

Mais, comme il est petit, ce glacier! Nous nous sommes trop tôt retrouvés à tâtonner des pieds et des mains dans le gneiss branlant de la face du Grand Pic.

La pente, peu à peu, se redressa, et nous poussa vers la gauche. Et voilà que brusquement le sol s' amenuisa sous nos pieds. En débouchant au sommet d' une dalle, nous nous trouvions d' un coup passer du sud au nord de la montagne. Plongée du regard sur la face nord, son glacier tourmenté, des pâturages fuyants, le village de La Grave avec ses toits gris et ses champs. Nous étions sur le fil de la montagne, dont soudain m' apparut le caractère unique: ce n' est pas une masse ramifiée, ni une pyramide à trois ou quatre arêtes, mais une seule lame gigantesque à deux faces exceptionnellement hautes et raides.

Du sommet, cet aspect de lame est saisissant. Au sud comme au nord, c' est le vide, adouci seulement par la brume de beau temps et la richesse du soleil méridional. Nos yeux erraient de droite et de gauche, sans s' accrocher nulle part, glissant sur les vallées, sur les glaciers que nous ne connaissions pas, sur la masse lointaine du Mont Blanc. Derrière nous, c' était la longue crête du Râteau et du Pic du glacier carré.

Devant nous, sur le fil entre les deux abîmes, notre chemin était tout tracé vers le soleil levant, par les arêtes scintillantes d' où pointait le Doigt de Dieu. Une montagne proche de la perfection par son architecture et son unité.


La 2e moitié de la voie normale, vue depuis la fin.
Source: Montagnes Magazine    (0.07Mb)


Du Grand Pic, nous descendîmes dans la Brèche Zsigmondy. Quelques rochers, deux rappels, une dalle où pend un câble effiloché. Ce n' est guère difficile, mais c' est impressionnant par le délabrement qui s' aggrave à mesure qu' on s' approche du fond. La brèche est jonchée de gravats, ses murs lézardés semblent ébranlés à l'explosif.

C'est le lieu d'un cataclysme. En 1964 [le 15 mai 1964], la muraille a cédé sur une trentaine de mètres de long et autant de profondeur, envoyant des milliers de tonnes ravager la face sud, et laissant un créneau qui menace ruine de nouveau. [D'autres écroulements se sont produits en 1969 et 1982, réduisant la Meije orientale. Et finalement, le 7 août 2018, deux pics de 15m de haut qui se dressaient sur la face sud de la Meije, entre le bord supérieur du Glacier Carré et la base de la Brèche du Doigt, un col à la gauche du Pic du Glacier Carré, se sont alors effondrés et sont tombés dans le vide.]

De la brèche effritée, on ne peut plus suivre l'arête devenue surplombante après l'éboulement. Un câble de cent mètres nous indiquait le chemin en pleine face nord. Les pieds sur la neige, les mains sur le rocher ou le câble, nous suivîmes la base d'un ressaut vertical. Ambiance de grande course, avec quelques efforts pour franchir deux goulottes de glace. Le soleil rasant faisait scintiller ensemble les cristaux de rocher et de glace. La montagne ruisselait de beauté.

Un couloir vertical nous ramena à l'arête. L'ho bascula de nouveau. Eblouis, nous nous trouvions sur ce faîte crénelé que nous avions admiré la veille au soir. Nous nous mîmes à le suivre sans un mot ou presque, pour savourer cette promenade d'exception. Succession de sommets en dents de scie, où l'on marche en équilibre entre [le versant] ensoleillé et les neiges fuyantes.


Le Doigt de Dieu
Source: Montagnes Magazine    (0.21Mb)

Nous étions seulement trop bien entraînés, et chaque dent se trouva franchie en un instant. Il fallut inventer un pique-nique sur l'extrême pointe du Doigt de Dieu pour faire durer le plaisir de la traversée des arêtes.


Le Doigt de Dieu
Source: Montagnes Magazine    (0.26Mb)


L'ascension s'achevait au sommet d'une pente de glace où des touristes étaient empêtrés dans leurs cordes.

-Superbe course, n'est-ces?
-.....

Rappel, rimaye, glacier ramolli. Un quart d'heure plus tard, nous ôtions la corde et la veste avec les gestes lents du travail accompli.

