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Au Salbitschijen, le plus terrifiant pic de granit de Suisse
Article de Pierre Vittoz de 1966 sur son escalade du Salbitschijen, en 1966, dans un épais brouillard... Ils étaient venus à deux (Pierre Vittoz et Jean-Claude Berger). Le Salbitschijen est une montagne de 2’986 m d'altitude, à 5 km au nord-ouest du col du Gothard. À côté de Goeschenen (Uri), en Suisse. La face sud du Salbitschijen est réputée former le plus beau pic de granit de Suisse. La première ascension réussie n'a eu lieu qu'en 1935!
From left to right: Dirruhorn (4'035 m), Hobärghorn (4'218 m), Nadelhorn (4'327 m), Lenzspitze (4'293 m), Dom (4'546nbsp;m), Taeschhorn (4'491 m) and Alphubel (4'206 m) . Source: PeakVisor (0.36Mb).
Brumes et Contrastes (1ère partie: Salbitschijen
Par Pierre Vittoz, Lausanne Article paru en 1966 dans Die Alpen/ Les Alpes, le journal du Club Alpin Suisse. Source: SAC/CAS. Ci-dessous, le texte français original. Copie de sûreté: 28 avril 2025. Plus bas, le texte traduit du français en allemand. Brumes et Contrastes (1): Salbitschijen Du col du Susten nous n'avons aperçu qu'une vache surgie du brouillard au milieu de la route. Le vallon de Göschenen est lugubre. Qu'est-ce qui a pu nous pousser jusqu'ici un samedi bouché? Le souvenir d'un coup d'œil. Voilà bientôt vingt ans, grimpant un itinéraire voisin, j'ai vu par instants les dalles de l'arête sud du Salbitschijen. Ce coup d'œil s'est ajouté à un récit de René Dittert, à la fameuse photo du passage-clé, à des remarques sur la qualité de l'ascension au point que, malgré la météo, un vent de tempête et de récents dimanches noyés, Jean-Claude Berger et moi montons au pas de charge à la cabane Salbit. Au matin, épais brouillard Au petit matin, la pluie, l'orage ou la neige ne m'auraient pas surpris. C'est le brouillard qui nous assiège, un brouillard opaque à trente mètres. Il ne nous empêchera pas de varapper, mais bien de trouver le pied de l'arête: après cent mètres je ne saurai même plus où est la montagne. Mais n'en disons rien à Berger, qui profiterait de l'aubaine pour se retourner et se rendormir... Les ouvreurs schwyzois providentiels En buvant mon café, j'interroge mes voisins: les uns vont à la voie ordinaire, d'autres vont cueillir des fleurs, deux Schwytzois veulent essayer l'arête sud. Un coup d'œil à Jean-Claude, et sitôt les Schwytzois debout, nous trottons sur leurs talons. Je n'aime pas le procédé, mais aujourd'hui mes scrupules sont à la mesure de la visibilité. Loin de s'en formaliser, nos deux guides nous attendent bientôt pour faire la conversation. Ils ont l'air de connaître chaque caillou, et en cinq quarts d'heure, sur de bonnes sentes, ils nous mènent sans une hésitation au pied des premières dalles. Tout est détrempé: nos cheveux, nos habits, et surtout le rocher. Pour gagner du temps, nous évitons le premier gendarme, le Salbitzahn, par une grande vire. Mais les dalles qui ramènent au faîte demandent déjà des précautions tant les semelles de caoutchouc, grasses de terreau, glissent sur les prises. Arrêt, nettoyage des semelles au couteau. Regards dans la grisaille qui nous oppresse: tout ce que nous osons prédire est que l'orage ne menace pas. En route donc, encordés à quinze mètres, avec une demi-douzaine de mousquetons. Nous alternerons en tête, comme nous aimons le faire, à chaque longueur. Les dalles de granit successives A plat contre un ressaut nous attend la première dalle. Il faut glisser les doigts sous une écaille, se pencher en arrière, appliquer les pieds au rocher et leur faire confiance. C'est délicat et délicieux. Au sommet de la dalle se trouve une petite brèche, immédiatement suivie d'une deuxième plaque: les bouts des doigts dans une fente verticale, le corps déversé, les semelles à plat sur le granit, et on monte doucement en surveillant son équilibre. La plaque sitôt finie, il s'en présente une autre, puis encore une, et une de plus. Elles se suivent sans discontinuer, toutes semblables et d'une difficulté