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Ganesh I Yangra (7,422 m)
Nepal Interrupted First Ascent by Pierre Vittoz, Sep-Nov 1955
       
Récit 1 (R.Lambert, engl)
                        Récit 2 (R.Lambert, all)                                         Récit 3 (P.Vittoz, fr)
Wikipedia (0.12Mb) Le Ganesh I (en tibétain Yangra Kangri), 7’422 m, est le plus haut sommet du massif du Ganesh Himal, au Népal. C'est la 62e plus haute montagne du monde. Le massif du Ganesh Himal se trouve à 70 km au nord-ouest de Kathmandou à vol d’oiseau. Il peut clairement être vu depuis la Vallée de Kathmandou. Ce massif est principalement englobé dans les frontières du Népal, même si deux de ses sommets (dont le Ganesh I/ Yangra) se partagent entre Népal et Tibet. Le nom du massif provient du dieu Hindou Ganesh, représenté par un éléphant. La raison étant que la face sud du Ganesh IV/ Pabil ressemble à un éléphant, avec une crête qui fait penser à une trompe.
Ganesh IV/ Pabil (7'104 m), Ganesh II/ "Toro Gompa R" (7'118 m) (behind), Ganesh III/ Salasungro (7'043 m), Ganesh V/ without name (6,770 m or 6,816 m), Ganesh I/ Yangra (7'422 m). Source.
Source: Trekking in Nepal (0.04Mb). L'expédition de 1955 Financée par diverses firmes, l'expédition était patronée par le Comité Lyonnais d'Alpinisme et la Ville et le Canton de Genève. Elle comprenait les Suisses romands: Raymond Lambert (41), Claude Morel, Eric Gauchat (20) (tous membres de l'élitaire club d'alpinisme genevois «Androsace») et Pierre Vittoz (29). Ainsi que les Français Claude Trouillet Kogan (36), Paul Gendre, Robert Guinot. Elle est partie de New Delhi, Kathmandou, Betravati, Ranche, Chilime, Sangje. Pierre Vittoz a presque réussi l'ascension du Yangra Kangri en septembre-octobre 1955. Il en a été empêché avant le sommet par un accès de fièvre typhoïde, dès la nuit du 23-24 septembre 1955. La maladie l'a forcé à redescendre. Le Camp I avait été établi à 4'500 m d'altitude à partir du 20 septembre 1955. Pendant que les explorations commençaient (dès le 23 septembre 1955) pour établir le Camp I, PV tomba malade. Du 25 au 29 sept 1955, ses compagnons continuèrent à se battre pour établir le Camp I (5'030 m), puis le Camp II (5'700 m) sans PV qui attendait malade dans son sac de couchage. Mais sa santé se détériorait. Bientôt la température atteignit 40 degrés. Raymond Lambert décida de le redescendre un peu plus bas dans la montagne, en espérant qu'une plus faible altitude l'aiderait à lutter contre la maladie. Le 30 septembre 1955, 3 sherpas l'ont porté sur un brancart de fortune jusqu'à une masure d'alpage tibétaine plus basse en altitude que le Camp de Base (4'600 m). Comprenant que l'ascension du Ganesh I Himal était terminée pour lui, Pierre Vittoz était en larmes. Dans le nouvel abri de fortune, Lambert et Kogan ont ensuite veillé P.V. comme des mères. Mais, son état empirant, Raymond Lambert a commandé 12 porteurs de la vallée de Chilimé. Ceux-ci, arrivés vers le 6 octobre 1955, sont repartis, dès que la météo l'a permis, soit le 17 octobre, en portant Pierre Vittoz sur un brancart de fortune. Ils l'ont ainsi acheminé jusqu'à Chilime puis Kathmandou. Ses deux coéquipiers Guinot et Morel se sont très aimablement dévoués pour l'accompagner durant tout ce trek renonçant à leurs propres chances de participer à l'ascension historique du Ganesh I Yangra. Depuis Kathmandou, les trois compères ont ensuite poussé jusqu'à New Delhi, où ils sont arrivés vers le 8 novembre 1955. P.V. avait vaincu à la fois une fièvre typhoïde et une pneumonie. On 30 Sept 1955, the team evacuated him on a brancart down to the village of Sangje (4 hours further down), where a lower altitude could help him recover. Lambert remained on his side in a Tibetan shepherd house. During this time, Gendre, Gauchat and Kogan established Camp II (5,700 m). Lambert ordered 12 carriers from Chilime to carry Vittoz and his luggage to Kathmandu. The porters arrived to Sangje