A vingt mètres se dressait le refuge de l'Aigle, avec ses parois de planches et sa petitesse d'un autre âge. Campé entre deux glaciers, à 3500 mètres, près des sommets et loin des villages.

-Qu'est-ce qu'on fait?

-On pourrait arriver à La Grave avant quatre heures.

-J' ai encore une cartouche de gaz pour le réchaud.

Les expressions routinières et pratiques ne répondent pas à la vraie question. Deux amis intimes les emploient constamment, mais ils communiquent entre les mots, par une intonation, par la légèreté d'un silence, par un geste et un coup d' œil.

Philippe, le fin varappeur, se retourna. Son œil remonta la trace que nous venions de descendre, il parcourut à nouveau les arêtes que nous avions traversées.

La neige flamboyait sous le soleil de midi. La Meije présentait un nouvel aspect, fait de lumière et de grâce.

La question avait reçu sa réponse. Les sacs furent déposés dans le vieux refuge. Et nous nous en fûmes nous installer, tantôt sur le seuil de bois, tantôt sur les rochers voisins, pour regarder.

Regarder tourner le soleil, changer le modelé du glacier, s'allonger les ombres du Grand Pic et du Doigt de Dieu.

Regarder s'iriser la frange des nuages, se figer les silhouettes au crépuscule, s'élever la pleine lune sur tout le massif.

Et comprendre enfin que certaines montagnes privilégiées placent — encore aujourd'hui et malgré notre ère technicienne - le charme et la beauté bien au-delà de la qualité de la roche, bien au-dessus de la difficulté de l' escalade.

Notre traversée de la Meije ne s'est pas arrêtée à la rimaye. Ni au refuge. Nous l' avons continuée toute une semaine, une semaine de campement en famille. La Meije fit face à l'austère Col du Lautaret, elle contrasta avec l'horrible Alpe d'Huez, elle s'équilibra avec la Barre des Ecrins ou les Aiguilles d'Arves.

Nous la retrouvions dans le volume que lui a consacré Isselin, et dans le roman où Liotier en fait un personnage qui révèle les caractères de l'alpiniste et de celui qui va devant.

Nous en saisissions l'esprit dans un hameau épargné par le tourisme, un vallon désert et fleuri, une de ces cascades que personne n'a captées, mais qui bondissent blanches et libres comme Dieu les a voulues.

A mesure que s' écoulaient les heures, la Meije retrouva à nos yeux la place que la pauvreté de son rocher pourrait lui faire perdre, la place qu'elle mérite parmi quelques autres par son histoire, son architecture et la lumière légère du massif de l'Oisans.


Ajouté 08 sept 2025






Der Zauber der Meije
(Le Charme de la Meije)


Pierre Vittoz, Lausanne

Article paru en 1976 dans Die Alpen/ Les Alpes, le journal du Club Alpin Suisse. Source: SAC/CAS. Copie de sûreté 11 juin 2024.
Ci-dessous, texte traduit du français en allemand.



Wir verliessen gerade den Bergkamm [am Ende der Meije-Kletterung] und wollten uns zum Gletscher abseilen, als wir eine andere Seilschaft einholten. Der letzte Mann der Gruppe drehte sich um und sagte mir:

«Eine herrliche Route, nicht wahr?»
«Ach, nicht so sehr für mich, ich bin ein bisschen enttäuscht», gab ich zur Antwort.

Und mit drei grossen Schritten überholte ich ihn.

Da hatte ich nun einen doppelten Fehler begangen. Erstens sollte man nie Spielverderber sein, und zweitens hätte ich wenigstens ein paar Tage [Stunden?] warten können [sollen], um eine solche Route zu beurteilen.

Wir waren nämlich aus einem ganz bestimmten Grund hierher gereist, über Grenoble und Bourg-d'Oisans – so viele Kilometer! [Ah bon? Pour l'infatigable globe-trotter PV, qui explorait avec entrain vallée après vallée, du Ladakh au Népal, cette remarque paraît bizarre...] Die Absicht zur langen Reise [idem] bestand schon seit langem.

