Pierre Vittoz (1926-1978)
Mt-Blanc/Brenva Climb (1973)


Biography Alps
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Himalaya
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Lenzspitze 1966
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Mont Blanc 1973
Meije 1975
On Climbing Handbooks 1977
Miscell



Expédition au Mont-Blanc (France) en août 1973

Article de Pierre Vittoz de 1974 sur son escalade du Mont-Blanc (4'806 m) par le flanc est, par l'Eperon de la Brenva, en août 1973. Faisant partie des Alpes françaises, le Mont-Blanc est le plus haut sommet d'Europe occidentale.


Le Mont-Blanc depuis le col de Brenva
(Source: Hikr.org)     (1.59Mb).





L'éperon de la Brenva [face est du Mont-Blanc], vingt ans après [après la conquête du Nun]

Pierre Vittoz, Yaoundé

Article paru en 1974 dans Die Alpen/ Les Alpes, le journal du Club Alpin Suisse. Source: SAC/CAS.
Ci-dessous, le texte français original. Copie de sûreté 01 mai 2025.
Plus bas, le texte traduit du français en allemand.



La veille: montée avec le téléphérique de l'Aiguille du Midi

Vous craignez l'invasion des Alpes par le tourisme de masse? Vous vous opposez aux câbles tentaculaires, à la kermesse, à la fuite devant l'effort symbolisée par le «tire-flemme»? Oui, bien sûr, vous avez raison. Mais prenez quand même une fois ce scandaleux téléphérique, construit au mépris des lois et de la protection de la nature entre l'Aiguille du Midi et le Col du Géant.

Laissez-vous une fois porter par la benne d'aluminium à cent mètres au-dessus de la Vallée Blanche. Et si vous ne ressentez pas d'émotion, je vous comprends encore moins que je n'apprécie les touristes en troupeau.

[En ce mois d’août 1973] Nous quatre [Quels quatre? Jean-Claude Berger du Salbitschijen mars-avril 1966, Otpal 20ans, Philippe Staub, Pierre Vittoz] ne sommes pas des novices. Nous avons arpenté ce glacier à pied et à ski, et gravi une quinzaine des aiguilles qui l'entourent. Mais nous avons le souffle coupé dès le moment où la cabine quitte le nid de la muraille et prend son vol.
[d’autant plus que Pierre Vittoz vivait en ce moment au Cameroun, un pays très plat, et qu'il ne revoyait ses chères montagnes qu'une fois par année.]

Le vide, la face sud du Midi et ses dalles grenues, les séracs du Tacul, la droite géométrique du Couloir Gervasutti, le soleil éclatant, la folie des Aiguilles du Diable, les lointains $$$ de la Mer de Glace, le bâton du Capucin, le blanc, l'ocre, le bleu roi – les souvenirs, les projets et les rêves.

Fascinés, muets ou presque, nous pouvons seulement accepter comme un don la beauté des masses et des contrastes, la merveille du granite et de la neige ordonnés, sculptés, édifiés en un prodigieux monument: le Mont Blanc.

Le soir au refuge

—[PV:] J'en ai assez d'être recroquevillé sur ce banc. Je vais me coucher sur la terrasse. Qui veut partager un sac de bivouac?
—[Staub ou Otpal:] Il fera froid dehors. On est moins mal ici [à l'intérieur].
—[Berger:] Bon, je viens avec toi.

Berger et moi sortons du refuge de tôle encombré d'hommes, de réchauds et de cordes. Nous dénichons une paillasse jetée au rebut et couverte de glace, et nous allongeons sur son modeste confort.

Fascination du Mont-Blanc by night

La Lune s'est levée, elle a tapissé d'argent l'immense cirque. Nos yeux sont d'abord accrochés par le personnage le plus sauvage du spectacle: l'Aiguille Noire de Peuterey, qui se dresse comme un cavalier sur la vallée et sur la nuit. Elle impose sa géométrie de triangles et d'ombres, elle contraint le Glacier de la Brenva à se briser en mille séracs, et nous domine de son profil d'aigle.

Avec la Blanche de Peuterey s’annonce une autre physionomie: son contour est moins précis, moins anguleux, jalonné de bosses plutôt que de sommets, mais elle est revêtue de sa face nord comme d'une robe longue et cintrée.

Puis vient la face de la Brenva. Ce n'est pas une silhouette, mais une immensité de glace que la Lune habille de mystère, un théâtre antique dont les gradins de marbre s'étageraient jusqu'aux étoiles. Un de ses côtés s'appuie sur le Pilier d'Angle qui nous fait face, l'autre sur l'arête du Mont Maudit au bout de laquelle est campé notre bivouac fixe.

La raideur des gradins est impressionnante, mais plus encore leurs dimensions et leur régularité. Dans la pénombre qui estompe les reliefs, je ne distingue pas la Sentinelle Rouge, et à peine la Poire dont les trois cents mètres de granite ne sont qu'un détail dans cette grandeur.

Seul est marqué l'Eperon de la Brenva; son étrave de neige divise la paroi concave, et forme l'itinéraire évident entre les profondeurs du glacier et la courtine de séracs qui défend les pentes supérieures du Mont Blanc.