on 06 Oct 1955. As soon as the wheather permitted, on 17 Oct 1955 they departed and transported PV on foot all the way down to Chilime and up to Kathmandu. Robert Guinot and Claude Morel kindly accompanied PV during this trek. The three alpinists then continued to New Delhi, where they arrived around 08 Nov 1955. Lambert could at last (around 6 Oct 1955) come back to ascending the Ganesh I/ Yangra. The rest of the party had continued to explore and colonize the eastern face of the Ganesh I in spite of adverse weather: terrible avalanches, howling storms. Éric Gauchat, Claude Trouillet-Kogan and Raymond Lambert succeeded in setting foot on the summit of the Ganesh I/ Yangra on 24 Oct 1955 at 12:30. Paul Gendre had to remain at Camp III because he was sick. However, when retreating down, Gauchat decided to unbind his rope, in spite of the expedition leader Lambert shouting at him not to do so. A few minutes later, on 24 Oct 1955 between 15:10 and 15:30, Gauchat slipped on an icy slope and died while falling down 800 meter. L’expédition a quitté le camp de base le 7 nov 1955 et est arrivée à Kathmandou vers le 15 novembre 1955. Le Ganesh I/ Yangra Kangri après Pierre Vittoz Depuis lors, le Ganesh I/ Yangra est resté invaincu. De 1955 à aujourd'hui, en effet, plus aucun apiniste n'est parvenu à atteindre le sommet! (état au 31 mars 2023). Deux expéditions ont bien tenté l'escalade, en 1960 et en 2001, mais en vain. L’une, britannique (1960), a suivi le même chemin que PV en 1955; mais, victime du blizzard et du brouillard, elle s’est trompé de sommet. L’autre, japonaise (2001), est arrivé par le côté tibétain; elle a dû renoncer à une altitude d'environ 6’900 m. Cf. les liens ci-dessous. Une raison est certainement que la voie historique d'accès, par le Fer à cheval No 4B (choisie par les expéditions de 1955 et 1960), traverse dans sa tranche finale la Région Autonome du Tibet, et que l'occupant chinois a mieux verrouillé la frontière dès 1961. En 2023, le site ExplorersWeb a consacré un article à cette étrange situation dans une série sur les "7'000 m oubliés" du Népal: Forgotten 7,000’ers: Yangra Kangri Cet article, signé de la journaliste hongroise Kris Annapurna, est daté du 17 mai 2023. Depuis 2012 environ, plusieurs agences d'alpinisme (par exemple Altitude Junkies) proposent l'ascension du Ganesh I/ Yangra dans leur catalogue, par la face ouest (Fer à cheval No1), depuis le Népal. Mais aucune expédition n'a eu lieu, à en juger par les descriptions au futur et par l'absence de photos rapprochées. Sur l'expédition anglaise conduite par P.J.Wallace en avril-juin 1960 au Ganesh I Yangra, probablement par le Fer à cheval no4B. Un autre sommet, voisin mais plus bas, a été atteint par erreur le 31 mai 1960. Expédition au Yangra Kangri de 1960. Sur l’expédition japonaise manquée de sept-oct 2001, au Ganesh I Yangra par le côté nord, tibétain (Fer à cheval no5), conduite par Kinichi Yamamori (abandon à 6'900 m d'altitude). Expédition au Yangra Kangri de 2001
The Ganesh Himal range, viewed from above, may be vaguely compared to a starfish or a star with five branches. Branch No1, pointing towards North, or at 12:00, contains the Ganesh I. The branch No2 pointing towards 10:00 contains the Ganesh II. The branch No3 at 08:00 contains only a 6,008m summit, but it has the Ganesh IV Pabuk at its root. The branch No4 at 5:00 has the Ganesh III at its root Between branch 4 and branch 5 a small branch 4.5 (containing Ganesh V) cuts the horseshoe 4 into 4A and 4B. The branch No5 at 2:00 contains the Ganesh VII (6,676m). Horseshoe No1 (located between Branch1 and Branch2) is inside Nepal. It contains the Langdang glacier. It is bordered, from West to East, by: Ganesh II nameless (7'118 m), very steep. In Nepal. Ganesh VI (6'908 m). In Nepal. Ganesh IV/ Pabil (7'104 m). In Nepal. Ganesh III/ Salasungro (7'043 m). Across Nepal and Tibet. Ganesh I/ Yangra (7'422 m). Across Nepal and Tibet. Horseshoe