constante. Laquelle est le "Dos d'Éléphant", qui passe pour la longueur la plus délicate de l'ascension? Celle-ci, où on coince les doigts dans une fente oblique? Ou bien celle-là, où on empoigne deux écailles opposées? Il commence à neiger. Le rocher devient de plus en plus glissant. Les Schwytzois, invisibles à vingt mètres, appellent: Est-ce que vous continuez? Bien sûr! J'ai mis beaucoup de chaleur dans ma voix, mais j'ai glissé un coup d'oeil à gauche dans la paroi pour m'assurer d'une échappatoire en rappel... La montée continue, toujours par de savantes oppositions. Les chaussures risquent à tout instant de déraper, mais les dalles sont abondamment pourvues en pitons, et nous nous sentons en sécurité. Le Dos d'Éléphant, la chute La neige a cessé. J'arrive au pied d'une dalle semblable aux autres, mais deux fois plus haute: le passage-clé, splendide dans son envol et sa sobriété. J'allonge notre encordement pendant que Berger collectionne tous nos mousquetons. Il suit des fissures, puis une écaille surplombante, enfin la tranche de la dalle. Parvenu une quinzaine de mètres plus haut, il hésite; son pied droit dérape. C'est dur? Quat'sup. Mais les vibrams [les chaussures] glissent. En effet! Sans crier gare il se retrouve cinq mètres plus bas, pendu à un piton, la tête en bas... Il reprend pied, examine ses doigts, se caresse la joue: pas une égratignure. Il refuse de me laisser passer devant, essuie méthodiquement ses semelles sur ses chaussettes, et remonte en souplesse. Il est pourtant secoué, et nous faisons halte au sommet du ressaut. Le brouillard se dissipant, un décor fabuleux apparaît Le brouillard devient lumineux. Un coin de ciel bleu apparaît, puis un autre. On voit l'obstacle suivant, le Doigt de Dieu. Derrière se distingue le glacis de la Tour dallée. Et voilà que lentement, le rideau se lève sur un décor fabuleux: l'arête ouest du Salbitschijen. Une paroi ocre et bombée soutient des tours, des pointes et des flammes de granit dans une explosion de force et de hardiesse. Toutes les lignes montent à la verticale comme dans un bouquet de peupliers. Le soleil fait éclater les couleurs les plus chaudes. Trois grimpeurs nous hèlent depuis les blocs du sommet. Un rêve de pierre! [C’est le cas de dire,] Pendant que la brume s'effiloche aux flèches de granit, nous reprenons la grimpée sur les plaques qui sèchent à vue d'œil. Le rocher reste parfaitement franc, toujours difficile. À gauche de l'arête, il est vertical ou surplombant, tandis qu'à droite fuient des lignes arrondies qui plongent dans le brouillard. Après la Tour dallée, l'arête se termine à la Tour des Jumeaux, dont la face est recèle une des escalades les plus dures mais les nuages nous la cachent. Le sommet du Salbitschijen Des blocs, quelques plaques faciles, d'énormes quartiers de roc doré par le soleil, et Berger tombe en arrêt devant l'invraisemblable sommet, digne point final d'une splendide ascension: un monolithe du plus beau granit, qui pointe vers un ciel bleu de roi. Il est vite gravi en opposition une fois de plus, les pieds à plat contre la dalle, les mains sur une arête franche. Puis nous nous installons tous quatre pour une longue sieste, les jambes en l'air, la bouche pleine de raisins secs, les yeux errant entre le ciel bleu, la roche cristalline et la mer de brouillard. Descente en replongeant dans le brouillard À cent mètres sous le sommet, le soleil se voile de nouveau. La brume nous avale. À mesure que nous descendons, un immense névé, l'atmosphère se fait sombre, humide, oppressante. On dirait presque une descente dans une grotte. J'aimerais montrer notre montagne à Jean-Claude, mais même le sentier de la cabane ne se retrouve qu'avec peine. Cette course, l'avons-nous rêvée? Au moins nous l'avons volée. Nous arrivons au refuge en même temps que deux Romands qui ont erré tout le matin sans jamais trouver le Salbitschijen... Der Südgrat des Salbitschijen gilt als schönster Granitgrat der Schweiz - eine gewaltige Heldentat bei der Erstbegehung 1935.