Mein Wunschtraum verdichtete sich im Laufe der Zeit zu einem feinen Netz von Kenntnissen, von Sehnsüchten, die der Verwirklichung harrten. Erzählungen und Berichte über die Bezwingung dieses letzten Bollwerks der Alpen gab es genügend. Fünfundzwanzigmal wagten Bergsteiger das Abenteuer, bevor die Erstbesteigung Tatsache wurde [in 1877], fast zwölf Jahre nach der des Matterhorns. Ich dachte an Zsigmondy, diesen hervorragenden und berühmten Bergsteiger, der in der Südflanke abstürzte. Natürlich hatten die Fotos des Aussichtspunktes und des Gletschers von Etançons meine Bewunderung erregt; vor allem beeindruckte mich der unheimlich grosse Doigt de Dieu [tout spécialement pour un pasteur], der über einem tiefen Abgrund steil in die Höhe ragt: eine einmalige Silhouette in den Alpen.

Ich kannte die Namen, die man den bekannten Hindernissen gegeben hatte: das Couloir Duhamel, die Dalle Castelnau, den Chapeau du Capucin und, nicht zu vergessen, eine ganze Ménagerie: den Crapaud (die Kröte), den Dos d'Âne (der Eselsrücken), den Pas-du-Chat (der Katzentritt) und das Cheval Rouge (das rote Pferd)... Als ich nach einer schwierigen Klettertour nach Chamonix zurückkehrte, erzählte ich meinen Freunden von meinem nächsten Ziel: der Meije; und in ihren Augen las ich dieselbe Abenteuerlust, wie ich sie in mir fühlte.

Vermutlich setzte ich zu hohe Erwartungen auf diese Besteigung. Wenn man mit vollen Händen in den Alpen und anderswo geerntet hat, soll man sich dann wie ein Spatz auf eine einzelne Ähre stürzen? Nicht dass ich nun etwa blasiert oder abgestumpft wäre, das überhaupt nicht. Doch Vergleiche drängen sich unwillkürlich auf, und Erinnerungen stellen sich ein.

Rébuffat spart nicht mit Adjektiven in seinem Band «Le massif des Ecrins», wenn er von der Überschreitung der Meije berichtet. Wir fanden, dieses eine Mal habe der grosse Bergführer das Mass überschritten. Die Superlative reizten uns zum Lächeln, vor allem sein Gedanke, man müsse in das Gebiet der Meije wie in ein Heiligtum eintreten.

Vielleicht war deshalb in uns unbewusst eine leichte Gereiztheit zurückgeblieben, die wohl angesichts des körnigen Schnees und der rauhen Felsen noch mehr zutage trat. Wo bleibt nun da der mystische Elan?


La Meije
Source: Campto Camp org    (0.23Mb)

  

La Meije
Source: Wikipedia

Ein einziger Bergkamerad hatte es versucht, mich von meinem Vorhaben abzubringen: «Mach nicht die klassische Überquerung, geh in Richtung Südflanke des Grand Pic und zum Grand Z in der Nordflanke!» Doch von diesen Vorschlägen erzählte ich Philippe Staub nichts, denn für uns war der Fall klar: Wir wollten der historischen Marschroute folgen, mit dem Aufstieg über den Gebirgsvorsprung des Promontoire hinauf zum Grand Pic, dann Überquerung des Felskammes durch die Brèche Zsigmondy bis zum Doigt de Dieu.

Eine enge, kurvenreiche Strasse führt nach Bérarde. Eigentlich ist es eher ein gepflasterter Weg, wo die Automobilisten gar nicht mehr anders können, als höflich sein. Das Dorf ist klein, die Häuser stehen wie zusammengepfercht im entlegensten Teil eines trockenen Tales, das in seiner Grosse fast erdrückend auf die kleine Siedlung wirkt. Steinmauern, Schieferdächer, zwei kleine Spezereiläden. War wohl auch das Wallis zur Zeit von Whymper und Javelle so nüchtern, so schlicht? Man ist ergriffen von der Einfachheit dieser stillen kleinen Welt, die sich selbst genügt. Daneben kommen einem die modischen, berühmten Wintersportplätze wie ein buntscheckiger Zirkus vor. Man müsste im Weiler umherschlendern auf der Suche nach vergangener und vielleicht gar verlorener Zeit.