No2 contains the Yuru Khola. Horseshoe No3 contains the Ilep Tatopani Khola. Horseshoe 4A is inside Nepal. It contains the Gathang village, Sangjung glacier and Bhrange Khola. Horseshoe 4B is inside Tibet. It contains the Chilime glacier, Yangrang and Sangqung/Sanghen glacier and river. It is bordered from south to north by the Ganesh V, Ganesh III, Ganesh I and Ganesh VII. It was (probably) the site of the 1955 ascension by Pierre Vittoz's party. Horseshoes 4A and 4B (or rather their main rivers) join at 3664 meter in Nepal and flow further down (into Nepal) along the Sanjen valley (Sanjen Khola) and further down into Chilime river further down. Horseshoe No5 (between Branch5 and Branch1) contains river Rama Pu and Ruka village. It is located entirely inside Tibet. It was the access path chosen by the Japanese 2001 expedition.
Detailed map of the Ganesh Himal massif. The starfish-shaped massif may be seen at the center of the picture lower half. Source: Himalaya-Info (0.14 Mb) Dans sa partie nord, le massif du Ganesh Himal forme le Fer à cheval No1, dont les deux branches pointent vers le nord. Le Fer à cheval No1 est bordé par le Ganesh I à l'est et par le Ganesh II à l'ouest et par les Ganesh III et IV au sud. (Mais prudence avec ces numéros: ils divergent d'un atlas à l'autre...) Selon Wikipédia, les sommets se succèdent dans l'ordre suivant, en suivant le Fer à cheval No1 d'ouest en est: Ganesh II/ sans nom (7'118 m), le plus raide. Au Népal. Ganesh VI (6'908m) sans nom (le "petit" sommet juste au sud du Ganesh II). Ganesh IV/ Pabil (7'104 m). Au Népal. Ganesh III/ Salasungro (7'043 m). Partagé entre Népal et Tibet. Ganesh I/ Yangra (7'422 m), pic culminant, celui de PV. Partagé entre Népal et Tibet. Les deux extrémités du Fer à cheval No1 portent ses deux plus hauts sommets. Plus loin à l'est dans le massif du Ganesh Himal, on rencontre encore les sommets suivants, entourant les Fers à cheval 4 et 5: Ganesh V (6'770 m ou 6'816 m) sans nom. Ganesh VII (6'676 m) sans nom.
North-East: Ganesh I Yangra (7,422 m) South-Center: Ganesh III Salasungro (7,043 m) South-West: Ganesh IV Pabil (7,104 m) North-West: Ganesh VI without name ((6,908 m), the "small" peak on the left of Ganesh II. North-West: Ganesh II without name (7,118 m) Source. |
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GANESH HIMAL, NEPAL by Raymond Lambert «American Alpine Journal», annual issue of Autumn 1956. Source Under the leadership of the Swiss Raymond Lambert, a Franco-Swiss expedition succeeded in climbing 24,298-foot [7,422 meter] Ganesh Himal [Ganesh I, in Tibetan Yangra Kangri] on October 24, 1955. The climbers, Swiss Eric Gauchat, Claude Morel, and Pierre Vittoz, and French Mme. Claude Kogan, Paul Gendre, and Robert Guinot reached base camp on a meadow on the right bank of the Chilim Glacier on September 20, 1955. Two days later [22 Sept 1955], they climbed a 16,568-foot [5,050 m] peak above them which they called the “Pointe de Sandjet” and which involved Class 5 climbing. The next day [23 Sept 1955], they started their reconnaissance of the main peak. Lambert and Mme Kogan looked at the approaches to the South Col, while Vittoz and three others explored the south face. It was that night [23-24 Sept 1955] that Vittoz was attacked by a high fever. Finally, on October 6, 1955, Lambert [not Lambert, in fact, but Guinot and Morel] left the Base Camp to evacuate the still dangerously ill missionary to Kathmandu, from whence he [they] returned to the mountain 10 days later [in fact, it seems that they stayed in Kathmandu]. Lambert, Gauchat, Mme. Kogan, and Gendre made the summit climb [24 Oct 1955]. Gauchat was killed [on same day] in a fall during the return from the peak. [Indeed, in spite of the stricts orders given by expedition leader Lambert, Gauchat (20) had taken away his rope! Gauchat's body was found on 25 Oct 1955 and buried as well as possible at Camp I, in a small grave covered in stones.]