Fêter les 20 ans du triomphe du Nun (1953)

Ce n'est pas par hasard que nous sommes ici. Tous quatre, amateurs de voies glaciaires, nous attendons l'occasion d'escalader le plus haut sommet des Alpes par cette avenue royale.

Pour moi, il y a juste vingt ans que j'ai réussi ma plus grande ascension, la pyramide [du Nun, dans le Massif du Nun-Kun], dans le Cachemire.

[Pour fêter l’anniversaire de cette ascension du Nun, en août 1953] À défaut de remonter à sept mille mètres, j'ai espéré gravir la Brenva avec mes compagnons d'alors [ceux de 1953, à savoir Bernard Pierre, Michel Desorbay, Jean Guillemin, et feu Claude Trouillet-Kogan].

Mais ils ont plus de soucis que d'entraînement, et n'ont pas pu me rejoindre. Le temps a passé; nous nous sommes alourdis, embourgeoisés; surtout la petite, l'extraordinaire Claude Kogan, que j'avais accompagnée jusqu'au sommet [du Nun], n'est plus là, restée dans la glace de l'Himalaya.

L'élan n'est plus le même. Je me retrouve seul de la vieille équipe. Déjà. Mes compagnons d'il y a vingt et trente ans ont raccroché leur piolet.

J'ai quand même voulu marquer cet anniversaire; c'est pourquoi je suis en face de la Brenva, et mon esprit oscille entre la nécessité de s'endormir et celle de se souvenir.

Anniversaire minuscule, [dont] personne ou presque ne se rappelle. [PV est trop modeste, ou trop pessimiste: une équipe d’alpinistes belges a encore fêté le 50e anniversaire de cet exploit en escaladant le Nun en 2003!] Bernard Pierre s'en souvient, le fidèle, qui avait mis sur pied cette admirable expédition. Ma femme aussi, bien sûr, qui en avait vécu les affres et les joies. Mais au-delà, qu'est-ce qu'un sommet himalayen parmi tant d'autres?

Je le savoure encore [ce sommet], après tant d'années $$$. Complaisance et narcissisme? Par les muscles, les poumons et la tête, j'étais en grande forme, et je me suis joué des difficultés et de l’effort. Cette vaste escalade était ce qu'il me fallait.

De combien ai-je vieilli en vingt ans? Bien sûr, je vis loin des Alpes [au Cameroun comme missionnaire]. Mais n'ai-je plus le «coffre», et les goûts, et le flair du glaciairiste? Devant cette face célèbre du Mont-Blanc, je me retrouve presque avec le même désir que devant la face inconnue du Nun-Kun. Avec la même confiance aussi de dessiner ma trace par la neige et la glace jusqu'au point suprême et sans rival.

Matin suivant: départ de l'ascension

La Lune est couchée. L'arête de Peuterey a disparu comme un rêve dans la nuit noire. Crampons aux pieds et lampe au front, nous descendons une longue pente et atteignons le Glacier de la Brenva au-dessus des séracs. L'itinéraire normal prend l'éperon depuis sa base, par des rochers. Mais on peut le rejoindre quatre cents mètres plus haut par une facette de glace, la variante Güssfeldt; le Guide Vallot, que j'ai presque appris par cœur, dit qu'elle est plus difficile, plus belle aussi.

–La neige va.
–Elle va très bien.
–On prend droit en haut!

Nous allons à petits pas pour ménager nos forces: le sommet nous domine de quatorze cents mètres. Aux premières lueurs du jour, première rimaye [crevasse entre roche et glacier], sous un sérac. Bigre, comme c'est raide!

Prenons à droite, pour revenir sur le mur d'où on verra la suite. Je monte pied à pied dans la neige solide comme du bois. Quand je crois être à bout de corde, je glisse un coup d'œil par-dessous mon bras: c'est bien ça, Berger nous connaît tous deux depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'a pas besoin de mon aide, ni moi de la sienne, et doucement, calmement, il me suit comme sur un sentier. Staub et mon fils Otpal ne sont d'ailleurs pas en reste, et ils ont déjà franchi la rimaye [crevasse entre glacier et rocher]. Plaisir de grimper avec des compagnons d'une telle sûreté.

Le jour monte avec nous, imperceptiblement. À mesure qu'il s'affirme, il montre la raideur des couloirs que nous devons gravir entre les séracs. Il souligne le contraste entre la blancheur éclatante de la glace et la sévérité de sa pente. Quel début princier pour l'escalade du Mont-Blanc!

Le XIXe siècle, âge héroïque de l'alpinisme

Et quels bonshommes c'étaient, le docteur Güssfeldt et ses guides qui, en 1892, montaient déjà par-là! À l'endroit où nous le rejoignons, le grand éperon dessine une crête horizontale qu'un Anglais a décrite: «C'était la plus mince et la plus formidable arête de glace que j'aie jamais vue; la glace, à droite, tombait verticalement (c'est avec réflexion que j'emploie le mot), et il en était à peu près de même à gauche. L'arête était devenue tranchante comme la lame d'un couteau, et pendant quelques yards, il fut absolument impossible d'avancer autrement qu'à cheval.»

Ne sourions pas! D'abord les conditions peuvent changer. Le terme d'arête de glace a dû satisfaire d'autres grimpeurs puisqu'il est reste attaché à cet endroit.