Da stand ein Wegweiser vor uns: «Refuge du Promontoire, 5 Std.» Um die Nacht nicht zu verkürzen, steuerten wir nun mit längeren Schritten auf unser Ziel zu. Der Weg, umsäumt von Türkenbundlilien, führte bald in ein Tälchen, dessen horizontaler Talboden von riesigen steilen Felshängen beherrscht wird.

Keine Weide, kein Baum waren zu sehen. Wir fühlten uns wie Fremdlinge. Im Kaschmir-Gebiet und in Peru [PV n'est toutefois pas allé au Pérou] fühlt man wohl diese Verlassenheit noch mehr, doch dort belebt uns ein unermesslicher, vielfältiger Horizont. Hier, zwischen Grenoble und Briançon, waren wir nicht auf diese Einsamkeit gefasst. Es war, als seien wir nicht mehr in Frankreich und ausserhalb des Alpengebietes, fern von allen Menschen. Das Tal des Vénéon ist in seiner Weltabgeschiedenheit ein eigenartiger und ungewöhnlicher Flecken Erde, umrahmt von den Silhouetten der Berge ringsum.

Bei der Biegung des Gebirgsbaches, unmittelbar vor uns, erhebt sich die Meije. Ihre Südflanke entspricht wirklich dem, was wir uns vorgestellt haben. Wir sehen eine Erhebung von fahlroten Steinplatten, deren Längsrillen in die Höhe streben, nur unterbrochen von einem kleinen, eckigen Gletscher in einer Nische. Ein Gipfel, in den sechs beinahe gleich grosse Türmchen eingekerbt sind. Grau sind sie und spitz. Das Bild einer Festung ersteht vor unsern Augen, einer Burg mit klaren, ausgewogenen Linien. Die Felsmauer ist so karg und nüchtern, dass man sich kaum bewusst wird, dass sie 800 Meter hoch und doppelt so breit ist.

Über Moränen und Schneefelder stiegen wir gegen die linke Seite der Felsmauer, in Richtung des einzigen Reliefs, nämlich des Strebepfeilers auf der Wächte, wo auch die Schutzhütte des Promontoire ihren Platz gefunden hat.

Der Sonnenuntergang war wundervoll über dem Olan und der Barre des Ecrins. Über den Tälern, die im Dunst verschwammen, erhoben sich die weit auseinanderliegenden Berggipfel, jeder für sich abgegrenzt, überraschend steil und abschüssig und, so schien es, fast abweisend.


Le début de la voie normale, vue depuis le début.
Source: Montagnes Magazine    (0.07Mb)

Am nächsten Morgen war der Weg zum Aufstieg kurz, nämlich genau einen Schritt zwischen dem Holzbalkon und dem ersten Grataufschwung im Granitgestein. Der Abmarsch war angenehm; denn es war Tag, und der Fels nicht kalt. Die Wegspuren waren kaum sichtbar; sorgfältig suchten wir unsere Marschroute über Platten und durch Kamine; wir wollten der überlieferten Route folgen; so war auch die Möglichkeit gering, dass wir uns zwischen den Felswänden verirrten.

Ich bemerkte, dass wir uns behutsam vorwärtsbewegten, die Griffe erprobend und an den Blöcken rüttelnd, bevor wir sie mit unserem Gewicht belasteten. Das sollte Granit sein? Ja, vielleicht seiner körnigen Beschaffenheit nach. Doch dieser Granit hier war bröckelig und unstabil. Diesmal erweckte sein Name in uns keine Freude wie sonst.

Im grossen Couloir Duhamel mussten wir wie auf Eiern gehen. Eine Zweierseilschaft, die gerade auf dem Rückweg war oder die vielleicht weiter oben biwakiert hatte, stieg in mehreren Abseilmanövern ab und befürchtete Steinschlag. Ich verstand nun, warum der Hüttenwart unsere Trägheit am frühen Morgen als Weisheit angesehen hatte! Er glaubte, wir wollten uns vor dem Steinhagel schützen, den die Seilschaften, die in der Nacht aufgebrochen waren, oft unwillkürlich auslösten.

Ich habe das Gefühl, dass mich die Meije hier, im Couloir Duhamel, enttäuscht hat. Es ging um die Qualität, die Beschaffenheit des Gesteins. Aber ich wusste doch, dass so manche klassischen Besteigungen im Laufe des letzten Jahrhunderts auch auf schlechtem Gestein stattfanden, und doch habe ich mich nie von den wackligen Gendarmen der Dent Blanche oder des Täschhorns entmutigen lassen.