Ganesh I / Yangra Kangri (7,422 m) viewed from the West, from the direction of the Ganesh II and the Longdang glacier in Horseshoe Nr1. The lower peak on the right, without name, stands at 6,852 m. Source (0.14Mb).
Ganesh I / Yangra Kangri (7,422 m) viewed from the West, from the direction of the Ganesh II and the Longdang glacier in Horseshoe Nr1. The lower peak on the right, without name, stands at 6,852 m. Source: Adventure Great Himalaya Treks Ltd (0.06Mb).
Ganesh IV Pabil (the elephant head) viewed from Pansang-La. Source: Mountain Kingdom Trekking (0.1Mb).
Ganesh II (exceptionally steep). 7,118 m. Rising 5,800 m above local terrain... First summited in 1981. Source.
Ganesh IV Pabil (center), with the elephant face, and Ganesh III Salasungro (right), seen from the southeast Source.
The Ganesh Himal Massif seen from the southeast (the side from which P.V. expedition arrived). From left to right: Ganesh IV/ Pabil (7104 m) showing its elephant face, Ganesh III/ Salasungro (7,043 m), Ganesh I/ Yangra (7,422 m). Ganesh II without name (7,118 m) does not show up. At the far right, probably Ganesh VII (6,676 m). Source.
The Ganesh Himal Massif seen from a 45 degrees southeast angle (the direction from which P.V. expedition arrived). From left to right, in the first row: Ganesh IV/ Pabil (7104 m), Ganesh III/ Salasungro (7,043 m), Ganesh V/ without name (6,770 m or 6,816 m), Ganesh I/ Yangra (7,422 m) In the second row, behind, right from Ganesh IV: Ganesh II/ without name (7,118 m). Source.
Ganesh I / Yangra (7,422 m) The path suggested in 2023 for future climbings by alpinism agencies. Source. |
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A travers le Népal [en direction du Ganesh I/ Yangra] Par Pierre Vittoz Article publié dans la revue du Club Alpin Suisse, 1956, sur son escalade avortée du Mont Ganesh I (en tibétain Yangra Kangri) en sept-oct 1955. Les deux articles sur le Ganesh Himal, par R.Lambert et P.Vittoz, sont sortis dans le même numéro, l'un suivant l'autre. Source [Pour comprendre l'intérêt de ce texte, il faut se rappeler que le Népal s'était ouvert aux visiteurs occidentaux en 1951 seulement, soit quatre ans auparavant. (Dès 1950 en effet, avec l'invasion du Tibet voisin par la Chine, Kathmandou s'était senti beaucoup moins à l'aise dans son splendide isolement). Le Népal n'était pas encore une destination phare des touristes occidentaux, hippies et trekkeurs en tête. Le pays que découvrait Pierre Vittoz en 1955 était un pays inconnu des lecteurs suisses, un pays qui venait de s'ouvrir aux Européens. Ce très intéressant et très riche article est néanmoins affligé de toutes les tares habituelles du style Pierre Vittoz elliptique à l'extrême, voire cryptique. Nulle mention du nom du sommet visé par l'expédition, ni de son altitude, ni des dates de l'expédition, ni de la date d'aucun événement conté, ni rien sur le fait que P.V. a dû interrompre son escalade pour cause de fièvre typhoïde, et qu'il a été redescendu par porteurs jusqu'à Kathmandou, ni rien sur le fait que le reste de l'expédition a atteint le sommet, ni quand, etc, etc. Pour le reste, la description des peuplades rencontrées, et des décors, ainsi que le rendu de la vie de tous les jours et du vécu émotionnel de l'alpiniste durant une expédition lointaine sont sensationnels.] Rencontre avec la caravane Depuis dix jours, il n'arrêtait de pleuviner que pour neigeotter. Avec deux sherpas, Paul Gendre et moi vivions recroquevillés sous nos tentes humides, mouillés jusqu'au moral. La veille, nous avions aperçu à la jumelle toute l'expédition montant [vers nous depuis] le fond de la vallée. Et ce matin-là, nous descendions moraines brouillardeuses et gazons détrempés pour aller rencontrer nos amis et conduire la troupe à l'esplanade choisie [pour le] camp de base. [On devait être le 20 septembre 1955, puisque l'expédition a dressé le camp de base ce