Aussi, la lame de couteau n'était pas encore devenue un cliché, et Mr. Moore avait le droit d'être ému le jour où il fit la première ascension de l'Éperon de la Brenva: le 15 juillet 1865. Le lendemain de la conquête du Cervin. L'année où les Grandes Jorasses furent gravies.

Et l'Aiguille Verte par trois itinéraires. Ces pionniers avaient une audace incroyable. Quant aux poignets de Jakob Anderegg, de Meiringen, qui taillèrent toute la pente de la Brenva... C'était l'âge d'or de l'alpinisme.

Une période qui devait être exaltante, avec une profusion de grimpeurs de la même stature que les sommets à atteindre. Ou bien? Peut-être faisons-nous une erreur de perspective. L'alpinisme est-il moins généreux aujourd'hui? Sûrement pas. Il est servi par des hommes aussi ardents et entreprenants qu'autrefois. Ceux auxquels nous avons laissé l' in $$$ du refuge-bivouac, on les aperçoit d'ici: quatre Italiens sont dans les premiers ressauts de la Voie Major, deux Français montent vers le Col de Peuterey et le Pilier de Frêney, deux Anglais essaient la «seconde» de la paroi nord du Pilier d' Angle. L'âge d'or continue. L'enthousiasme reste, double par nos équipements.

Nous-mêmes, nous quatre, ces dimanches passés, nous avons chassé la «première» avec pitons et étriers sur un contrefort des Diablerets, nous avons visé l'exploit dans les séracs de la face nord-est du Bishorn. Et devant nous s'esquissent plus de projets que de beaux jours en vingt ans. L'âge d'or, nous le vivons et le façonnons.

Quand le soleil de la mi-été nous rejoint, une gourde et du chocolat sortent d'un sac, et nous faisons un instant face au vide. Sous nous, la neige fuit; cent mètres plus bas, elle semble pourfendue par l'«arête de glace» qui envoie le névé plonger de part et d'autre de l'éperon; au fond, le glacier est broyé par le granite comme un lac en tempête contre une digue. À contre jour, les Aiguilles du Diable sont plus sveltes, plus dansantes que jamais. De l'autre côté, c' est la masse du Mont Blanc; ses lignes sont confuses, son versant est un fouillis de côtes et de couloirs, le Pilier d'Angle est un labyrinthe de glace barrée de granite.

Mais de ce foisonnement même se dégage une force prodigieuse, celle d'une nature si opulente qu'elle peut tout offrir comme au jour de la création. La neige est étincelante, la protogine rouge rayonne comme le feu; pas de neiges fondantes, pas d'éboulis; la plus haute de nos montagnes est saine, puissante, belle comme une Africaine épanouie [un des rares indices que Pierre Vittoz vivait alors, et depuis 4 ans, au Cameroun] et comme les pyramides de l'Himalaya.

La longue montée reprend. La courtine de séracs nous domine encore de haut. Nous devons être à l' abri de ses bombardements. L'éperon semble être le seul cheminement à peu près sûr dans toute la face. Curieux jeu que l'alpinisme: aller chercher un endroit difficile et dangereux, puis y tracer la voie la moins pénible et la moins risquée...

La gestion des risques: PV devenu plus prudent à 47 ans, selon lui

C'est un peu l'image de la vie, où alternent la recherche de la lutte et son esquive. C'est aussi une des raisons pour lesquelles nous restons attachés à ce sport plus qu'à tout autre: il faut y choisir le but et le moment, puis chercher son chemin, éviter les dangers, avancer en toute lucidité, en pesant ses responsabilités.

Le risque est présent dans ce flanc de la Brenva, celui des dimensions et du mauvais temps, celui de l' avalanche surtout.

Nous aimons qu'il y en ait un peu, comme du piment dans un plat de riz. Mais de là à gravir le dévaloir à séracs que nous avons sur notre droite [précisément ce que PV fera en remontant la voie Major, cinq ans plus tard...], ou à monter en diagonale à gauche pour couper toutes les pentes exposées!

Nous sommes de ceux qui fuient ce relent de mort. Au Nun-Kun, Claude et moi avions pris un risque énorme en grimpant un long matin sur des plaques à vent qui sonnaient creux. J'en ai gardé un goût amer, que n'a pas supprimé le goût de triomphe du sommet.

En solitaire, dans le Cachemire, j'ai osé parcourir des glaciers inconnus. Dans ce domaine, vingt ans ont passé et m'ont marqué.

Je compte aujourd'hui mes risques avec parcimonie, et je choisis mes compagnons parmi les plus prudents. Les trois qui m'accompagnent portent même le casque, à la mode duquel je n'arrive pas à me courber; espérons que l'improbable sérac aura la bonté de se débiter en petits cubes avant de les atteindre. Mais ils ne sont pas craintifs; ils montent droit derrière moi, anneaux de corde à la main; et Otpal porte négligemment son piolet sur l' épaule.

Une vire glaciaire splendide, idéale

Nous voici le nez contre les séracs:
–À gauche? à droite?
–On doit passer tout droit.
–Donnez-moi chacun votre vis à glace.

L'endroit est élégant. Il faut rejoindre une arête vive, vingt mètres plus haut et à gauche, puis la suivre.