Niemand hatte mir ja hier Urgon aus Argentinien oder Protogin vom Requin versprochen. Aber ich hatte mir die Besteigung dieses Aussichtspunktes ebenso grossartig wie die des Badile-Grates vorgestellt oder ebenso prächtig wie die des Salbitschijen.

Doch alles schien nur Traum, auch die Photos schienen nur Trugbilder gewesen zu sein. Wir erkannten: der Fels der Meije ist halt nur ganz gewöhnlicher Fels.

Vor uns erhob sich nun die Muraille Castelnau, 150 Meter hoch, senkrecht. Für manche ein schier unüberwindliches Hindernis. Pierre Gaspard, ein Bauer aus einem benachbarten Tal, fand dank seinem Flair und seiner ausgezeichneten Beobachtungsgabe den richtigen Einstieg, den berühmte Gipfelstürmer wie Almer und Coolidge vergebens gesucht hatten. Er entdeckte damit die Route, die zum Ziel führt. Noch heute ist der damals begangene Weg der einzig mögliche.

Dank einer Skizze und wenigen Stichwörtern liess sich die Besteigung der mit Platten unterbrochenen Felsbänder gut bewältigen. Die schlechte Gewohnheit, hier wie anderswo, Haken bei der geringsten Schwierigkeit einzuschlagen und sie dort zu belassen, ist leider auch da zu beobachten. Dies irritierte uns umso mehr, als die rote und steile Wand ihren eigenen Charakter, ihren eigenen Stil aufweist, und der Dos d'Âne und der Pas-de-Chat sind amüsant für den Berggänger.

Wir erwarteten mit Ungeduld die Überschreitung einer Felskante, denn wir waren gespannt auf den Glacier Carré, den viereckigen Gletscher, der so oft photographiert wird. Plötzlich sahen wir den berühmten Gletscher vor uns. Wir waren auf dem Gipfel der Felsmauer angelangt. Die gleichförmige Eismasse, überragt von der spitzen Pyramide des Grand Pic und umrahmt von glatten Wänden, ist faszinierend. Genau vor uns begann der Gletscher, dessen Einfachheit, dessen klare geometrische Schlichtheit bestechen. Reine Linien, keine Schnörkel, eine gewisse formale Nüchternheit wie der Schatten eines Morgens.

Wir folgten nicht der Seilschaft, die sich in gefrorenen Spuren emporhisste, sondern folgten einer Diagonale im Gletscherquadrat. Das Vergnügen, auf einem glatten Hang zu steigen, leuchtete uns aus den Augen. Das war nun die Meije, wie wir sie uns vorgestellt hatten: schroff, einfach, ohne Wegspuren. Wir wären gerne den ganzen Morgen so weitermarschiert, in dem wiegenden, präzisen Schritt, den Steigeisen verleihen.

Ach, wie ist er klein, dieser Gletscher! Allzu schnell befanden wir uns wieder in der Flanke des Grand Pic, im brüchigen Gneis, wo wir sorgfältig mit Händen und Füssen abtasteten, um seine Festigkeit zu prüfen.

Nach und nach wurde der Hang steiler und drängte uns gegen seine linke Seite ab. Plötzlich wurde die Bodenfläche, auf der wir uns fortbewegten, zusehends schmaler. Sobald wir nun die Spitze der Felsplatte erreicht hatten, gelangten wir mit einem Mal aus dem Süden zum Norden des Berges. Wir liessen unsere Blicke über seine Nordwand hinuntergleiten, auf den zerschrundeten Gletscher, die kargen Weiden, auf La Grave, das Dorf mit seinen grauen Dächern und seinen bebauten Feldern und Äckern. Hier standen wir buchstäblich auf dem Dach des Berges, dessen Einzigartigkeit mir schlagartig einleuchtete: Das hier ist kein verästeltes, verzweigtes Gebirgsmassiv, auch nicht eine Pyramide mit drei oder vier Graten, sondern eine einzige gigantische Klinge mit zwei aussergewöhnlich hohen und steilen Seitenwänden.