jour-là.] Au détour d'une moraine, nous vîmes une longue chenille rampant dans un bas-fond parsemé de rochers: les porteurs. On distinguait bien les premiers, courbés sous leurs charges hétéroclites. Plus loin, éparpillés en petits groupes, les hommes n'étaient que des bâtonnets noirs, puis des points émergeant de la brume glacée. Quelques minutes après, nous rencontrions la caravane. Premier, moulé dans son maillot bleu et ses pantalons d'un rouge éclatant, venait Éric Gauchat [qui devait atteindre le sommet du Ganesh I/ Yangra, le 24 oct 1955, mais mourir je jour même en redescendant], superbe avec sa haute taille rehaussée encore par une charge de bois mort qui dépassait ses grosses épaules. Alors, tu vas faire du camping? Non, je gagne ma vie. Raymond a promis une roupie par corvée de bois! Et vous, ça a bien été, ces vacances? Charmant. Tout ce qui n'est pas gelé est moisi... Le défilé hallucinant des porteurs Gendre fit demi-tour [vers l'amont] pour guider la troupe. Je continuai vers l'aval pour rencontrer Lambert [le chef de l'expédition, l'alpiniste suisse qui, trois ans auparavant, en mai 1952, avait failli conquérir l'Everest], qui fermait la marche... Et je me trouvai passant en revue le plus étrange défilé que j'aie jamais vu. [P.V. aurait plutôt dû écrire: "un des plus étranges défilés que j'aie jamais vu". En effet, il avait déjà été accompagné par une centaine de porteurs à son expédition au Nun de juillet à septembre 1953.] Imaginez une file indienne avançant lentement sous la pluie entre des parois de rochers perdues dans les nuages, un décor aussi lugubre, aussi saumâtre que peut l'être l'Himalaya après des mois de mousson. La tristesse suintait de partout, et nous étions transis. Ils étaient septante pauvres bougres, aux traits tirés par des jours de portage et des nuits où ils avaient plus grelotté que dormi. Tous étaient en haillons. Haillons de laine pour ceux qui avaient été recrutés en montagne, haillons de coton pour ceux qui nous accompagnaient depuis Kathmandou. Ceux-là avaient des loques de feutre autour des pieds, ceux-ci marchaient pieds nus; sur les plus pitoyables, je reconnaissais les chaussures de Morel ou la jaquette de Claude Kogan, qui bien sûr devaient leur réchauffer la peau et le cœur, mais qui accusaient encore leur misère et leur crasse. Ceux de la plaine avaient l'allure trop fine et grêle de gens minés par la malaria et incapables de faire face à ce froid. Ceux de la montagne avaient la carrure trapue, monstrueuse, les traits épais et mornes d'une tribu primitive. Avec un serrement à la gorge, je voyais défiler les vieux qui toussaient, ceux qui avaient un goitre, ceux dont les pieds saignaient, les balafrés et les abrutis... À deux francs par jour, quel métier! Chacun en arrivant à trois pas de moi levait la tête, me regardait. Et chaque fois le même miracle se reproduisait: Sur ces figures creusées, sur ces lèvres épaisses grimaçait un sourire. Ceux de la plaine marmonnaient la belle salutation apprise des Arabes: Paix avec toi! Paix avec toi... Les autres, joviaux, m'interpellaient avec les mots familiers en usage parmi les Tibétains: Nous voilà! Vous êtes venus vite... Nous voilà! Passez, passez! Pas une plainte malgré le froid, pas un murmure malgré le sapelot qu'on porte sur l'épaule en plus des trente kilos d'usage. Des sourires, des paroles calmes, une marche tranquille. De ce matin date mon amour pour les Népalais. [PV se laissait un peu séduire par les apparences; les porteurs avaient fait grève, quelques jours auparavant à peine; derrière les sourires, les exigences et les revendications... comme partout.] Les Gurkhas et les Newars En quittant Kathmandou au début de septembre [1955], la chaleur était effarante et, les yeux pleins de sueur, nous avons parcouru les premières étapes sans regarder beaucoup autour de nous. Pourtant il est intéressant, ce peuple népalais des régions