A quatre pattes, je gravis une rampe sous un bombement, et je découvre un passage comme je n'en ai vu qu'en rêve: une vire étroite, parfaitement horizontale, traverse tout le flanc du sérac presque vertical. À pas glissés, tandis que les doigts effleurent les cristaux de glace, j'atteins en un instant l'angle du mur Blanc. Trois coups de piolet, et je me rétablis sur l'arête. Une vis à glace, et le tour est joué.

Sans m'avoir vu, sans avoir besoin d'un appel, Berger a compris chaque mouvement de la corde; il monte à son tour, me rejoint en chuchotant: «Très joli», et continue en jouant des pointes pour aller faire relais trente mètres plus haut.

Une autoroute alpiniste

À près de 4'500 mètres, nous arrivons sur un vrai chemin. De ma vie, je n'ai vu autant de traces sur la neige. C'est la grande route qui conduit de l'Aiguille du Midi au Mont-Blanc. C'est donc ça, l'alpinisme populaire, ce fossé creusé à travers le névé, ce piétinement de la blancheur?

Le groupe de quatre se scinde en 2 groupes de 2

–J'ai envie de traverser le Mont Maudit et le Tacul. [disent Berger ou Staub]
–Connais déjà le Tacul [répond PV]. Je préfère traverser la calotte [au sommet du] du Mont-Blanc et descendre aux Grands Mulets [pour rejoindre le village de Chamonix, au pied du Mont-Blanc].
–Ca vous gêne qu'on se sépare? [dit PV]
–Rendez-vous à Chamonix.

Je m'encorde avec Otpal. Berger et Staub disparaissent à grandes enjambées. Nous montons à pas mesurés.

C'est maintenant qu'il faut doser l'effort, résister au sommeil et à l'envie de faire halte, maintenir un rythme – aussi lent soit-il.

Voici de nouveau l'Himalaya. Il faut éviter la distraction, même celle d'admirer l'horizon, pour mieux se concentrer sur chaque pas; observer la pente devant soi pour accomplir les mouvements les plus réguliers; respirer à pleins poumons et sans haleter; tendre vers le sommet sa volonté.

Au sommet du Mont-Blanc

La pente est facile pourtant, sous le soleil dont elle renvoie l'éclat. Mais elle s'étire et se prolonge. Enfin peu à peu, comme à regret, elle renonce à atteindre 5000 mètres, elle courbe le dos et se rassemble, maintenant jusqu'au bout ses traits principaux de splendeur et de masse. Lentement, nous faisons le tour de l'horizon, avant de nous asseoir.

–Le père, tu as encore de beaux restes!

Goguenard et filial, le compliment me touche. Je regarde ma montre à la dérobée. Il n'y a pas six heures que nous avons quitté le bivouac [il est donc environ 10h du matin.]

Nous pouvons flâner au sommet jusqu'à ce que la soif nous en chasse, et descendre à cœur léger le versant de Chamonix où le soleil flamboie.

Nostalgie de l'Himalaya

C'est aussi beau que l'Himalaya. Ou presque. Peut-être le regret me pousse-t-il à me faire une fausse raison. Il n'y a pas ici la solitude immense. Pas non plus la rudesse des camps en haute altitude et la découverte de grands itinéraires nouveaux.

Mais en compensation, nous savourons le plaisir de grimper: tant d'arêtes, tant de faces nous rappellent une heure de peine, un jour de joie, le profil d'un ami... Nous pouvons affronter en une saison dix ou vingt ascensions difficiles.

Nous nous souvenons d'hommes qui, avant nous, ont franchi les mêmes obstacles et admiré les mêmes contrastes. Nous ne souffrons pas de l'esprit de compétition, de la vanité, qui empoisonnent tant de journées d'expédition; nous sommes débarrassés de cette tension, de cette enflure qui transforme un groupe d'amis en une «expédition internationale» et en «cordées d' assaut» qui remportent une «victoire sur l'Himalaya».

Non. J'ai eu le privilège de faire la connaissance d'une montagne nommée Nun-Kun, et de quelques autres dont je suis à peu près seul à avoir vu la silhouette [le Stok Kangri et le Matho Kangri, par exemple, qui, en 1973, le Ladakh étant toujours fermé, étaient restés déserts après PV]. J'ai aujourd'hui le privilège de faire d'autres connaissances dans ces Alpes infiniment riches, d'admirer d'autres silhouettes racées, éclatantes de blancheur, sous le même ciel bleu – à peine moins profond...

Si vingt ans ont passé, je ne désire pas retourner en arrière. Le souvenir du Nun-Kun est excellent. Le présent de la Brenva m'enchante.

Et demain, ce seront les crêtes de Rochefort, l'arête de Ferpècle [... de la Dent Blanche, dans le val d'Hérens, que PV gravira l'année suivante, en 1974], le granite des Uranaises... Notre passion dépasse même l'Himalaya; elle peut, comme l'amour, durer la vie entière.


Ajouté 08 sept 2025; modifié 11 oct 2025



Der Brenvasporn - zwanzig Jahre danach

Pierre Vittoz, Lausanne

Article paru en 1974 dans Die Alpen/ Les Alpes, le journal du Club Alpin Suisse. Source: SAC/CAS. Copie de sûreté 19 juillet 2024.
Ci-dessous, texte traduit du français en allemand.