Nebel und Kontraste (1er Teil: Salbitschijen)
Pierre Vittoz, Lausanne Article paru en 1974 dans Die Alpen/ Les Alpes, le journal du Club Alpin Suisse. Source: SAC/CAS. Copie de sûreté 19 juillet 2024. Ci-dessous, texte traduit du français en allemand. Nebel und Kontraste VON PIERRE VITTOZ, LAUSANNE Salbitschijen Vom Sustenpass aus haben wir nichts sehen können ausser einer Kuh, welche ganz plötzlich mitten auf der Strasse aus dem Nebel auftauchte. Was kann uns nur an einem düsteren Samstag durchs traurig anmutende Göschenertal hinauf bis hierher gelockt haben? Es ist die Erinnerung an einen Augenblick. Bald zwanzig Jahre sind es her, dass ich von einem benachbarten Aufstieg aus für kurze Zeit die Felsplatten des Salbitschijen-Südgrates erblickte. Dazu kamen noch ein Bericht von René Dittert, eine prächtige Aufnahme der Schlüsselstelle und Bemerkungen über den guten Aufstieg dies alles hat dazu geführt, dass Jean-Claude Berger und ich trotz Wetterbericht, stürmischem Wind und den letzten verregneten Sonntagen im Sturmschritt der Salbithütte zustreben. Am frühen Morgen hätte mich nichts überraschen können, weder Regen noch Gewitter noch Schnee; aber dann umfängt uns ein so dichter Nebel, dass man keine dreissig Meter weit sehen kann, was uns zwar nicht am Klettern hindern wird, aber möglicherweise daran, den Fuss des Grates zu finden: nach hundert Metern werde ich sicher nicht einmal mehr wissen, wo der Berg ist. Aber sagen wir Berger lieber nichts davon; er könnte die Situation dazu benützen, umzukehren und sich nochmals schlafen zu legen. Beim Morgenkaffee erkundige ich mich bei meinen Nachbarn: die einen haben die Normalroute vorgesehen, andere wollen Blumen pflücken; nur zwei Schwyzer beabsichtigen, sich an den Südgrat zu wagen. Ein Blick auf Jean-Claude, und sobald die Schwyzer aufbrechen, setzen wir ihnen auf den Fersen nach. Ich liebe zwar sonst ein solches Verhalten nicht, aber heute lässt es sich mit den schlechten Sichtverhältnissen begründen. Anstatt es uns zu verübeln, warten die beiden Führer bald, um sich mit uns zu unterhalten. Sie scheinen jeden Stein zu kennen, und in fünfviertel Stunden bringen sie uns ohne Zögern auf guter Fährte an den Fuss der ersten Felspartien. Alles ist durchnässt: unsere Haare, unsere Kleider, vor allem aber der Fels. Um Zeit zu gewinnen, umgehen wir den ersten Gendarmen, den « Salbitzahn », über ein ausgedehntes Band; aber die Platten, welche zum Gratfirst führen, erheischen bereits Vorsicht, weil die mit Erde vollgestopften Profilsohlen auf den Griffen gleiten. Halt, Reinigung der Sohlen mit dem Messer! Nach einem Blick ins bedrückende Grau lässt sich lediglich voraussagen, dass wir kein Gewitter zu befürchten haben. Vorwärts, also, auf fünfzehn Meter angeseilt, mit einem halben Dutzend Karabinerhaken! Wir wechseln nach jeder Länge mit der Führung ab, wie wir das immer gerne tun. Bei einem Grataufschwung erwartet uns die erste Platte. Man muss mit den Fingern unter eine Rippe greifen, nach rückwärts lehnen und die Füsse vertrauensvoll auf den Fels setzen. Es ist heikel, aber herrlich zugleich. Oberhalb der Platte befindet sich ein kleiner Einschnitt, unmittelbar gefolgt von einer zweiten Platte. Mit den Fingerspitzen in einem vertikalen Riss, mit gebogenem Körper, den Sohlen flach auf dem Granit, steigt man behutsam, wobei das Gleichgewicht überwacht wird. Kaum ist die erste Platte überwunden, zeigt sich eine andere, dann nochmals eine und wieder eine... Eine folgt der andern ohne Unterbruch, alle ähnlich und von konstanter Schwierigkeit. Welches ist wohl der sogenannte « Elefantenbauch », der als die heikelste Stelle in der ganzen Besteigung gilt? Diejenige, wo man die Finger in einen schrägen Riss hineinzwängen, oder jene, wo man zwei gegenüberliegende Rippen anpacken muss? Es beginnt zu schneien. Der Fels wird immer glitschiger. Die Schwyzer, welche zwanzig Meter voraus