basses. Les princes, les dirigeants sont Gurkha, membres de cette tribu guerrière qui s'est rendue fameuse parmi les armées britanniques. Mais les Gurkha, excellents mercenaires, ont plus de courage que de cervelle. Ils sont même cordialement méprisés par leurs voisins, les Nyowar ou Newar, qui forment à la fois la paysannerie et les cadres de l'administration. Ces Newar, que nous rencontrons dans chaque hameau, sont très bons cultivateurs. Près de cette Inde où on se contente dans des conditions excellentes d'une agriculture minable, ils ont réussi, dans des vallons encaissés et sur des talus, à cultiver le riz et les arbres fruitiers et à en obtenir un bon rapport. La pente est aussi forte que dans notre Lavaux [où Pierre Vittoz avait vécu entre 16 et 24 ans], mais [ils parviennent] pour le riz à y faire des terrasses absolument plates, reliées par des canaux qui n'oublient pas la moindre parcelle. La plupart des terrasses n'ont qu'un ou deux mètres de large mais s'étirent au flanc de la colline dont elles épousent les moindres contours. On dirait la colline découpée en plateaux à chaque courbe de niveau. Soin et persévérance admirables. Aucun recoin n'est perdu. J'ai vu une «rizière» d'un mètre sur trente centimètres. Pourtant, à part le plateau relativement élevé de Kathmandu, les fonds de vallées où habitent les Newar ont un climat terrible. Toute la population est minée par la malaria, ou par des fièvres dont au moins l'une (la «fièvre noire»), mortelle dans tous les cas, est encore un mystère pour la science. Les Newar se targuent d'être les premiers habitants du Népal. En réalité tout ce qu'on sait, c'est qu'ils en sont les avant-derniers! Ils ont dominé le pays jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Depuis lors ce sont les Gurkha dont deux dynasties se sont imposées tour à tour. Les uns et les autres ont ces visages qu'on appelle mongoloïdes. Pour nous, grimpeurs pressés, les hommes nous semblent avoir des traits et des expressions sans le moindre intérêt. Mais leurs femmes sont étonnamment belles, et nombre d'entre elles éveillent l'attention des jeunes alpinistes... Dans une cour décorée de poutres sculptées nous avons même aperçu une déesse: une jolie fillette que les oracles ont désignée, qui est comblée d'honneurs, et qui a la bizarre particularité de n'avoir jamais perdu une goutte de son sang. Le jour où elle se coupera le doigt ou aura un saignement de nez la déesse ira s' incarner dans une autre enfant. Divinités fragiles. Le village tibétain de Ramche et la tribu des Tamangs Nous avons à l'avance repéré sur la carte le changement qui nous attend durant la quatrième étape: après le village de Betrawati, au nom indo-népalais, vient celui de Ramche, au son tibétain. Nous quittons une population indolente, se contentant de vivre dans des chaumières de boue sur le sol riche de ses rizières, et après une longue montée sous la pluie nous arrivons parmi une tribu rude qui se cramponne à ses parchets de maïs, et construit de solides chalets. C'est la tribu des Tamang. Trapus, lents, ce sont des montagnards. Ils nous regardent de leurs yeux ronds, mais à part les enfants ils ne se collent pas à nous par curiosité. Plutôt, une fois le premier étonnement passé, leurs yeux montrent une pointe de pitié pour ces étrangers, qui malgré leur évidente richesse, s'obligent à marcher sous la pluie... Sans mot dire, les villageois quittent leurs plateformes de bois montées sur pilotis, et nous laissent nous y installer à l'abri des avant-toits. Entre les pilotis, les poules montent la garde contre les sangsues! Le propriétaire a disparu dans sa maison de pierres sèches. Je l'y suis pour marchander des œufs. De l'écurie en rez-de-chaussée une échelle monte à une grande chambre qui occupe l'étage sous le toit de bardeaux. Dans un coin, un trépied de fer et beaucoup de fumée: c'est la cuisine. Dans un autre, deux grandes