Pierre Vittoz, Yaounde

Fürchten Sie sich vor dem Massentourismus, der die Alpen überflutet? Weinen Sie sich gegen die überall um sich greifenden Luftseilbahnen, gegen den Jahrmarkt in den Bergen, gegen das Faulenzen, das ja nur ein Symbol ist für eine all- gemeine Leistungsscheu? Natürlich haben Sie recht damit.

Aber steigen Sie doch trotzdem einmal in diese skandalöse Schwebebahn, die unter Missachtung des Gesetzes und des Naturschutzes zwischen der Aiguille du Midi und dem Col du Géant gebaut worden ist. Lassen Sie sich für einmal von dieser Aluminiumbenne da hinauftragen, t oo Meter über dem Vallée Blanche. Und sollten Sie dabei keine Begeisterung verspüren, so muss ich gestehen, dass ich Sie noch weniger begreife als die Herdentouristen.

Wir vier sind nämlich keine Anfänger. Wir haben diesen Gletscher zu Fuss und auf Ski kreuz und quer begangen, und wir haben manche der umliegenden Felsnadeln erklommen. Und trotzdem bleibt uns fast der Atem weg, wenn die Kabine ihr Mauernest verlässt und zu schweben beginnt. Die Tiefe unter uns - die Südflanke der Midi und ihre markanten Platten- die Eisbrüche des Tacul — die geometrisch gerade Linie des Couloir Gervasutti - die gleissende Sonne - die wahnwitzigen Aiguilles du Diable - in der Ferne das Mer de Glace - der Stock des Capucin - weiss, ocker, königsblau — Erinnerungen, Pläne und Träume. Die Faszination verschlägt uns die Sprache; wir können sie nur annehmen, die Schönheit der Massive und der Kontraste, das wunderbar geordnete, in Granit und Eis gehauene Bauwerk des Mont Blanc.

« Ich habe genug von dieser Bank. Ich gehe auf die Terrasse schlafen. Wer teilt mit mir einen Biwaksack? »
s « Es wird kalt sein draussen. Hier liegt man besser. »

« Gut, ich komme mit dir. »

Berger und ich verlassen die Blechbüchse, die voll ist von Männern, Kochern und Seilen. Wir stöbern einen weggeworfenen Strohsack auf, der vom Eis hart geworden ist, und beanspruchen seinen mageren Komfort. Der Mond ist aufgegangen und taucht den riesigen Zirkus in sein Silberlicht. Wie ein wilder Reiter durch Tal und Nacht erscheint uns die Aiguille Noire de Peuterey, die Hauptperson in diesem Schauspiel. Über uns steht sie mit der Geometrie ihrer Dreiecke und Schatten, sie zwängt die Kraft des Brenvagletschers in Tausende von Séracs und herrscht über uns mit ihrem Adlerprofil. Ganz anders die Blanche de Peuterey. Ihre Umrisse sind weniger scharf, weniger kantig: Die Gipfel sind buckelig, die Nordwand wie ein bodenlanges Kleid. Dann die Bren-vawand. Das ist nicht einfach eine Silhouette, das ist ein Eisberg, geheimnisvoll im Mondlicht dastehend, einem antiken Theater gleich, dessen Marmorstufen sich bis zu den Sternen hinauf fortsetzen. Auf der einen Seite stützt sie sich auf den Pilier d' Angle, der uns gegenüber liegt, auf der andern auf den Grat des Mont Maudit, an dessen Ende sich unsere Biwakschachtel befindet.

Mehr als die schroffen Felsabsätze bceindruk-ken uns das Ausmass und die Regelmässigkeit. In diesem Halbdunkel, das die Konturen verwischt, kann ich kaum die Sentinelle Rouge erkennen und nur mit Mühe die Poire, deren goo Meter langer Granit nur ein kleines Detail in diesem Grossraum ist. Nur der Brenvasporn zeichnet sich deutlich ab. Sein Schneesteven teilt die gewölbte Wand und zeigt einen klaren Weg zwischen den Tiefen des Gletschers und dem Sérac-Mittelwall, der die oberen Hänge des Mont Blanc zu verteidigen scheint.

Wir sind nicht zufällig hier. Alle vier sind wir Liebhaber von Gletscherrouten, und wir warten nur auf die Gelegenheit, den höchsten Gipfel der Alpen auf dieser Avenue zu besteigen. Was mich betrifft, so sind es gerade zwanzig Jahre her, seit ich meine grösste Besteigung gemacht habe: die Pyramide des Nun-Kun in Kaschmir. Da dieser Siebentausender etwas weit weg ist, hoffte ich, mit meinen Kameraden von damals den Brenva zu erklimmen. Aber sie hatten viel Zweifel und wenig Begeisterung und konnten mich nicht begleiten. Ja, die Zeiten ändern sich, man wird umständlicher, bürgerlicher. Besonders unsere Kleine, die aussergewöhnliche Claude Kogan, die ich bis zum Gipfel begleitet hatte, weilt nicht mehr unter uns, sie ist im Eis des Himalaya geblieben. Der alte Schwung fehlt. Nun bin ich der l.A einzig übriggebliebene von unserer ehemaligen Mannschaft. Meine Kameraden von vor zwanzig, dreissig Jahren haben den Eispickel an den Nagel gehängt. Und doch wollte ich diesen Jahrestag auf irgendeine Weise feiern; deshalb stehe ich hier vor der Brenva und weiss nicht, ob ich mich den Erinnerungen hingeben oder schlafen soll.