und nicht mehr sichtbar sind, rufen: Kommt ihr weiter? Ganz gewiss! Ich habe viel Überzeugung in meine Stimme gelegt, meinen Blick aber nach links in die Wand gleiten lassen - nach einem Ausweg zum Abseilen... Der Aufstieg geht weiter, bespickt mit lehrreichen Hindernissen. Die Schuhe drohen jeden Moment abzurutschen, doch die Platten sind reichlich mit Haken versehen, so dass wir uns trotzdem sicher fühlen. Der Schneefall hat nachgelassen. Ich erreiche den Fuss einer Platte, welche den andern sehr ähnlich, aber zweimal höher ist: die Schlüsselstelle, wundervoll in ihrem Aufschwung und in ihrer Schlichtheit. Ich vergrössere die Seillänge, während Berger alle Karabinerhaken einsammelt Er folgt Rissen, dann einer überhängenden Rippe und endlich der Plattenkante. Auf ungefähr fünfzehn Metern Höhe angekommen, zögert er; sein rechter Fuss rutscht ab. Geht es schwer? Vierter Grad +. Aber die Vibramsohlen gleiten. In der Tat! Völlig unerwartet befindet er sich fünf Meter weiter unten, kopfvoran an einem Haken hängend... Er fasst wieder Fuss, prüft seine Finger, streicht über die Wange: nicht der geringste Kratzer! Er lehnt es ab, mich nach vorn gehen zu lassen, wischt seine Sohlen gründlich an den Socken ab und steigt mit Behendigkeit wieder an. Aber er ist doch etwas benommen, und auf dem Grataufschwung machen wir eine Pause. Der Nebel wird lichter. Ein Stück blauer Himmel wird sichtbar, dann ein zweites. Man erkennt das nächste Hindernis, den « Herrgotts-Finger ». Dahinter zeichnet sich die Flanke des « Platten Turmes » ab. Und nun hebt sich langsam der Vorhang über einer fabelhaften Kulisse, dem Sal-bitschijen-Westgrat. Eine geschwungene Wand in Ocker trägt Türme, Spitzen und Flammen aus Granit; ein Ausbruch von Kraft und Kühnheit. Alle Linien streben in der Vertikalen empor wie in einer Gruppe von Pappeln. Die Sonne lässt die wärmsten Farben aufleuchten. Drei Kletterer rufen uns von den Gipfelblöcken herunter zu. Ein Traum von Felsen! Während sich der dichte Nebel an den Granitpfeilern zerfetzt, nehmen wir die Kletterei auf den Platten, welche augenblicklich trocknen, wieder auf. Die Felswand bleibt vollkommen offen, immer schwierig. Links des Grates ist sie senkrecht oder überhängend, während sie rechts in abgerundeten Linien verläuft, welche in den Nebel eintauchen. Nach dem Platten Turm endet der Grat im « Zwillingsturm », dessen Wand eine der schwersten Klettereien aufweistaber die Wolken verbergen sie uns. Blöcke, einige leichte Platten, riesenhafte Felsblöcke, vergoldet von der Sonne, und Berger steht plötzlich still vor dem unwahrscheinlichen Gipfel, würdig als Schlusspunkt einer glänzenden Besteigung: ein Monolith aus schönstem Granit, welcher in einen königlich blauen Himmel sticht. Er ist rasch bestiegen - einmal mehr in der Gegenüberstellung, Füsse flach gegen die Platte, Hände auf einem freien Grat. Dann installieren wir uns alle vier für eine lange Rast, die Beine in der Luft, den Mund voller Trockentrauben, während unsere Blicke umherschweifen, vom blauen Himmel zum kristallinen Fels und zum Nebelmeer. Hundert Meter unter dem Gipfel verschleiert sich die Sonne aufs neue. Dichter Nebel schluckt uns auf. Während wir über ein mächtiges Schneefeld hinuntersteigen, wird die Luft trübe, feucht und drückend. Man könnte fast sagen: ein Abstieg in eine Grotte. Ich hätte gerne Jean-Claude unseren Berg gezeigt, aber selbst der Hüttenweg kann nur mit Mühe gefunden werden. Haben wir diese Fahrt nur geträumt? Zum mindesten haben wir sie uns erstohlen. Wir erreichen die Hütte zur gleichen Zeit wie zwei Welschschweizer, welche den ganzen Morgen umhergeirrt sind, ohne den Salbitschijen zu finden... (Übersetzung Jakob Meier )
Ajouté 08 sept 2025; modifié 11 sept 2025
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Created: 10 Sept 2025 Last modified: 20 Sept 2025
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