caisses avec des serrures ouvragées contiennent sûrement la farine et les habits de réserve. Ailleurs un rouleau de couvertures et de toiles à sac tient lieu de chambre à coucher. Maison de pauvres? Je dirais plutôt: maison de fils de nomades. Car les Tamang sont proches parents des Tibétains. Nomades jusqu'aux tréfonds du cœur, ils ont eu beau descendre depuis des siècles de leurs plateaux déserts, apprendre l'agriculture et vivre sous toit, ils ont gardé cette extrême simplicité de mobilier qu'on peut charger sur un yak ou caser sous une tente. Pauvres, ils ne le sont pas. Ça se voit à leur figures bien pleines et à leurs jambes musclées. Ça se voit aussi à leurs colliers où, sur une simple ficelle, ils ont passé des pierres précieuses turquoises et cornalines valant une, deux, parfois cinq têtes de gros bétail. Ça se voit encore à leurs prés, où ils gardent des chèvres hautes sur pattes et surtout des grosses vaches indiennes dites «mahé». Et chaque village est assez riche pour construire un petit ermitage et y engraisser un lama... Deux jours plus tard, Paul Gendre et moi nous nous trouvons en reconnaissance dans un autre hameau Tamang. On nous fait les honneurs de la chambre du chef. Nos sacs de couchage sont étalés sous trois fenêtres grillagées de bois sculpté. Ces duvets couverts de nylon, informes et moelleux, font un contraste bizarre avec ces fenêtres sans vitres mais où un artiste patient a ajouré les planchettes de pin pour en faire une vraie dentelle. Au Népal, comme au Cachemire, on travaille le bois avec un art à faire rentrer sous terre tous les chamois et les ours taillés dans l'Oberland... Un buffet de bois peint forme autel: sept coupes de laiton pleines d'eau pure offertes au dieu protecteur dont l'image est placée derrière. Sur le côté, une pile de paquets allongés enveloppés de soie: des livres tibétains. Pour me faire plaisir Gendre essaye d'en acheter un. Il va jusqu'à offrir sa boussole et sa lampe électrique! Mais rien n'y fait; un Tibétain ne vend pas ses objets de culte. Une rivière à esprit de contradiction De Kathmandou, marchant plein nord durant une semaine, nous avons traversé le Népal jusque tout près de la frontière tibétaine. Nous avons remonté une de ces bizarres rivières [la rivière Trishuli] qui étonnent les géologues, car, prenant leur source au nord de l'Himalaya, elles ne coulent pas en s'éloignant des montagnes mais se sont creusé des gorges à travers toute l'énorme masse pour aller rejoindre, loin au sud, la plaine de l'Inde. La vallée perdue de Chilime, un isolat linguistique Maintenant il faut quitter la rivière principale [Trishuli] et pénétrer dans une vallée latérale [de la rivière Sanjen/Sangjen], celle de Chilime, qui vient du massif du Ganesh Himal. La nature a fait de cette vallée [de Chilime] un compartiment isolé, fermé par un portail de rochers qui ne laisse passer que le torrent. Pour y entrer nous devons escalader le pilier droit du portail, quatre cents mètres au-dessus de l'eau. Gendre et moi, nous nous y trouvons en fin d'étape; et, dans un décor de quartiers de granit piquetés de pins bossus, nous descendons lentement vers ce vallon inconnu baigné du soleil rouge du soir. Après quelques huttes misérables nous nous arrêtons dans un hameau au bord du torrent. Première surprise: il y a bien quelques chalets de pierres; mais sales et mal agencés, ils ne rappellent que vaguement ceux des étapes précédentes. Deuxième surprise: j'ai beau me décrocher la mâchoire, seuls un ou deux naturels ont l'air de comprendre le tibétain, qui est pourtant la langue passe-partout, une sorte d'esperanto de l'Himalaya. Ils semblent parler un dialecte des plaines du sud du Népal, en face duquel même les sherpas s'avouent battus. Et à les regarder de près, troisième surprise: ces gens n'ont pas les traits tibétains que nous avons vus plus ou moins purs depuis Ramche. Comment expliquer tout cela? Les