Ein wenig bekannter Jahrestag, gewiss, dessen sich niemand oder kaum jemand erinnert. Bernard Pierre, der treue Kamerad, hat dran gedacht; er hatte damals jene grossartige Expedition zustande gebracht. Sicher auch meine Frau, die Freuden und Schrecken miterlebt hatte. Aber darüber hinaus? Was bedeutet schon ein Himalayagipfel, wenn es deren so manche gibt? Ich aber schwelge immer noch, nach so vielen Jahren. Ist das Selbstgefälligkeit, Narzissmus? Muskeln, Lungen und Köpfchen, alles war in bester Form. Schwierigkeiten und Anstrengungen konnten mir nichts anhaben. Diese riesige Kletterei war genau das, was ich brauchte. Wie alt bin ich wirklich geworden in diesen vergangenen zwanzig Jahren? Heute lebe ich weit weg von den Alpen. Aber besitze ich nicht noch immer die Kraft, die Freude und das Flair eines Eisgängers? Ich fühle mich heute vor dieser berühmten Wand des Mont Blanc wieder fast so wie damals vor der unbekannten Wand des Nun-Kun. Mit demselben Vertrauen darauf, dass es mir gelingen wird, meine Spur ins Eis zu hauen bis hinauf zum Gipfel. Der Mond ist untergegangen. Der Peutereygrat ist verschwunden wie ein Traum in der schwarzen Nacht. Mit Steigeisen an den Füssen und Lampen an der Stirn steigen wir einen langen Abhang hinunter und erreichen den Brenvagletscher etwas oberhalb der Séracs. Die Normalroute führt von unten her durch Fels auf den Sporn. Aber man kann ihn auch 400 Meter weiter oben über eine kleine Eisflanke erreichen: die Variante Güssfeldt. Der Vallotführer, den ich fast auswendig gelernt habe, sagt, sie sei schwieriger und schöner.

« Der Schnee ist so lala. » « Er ist sogar sehr gut. » « Also, gerade hinauf! » Wir machen kleine Schritte, um mit unseren Kräften hauszuhalten. 1400 Meter über uns der Gipfel. Bei Tagesanbruch der erste Schrund, unter einem Eisturm. Donnerwetter, ist das steil! Also, nach rechts zurück auf die Felsmauer; von dort wird man weitersehen. Ich setze im harten Schnee Fuss vor Fuss. Wenn ich glaube, das Seil sei ausgelaufen, werfe ich schnell einen Blick zurück über die Schulter: Tatsächlich, Berger und ich kennen uns zur Genüge; er braucht meine Hilfe nicht und ich nicht die seine, ruhig und überlegt folgt er mir, als wär 's ein gewöhnlicher Pfad. Staub und mein Sohn Otpal kommen übrigens auch gut mit; sie haben den Schrund auch schon überquert. Was für ein Vergnügen, mit solch sicheren Gefährten zu klettern!

Kaum bemerken wir, wie es tagt. Jetzt, im neuen Licht, scheinen die Couloirs noch steiler zwischen den Eisbrüchen. Weiss und steil. Ein fürstlicher Aufgang zum Mont Blanc. Und was waren das doch damals für Kerle, Güssfeldt und seine Führer, die i 892 schon hier aufgestiegen waren!

Wir erreichen den grossen Sporn dort, wo er einen horizontalen Kamm bildet. Ein Engländer hat diese Stelle einmal so beschrieben: « Das ist der dünnste und tollste Eisgrat, den ich je gesehen habe; das Eis fällt rechts senkrecht ab ( ich übertreibe nicht ), und ähnlich sieht es linker Hand aus. Der Grat war scharf wie die Schneide eines Messers, und für einige Yards konnte man sich nur rittlings fortbewegen. » Da gibt es wirklich nichts zu lachen! Die Bedingungen mögen sich geändert haben; doch der Begriff « Eisgrat » wurde von andern Bergsteigern noch und noch bestätigt; und damals war das Wort « scharf wie die Schneide eines Messers » noch kein Klischee wie heute.

Mr. Moore hatte also durchaus das Recht, bewegt zu sein, als er 1865 am 15.Juli als erster den Brenvasporn bezwang. Kurz nach der Eroberung des Matterhorns. Im selben Jahr, wie die Grandes Jorasses bestiegen wurden. Und die Aiguille Verte gleich über drei Routen.

Diese Pioniere hatten einen unglaublichen Mut. Nicht zu vergessen die Eispickel von Jakob Anderegg aus Meiringen, die auf dem ganzen Brenvahang ihre Spuren hinterliessen... Das waren die goldenen Zeiten des Alpinismus. Es muss eine ungeheuer stimulierende Periode gewesen sein, mit einem wahren Überangebot von Bergsteigern, die alle die gleiche Statur hatten wie die Gipfel, die sie bezwangen. Oder täuscht die Perspektive? Ist der Alpinismus wirklich weniger fruchtbar heute? Doch sicher nicht. Er kennt ebenso tüchtige und unternehmungslustige Männer wie damals.