Der Anblick dieser erstaunlichen Platte ist vom Gipfel aus faszinierend. Einsam steht sie da, im leeren Raum. Nur der leichte Schönwetterdunst und die Kraft der südlichen Sonne mildern die Starrheit, die Strenge des Berges. Unsere Blicke wanderten von rechts nach links, ohne an irgend etwas Bestimmtem festzuhalten, über Täler schweifend, über Gletscher, die wir nicht kannten, über das ferne Massiv des Mont Blanc. Hinter uns lag der lange Grat des Râteau und des Pic, der den quadratischen Gletscher überragt. Vor uns, auf der Gratkante zwischen den beiden Abgründen, sahen wir den eingezeichneten Weg in der Richtung der aufgehenden Sonne. Er führte uns auf schimmernden und glitzernden Graten, wo sich der Doigt de Dieu erhob. Ein Berg nahe der Vollkommenheit, dank seiner Einheit und seiner Architektur.


La 2e moitié de la voie normale, vue depuis la fin.
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Vom Grand Pic aus stiegen wir hinunter in die Brèche Zsigmondy. Einige Felsen -- zweimal Abseilen, dann eine Platte, an der ein ausgefranstes Drahtseil hing. Man kann nicht behaupten, es sei ein schwieriger Abstieg gewesen, aber er war doch eindrucksvoll. Der Verfall des Gesteins verschlimmert sich zusehends, je näher man dem Grund der Scharte kommt. Sie ist übersät mit Schutt, ihre rissigen Wände scheinen wie von einer Explosion zerrissen und zerklüftet.

Ein gewaltiger Abbruch fand im Jahre 1964 statt [le 15 mai 1964], als die Felsmauer auf einer Länge und einer Tiefe von 30 Metern einstürzte und Tausende von Tonnen Felsgestein die Südflanke verwüsteten und dort eine tiefe Scharte gruben, die heute wieder in Gefahr steht abzubrechen. [D'autres écroulements se sont produits en 1969 et 1982, réduisant la Meije orientale. Et finalement, le 7 août 2018, deux pics de 15m de haut qui se dressaient sur la face sud de la Meije, entre le bord supérieur du Glacier Carré et la base de la Brèche du Doigt, un col à la gauche du Pic du Glacier Carré, se sont alors effondrés et sont tombés dans le vide.]

Von der bröckligen und verwitterten Bresche aus wird es unmöglich, dem überhängenden Grat zu folgen. Ein hundert Meter langes Drahtseil wies uns den Weg geradeaus in Richtung Nordflanke. Die Füsse auf dem Schnee, die Hände am Fels oder am Drahtseil, folgten wir dem Fuss eines vertikalen Gratabbruchs. Wir fühlten eine gewisse Hochstimmung und strengten uns an, zwei Eisrinnen zu übersteigen. Das flach einfallende Sonnenlicht liess Gletscher und Eiskristalle glitzern und aufleuchten -- Der Berg schillerte und funkelte in seiner Pracht.

Eine senkrechte Rinne führte uns wieder zum Grat zurück. Geblendet standen wir auf diesem ausgezackten Giebel, den wir am Vorabend bewundert hatten. Wir folgten ihm schweigend, um diesen aussergewöhnlichen Spaziergang voll auszukosten. Eine rasche Folge gezähnter Spitzen, wo man im Gleichgewicht zwischen der sonnenbeschienenen, senkrechten Schneide und den fliehenden Schneefeldern marschiert. Eigentlich waren wir nur zu gut trainiert, jeder Gratzahn war im Nu bezwungen.


Le Doigt de Dieu
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Wir liessen uns ein Picknick auf der äussersten Spitze des Doigt de Dieu einfallen, um das Vergnügen und die Freude der Traversierung etwas zu verlängern.


Le Doigt de Dieu
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Der Aufstieg endete am Gipfel eines Eishanges, wo Touristen sich in ihre Seile verwickelt hatten.

« Das ist eine herrliche Route, nicht wahr? »...
« — »

Abseilen — ein Bergschrund — aufgeweichtes Gletschereis. Eine Viertelstunde später lösten wir das Kletterseil und schlüpften langsam und bedächtig aus der Weste, mit dem Bewusstsein, eine gute Arbeit verrichtet zu haben.