All jene, die wir im Biwak zurückgelassen haben, können wir nun von hier oben aus sehen: Vier Italiener sind bei den ersten Grataufschwünder Major-Route, zwei Franzosen steigen zum Peutereygrat und zum Fresneypfeiler auf, zwei Engländer versuchen es auf der sogenannten zweiten Route an der Nordwand des Pilier d'Angle. Das Goldene Zeitalter dauert an. Die Begeisterung steigt, eher ist sie wohl noch stärker geworden durch all die Möglichkeiten einer modernen Ausrüstung. Selbst wir vier haben an den vergangenen Sonntagen eine Erstbesteigung an einem Ausläufer der Diablerets machen können, mit Pickel und Steigbügel; wir sind mit sportlichem Ehrgeiz die Eisbrüche der Nordostwand des Bishorns angegangen. Und alle schönen Tage, von zwanzig Jahren zusammengenommen, reichten wohl nicht aus, um all das zu tun, was wir noch vorhaben. Das goldene Zeitalter - wir erleben es, wir gestalten es mit.

Während die Julisonne nun endlich über uns steht, ziehen wir Feldflasche und Schokolade aus dem Rucksack und schauen für einen Moment in die Tiefe. Unter uns weicht der Schnee. Hundert Meter tiefer scheint er wie aufgespalten durch den Firngrat. Beidseits des Sporns taucht er in die Tiefe. Ganz unten liegt der Gletscher, vom Granit gleichsam zermalmt, wie das tobende, gegen das Ufer gepeitschte Wasser eines Sees. Die Aiguilles du Diable wirken schlank und tänze-risch wie nie zuvor. Und auf der gegenüberliegenden Seite wuchtet die Masse des Mont Blanc. Kreuz und quer führen seine Kanten. Seine Flanke ist ein einziges wildes Durcheinander von Rippen und Rinnen. Der Pilier d' Angle ein Labyrinth aus Eis und Granit. Aber in diesem Aufquellen erkennt man doch eine wunderbare Kraft, die Kraft der Natur, so überschwenglich wie am Tage der Schöpfung. Der Schnee glitzert; keine Schneeschmelze, kein Geröll. Der höchste unserer Berge ist gesund, kraftvoll und schön wie ein strahlendes afrikanisches Gebirge oder wie die Pyramiden des Himalaya.

Wieder beginnt der lange Aufstieg. Noch steht das Zwischenstück mit den Eisbrüchen über uns. Wir müssen auf der Hut sein vor dem Eisschlag. Der Sporn scheint der einzige einigermassen sichere Weg in der ganzen Wand zu sein. Es ist schon ein seltsames Spiel: Man beginnt ein schwieriges und gefährliches Unternehmen und wählt dann doch jenen Weg, der am wenigsten Mühe macht und das kleinste Risiko birgt. Eigentlich ist es im Leben ebenso: Einmal sucht man den Kampf, dann wieder geht man ihm aus dem Weg. Dies ist wohl auch einer der Gründe, warum uns dieser Sport wie kein anderer an sich bindet. Es gilt sich ein Ziel zu setzen, den richtigen Moment abzuwarten, sich dann einen Weg zu bahnen, Gefahren zu meiden, verantwortungsvoll und vernünftig zu handeln.

Das Risiko fehlt sicher nicht hier in der Brenvaflanke: die Distanzen, das schlechte Wetter, besonders aber die Lawinen. Wir lieben ein bisschen davon, wohldosiert wie Pfeffer am Reis. Und doch gehören wir zu jenen, die den Modergeruch des Todes fliehen. Am Nun-Kun hatten Claude und ich eines Morgens ein enormes Risiko auf uns genommen, als wir stundenlang über dünne Platten kletterten, die ganz hohl klangen. Trotz des Triumphes auf dem Gipfel habe ich den bitteren Geschmack jener Stunden nicht vergessen. In der Einsamkeit des Kaschmir wagte ich es damals, unbekannte Gletscher zu begehen. Heute, zwan- zig Jahre später, habe ich einiges dazugelernt. Ich gehe knausrig mit dem Risiko um und suche mir meine Kameraden unter den Klugen. Die drei, die mich begleiten, tragen sogar den Helm, den ich bis heute nie auf hatte. Hoffen wir, dass der unberechenbare Eisturm die Güte haben wird, nur in kleinen Portionen auf sie herunterzufallen. Aber sie sind alles andere als ängstlich. Sie folgen mir dicht aufgeschlossen, die Seilschlinge in der Hand. Und Otpal trägt den Eispickel lässig auf der Schulter. Wir sind jetzt unmittelbar vor den Eisbrüchen.

« Rechts oder links? » « Wohl geradeaus. » « Gebt mir alle eure Eisschrauben! » Ich muss schon sagen: ein schicker Standplatz. Wir müssen einen 20 Meter höheren, links gelegenen Grat erreichen, um weiterzukommen, und diesem dann folgen. Auf allen vieren erklettere ich eine Rampe unter einem Wulst. Und siehe da! Ich entdecke einen Durchschlupf, wie ich ihn bisher nur im Traum gesehen habe: Ein schmales, ganz horizontales Band durchquert die ganze Flanke des fast senkrechten Eisturms. Vorsichtig gleitend, die Finger ins Eis gekrallt, erreiche ich blitzschnell die Ecke der weissen Mauer. Drei Schläge mit dem Eispickel - und ich verschnaufe auf dem Grat. Noch eine Eisschraube, und die Sache ist perfekt. Ohne mich zu sehen und ohne dass ich ihm etwas zugerufen hätte, hat Berger alles aus den Bewegungen des Seiles herausgelesen. Nun klettert auch er herauf, und wie er bei mir angelangt ist, murmelt er: « Sehr schön »; dann arbeitet er sich pickelschwingend weiter, um 30 Meter weiter oben Stand zu machen.

Endlich, auf etwa 4500 Meter Höhe, finden wir einen richtigen Weg. Noch nie im Leben habe ich so viele Spuren im Schnee gesehen. Es ist die grosse Hauptroute von der Aiguille du Midi zum Mont Blanc. Das also ist der Alpinismus als Volkssport, dieser breitgetretene Graben durch den Firn, dieses Getrampel im Schnee.

« Ich habe Lust, den Mont Maudit und den Tacul zu traversieren. » Mont Blanc: Brenvaflanke 2Flugaufnahme der Mont-Blanc-Ostwand « Kenn'den Tacul schon. Ich ziehe den Weg über die Gipfelhaube des Mont Blanc vor; nachher hinunter zu den Grands Mulets. » « Macht's euch nichts aus, wenn wir uns trennen? » « Nein. Also dann. Auf Wiedersehen in Chamonix. » Ich seile mich mit Otpal an. Berger und Staub verschwinden mit grossen Spreizschritten. Wir steigen gemächlich auf. Nun gilt es die Kräfte zu dosieren, den Schlaf zu bekämpfen, einen Rhythmus zu wählen, und sei er auch noch so langsam. Wieder eine Erinnerung an den Himalaya. Doch jede Ablenkung ist gefährlich, sogar der Blick zum Horizont; man muss sich auf jeden Schritt konzentrieren, den Hang vor sich genau im Auge behalten, um möglichst regelmässige Bewegungen zu machen. Den Willen bis zum äussersten gespannt, atmen wir aus vollen Lungen. Der Hang bietet jetzt zwar keine grossen Schwierigkeiten mehr, aber er ist fast ohne Ende. Schliesslich ist es, als würde er sich weigern, bis auf 5000 Meter hinaufzugehen: Er wölbt allmählich seinen Rücken. Langsam lassen wir unsere Blicke rundherum schweifen. Dann setzen wir uns.

« Du hast noch einiges im Kasten, Alterchen. » Das spöttische und doch liebevolle Kompliment rührt mich. Mit einem Blick streife ich die Uhr. Vor kaum sechs Stunden haben wir das Biwak verlassen. Gemächlich können wir nun zum Gipfel flanieren und dort bleiben, bis uns der Durst weitertreibt, leichten Herzens hinunter nach Chamonix, in der brennenden Nachmittagssonne.

Es ist jetzt beinahe so schön wie im Himalaya. Fast. Oder vielleicht hinkt der Vergleich, nur weil ich jene Zeiten so sehr zurückwünsche. Es fehlt die unermessliche Einsamkeit. Ebenso die improvisierten Biwaks in grosser Höhe, das Entdecken der neuen, unerforschten Routen. Aber dafür erfahren wir um so mehr die Freude des Kletterns: so viele Grate, so viele Wände; Freuden, Mühen, das Gesicht eines Kameraden. In einer Saison können wir ohne weiteres zehn bis zwanzig Besteigungen in Angriff nehmen. Wir sind in Gedanken bei jenen Männern, die vor uns dieselben Hindernisse überwunden und dieselben Kontraste bewundert haben. Hier gibt es keine Gefühle der Konkurrenz, keinen Neid, der so oft die Atmosphäre auf der Expedition vergiftet hat. Hier ist alles frei von jenen Spannungen, frei auch von jenem falschen Stolz, der aus einer Schar Freunde plötzlich eine « internationale Expedition » macht, die den Sieg über den Himalaya nach Hause tragen will. Ich habe zwar die seltene Gelegenheit gehabt, mit einem Berg namens Nun-Kun und noch mit einigen anderen mehr, deren Silhouetten nur wenige ausser mir gesehen haben, Bekanntschaft zu machen. Heute habe ich das Privileg, andere Berge kennenzulernen in dieser unermesslich reichen Alpenwelt, andere edle, im Weiss erstrahlende Silhouetten zu bewundern unter dem gleichen blauen Himmel - kaum weniger tief zu empfinden... Wenn mittlerweile zwanzig Jahre vergangen sind, so möchte ich doch nicht mehr zurück. Die Erinnerung an Nun-Kun ist unersetzlich. Die Anwesenheit der Brenva verzaubert mich. Morgen werden es die Grate von Rochefort sein — oder der Ferpèclegrat - oder... Unsere Leidenschaft wächst sogar über den Himalaya hinaus. Wie die Liebe, so kann auch sie ein ganzes Leben lang andauern.

( Übersetzung Alfred Lüscher ) 3 Mont Blanc: Moore- Führe; der scharfe Kamm und die grosse Abdachung 4Die Grandes Jorasses und die Walliser Alpen, vom Mont Blanc aus gesehen.

5Col und Aiguille Moore auf der Brenva-Seite des Mont Blanc PhnttK André Roch, Genf
Ajouté 08 sept 2025


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Created: 08 Sept 2025 – Last modified: 11 Oct 2025