In zwanzig Meter Entfernung lag die Schutzhütte L'Aigle, mit ihren Holzwänden, so klein und fast schutzbedürftig inmitten der gewaltigen Bergriesen ringsum. Sie liegt zwischen zwei Gletschern eingebettet, auf 3'500 Meter Höhe, in der Nähe der Gipfel, weitab von den Dörfern.

« Was tun wir jetzt? »
« Wir könnten vor 4 Uhr in La Grave sein. »
« Ich hätte noch eine Gaspatrone fürs Rechaud. »

Frage und Antwort. Umgangssprache beantwortet nicht immer die Grundfrage. Freunde im täglichen Dialog verstehen sich ohne viel Wortgeplänkel. Oft genügt ein kurzes Schweigen, eine leichte Änderung im Tonfall, eine Geste oder ein Blick. Kurz - Philippe, der gewiegte Kletterer, drehte sich um. Er schaute zurück auf die Spur, die von unsern Schritten herrührte, überblickte nochmals all die Grate, die wir überquert hatten. Der Schnee glühte und flimmerte in der Mittagssonne. Die Meije zeigte sich in einem neuen Kleid, dem des Lichts und dem der Anmut.

Die Frage hatte ihre Antwort gefunden. Die Rucksäcke wurden in der alten Schutzhütte deponiert. Wir richteten uns teils auf der Holzschwelle, teils auf dem benachbarten Felsen ein. Wir sahen, wie die Sonne ihren Lauf vollzog, wie der Gletscher sein Angesicht wechselte, wie die Schatten am Grand Pic und am Doigt de Dieu länger wurden. Die Wolkenränder zeichneten sich schillernd ab, und es schien, als ob alle Silhouetten in der Abenddämmerung erstarrten. Bald erhob sich prächtig der Vollmond über dem ganzen Massiv. Da verstanden und fühlten wir, dass es einzelne privilegierte Berge gibt — auch heute noch und trotz der fortschreitenden Technisierung —, deren Anmut und Schönheit viel mehr ins Gewicht fallen als die Qualität des Gesteins und der Schwierigkeitsgrad der Besteigung.

Die Überschreitung der Meije hörte nicht am Bergschrund auf, auch nicht in der Schutzhütte. Wir erlebten sie eine ganze Woche lang beim Familien-Zelten weiter.

Die Meije stand dem strengen Col du Lautaret gegenüber, sie kontrastierte mit der schrecklichen Alpe d'Huez und glich sich an die Barre des Ecrins oder an die Aiguilles d'Arves an.

Wir fanden sie wieder im Buch, das ihr Isselin gewidmet hat, und im Roman von Liotier, wo die Meije personifiziert wird, indem sie den Charakter des Bergsteigers und des «celui qui va devant» enthüllt.

Wir empfanden ihren Geist im Weiler, der vom Tourismus verschont geblieben ist, in einem menschenleeren und blumenbewachsenen Tal, in klaren, rauschenden Wasserfällen, die ungestüm und ungebändigt zu Tal rauschen, so wie Gott sie erschaffen hat.

Und während die Zeit verstrich, rückte die Meije in unseren Augen wieder an den Platz, den sie wegen ihres fragwürdigen Gesteins beinahe eingebüsst hätte, an den Platz, den sie zusammen mit einigen andern Bergen dank ihrer Geschichte, ihrer Struktur und wegen des sanftgoldenen Lichts am Oisans-Massiv verdient.

Übersetzung Monique Meuli

Ajouté 15 juin 2024



La Meije en 2024. Les fous de la montagne.

Nicolas Jean et Benjamin Védrines ont descendu le Z de la Meije à ski, le 5 juin 2024. Un enchaînement de 16 heures pour un total de 4'000 mètres de dénivelé...


Descente de la Meije à ski en juin 2024
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Descente de la Meije à ski en juin 2024
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Descente de la Meije à ski en juin 2024
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Les deux comparses vont tenter ensuite en été 2024 l’ascension à la journée et sans oxygène du K2, second plus haut sommet du monde situé au Pakistan, avec l'espoir... d'en décoller.

Ajouté 15 juin 2024


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Created: 14 Jun 2024 – Last modified: 08 Sept 2025