Tibétains sont une nation vigoureuse qui, mal contenue derrière sa formidable chaîne de montagnes, a cherché un climat moins dur et a envahi certaines vallées du sud de l'Himalaya, pour s'y mêler avec les premiers occupants ou les refouler complètement. Il existe de cette migration d'innombrables témoignages linguistiques. J'imagine que, dans leur poussée vers le sud, [les Tibétains] sont descendus jusqu'à Ramche mais ont laissé le vallon isolé et ingrat de Chilime où, comme sur un îlot, [se serait] préservée la population primitive. Primitive est bien le mot. Je connais d'autres petites tribus ainsi refoulées dans un recoin de pays par les Tibétains, mais nulle part je n'ai vu ces fronts bas, ces faces vides d'expression et une pareille négligence dans les habits et les maisons. Gendre aussi, qui pourtant a vu le Sahara, la Perse et le Garhwal, en est oppressé, comme le seront Morel et Guinot en reconnaissance dans d'autres hameaux, comme le seront aussi Mme Kogan, Lambert et Gauchat, bloqués cinq jours dans la crasse du village pourtant le moins pénible. Ce sont de braves bougres, qui nous fourniront d'excellents porteurs [notamment ceux qui porteront Pierre Vittoz malade du village de Sangje jusqu'à Kathmandou, du 8 oct au 8 nov 1955] et nous vendront œufs et moutons sans grogner. Mais quelles allures effrayantes d'hommes des cavernes avec leurs gourdins, leurs habits en lambeaux, leur musculature énorme et leurs mains comme des régimes de bananes! Le fond [le bas] de la vallée est encore convenable, assez déboisé pour la culture, marqué par des maisons et des murs à prières qui témoignent d'une influence tibétaine. Plus haut, les broussailles prennent le pas sur les champs, et les humains se contentent de vivoter dans des huttes faites de bambous fendus supportés par des perches: des repaires de saleté, d'humidité et de sangsues, où invariablement on est occupé à trier du maïs, piler du maïs, rôtir du maïs, manger du maïs. Une ou deux nattes pour s'accroupir et dormir, trois pierres pour un foyer, des nattes roulées comme des tonneaux pour entreposer le maïs. Et c'est tout. Pas un bout de bois travaillé, pas une décoration, rien qui laisse deviner le moindre sens religieux, artistique ou même industrieux. Ils savent faire le feu, rien de plus. Un après-midi de pluie, errant entre les forêts et les coulées de boue, nous cherchons à grand'peine notre chemin. Notre sherpa Kami Ts'ering et moi-même pénétrons dans les huttes les unes après les autres pour essayer de tirer des renseignements de leurs habitants. Dans deux huttes j'aperçois des formes couchées qui n'articulent que des grognements. Dans la suivante il n'y a que deux hommes couchés devant un foyer éteint; seul l'un a la force de lever la tête quand nous entrons, mais il ne dit rien. En sortant j'interroge Kami, qui souffle trois mots: Variole, vingt morts... S'est trompé? Je ne le saurai jamais. Nous passons devant les autres huttes en silence. [C’est peut-être là que P.V. a attrapé le virus de la fièvre typhoïde, qui allait l’empêcher, dès le 24 septembre 1955, de poursuivre l’ascension au-delà de la pointe de Sandjet.] 2’500 mètres est l'altitude limite pour ces pauvres gens. Plus haut, ils ne pourraient faire face à l'hiver avec leurs moyens misérables, ni lutter contre la végétation luxuriante qui s'étend entre 2’500 et 3’500 mètres. Là l'humanité semble à bout de force. Plus haut, l'homme ne peut plus vivre et seul existe l'Himalaya. Alpage tibétain Mais non! Quand nous avons, par une sente boueuse, franchi cette forêt des sapins, des bambous, des cèdres, des lianes en un fouillis invraisemblable nous trouverons des alpages avec des cabanes de pierre aux toits de bardeaux. Quatre mille mètres. C'est le royaume incontesté des Tibétains. Pourtant, pour quelque obscure raison, ils ne viendront pas pâturer cet automne [1955], et nous laisseront seuls dans leur domaine. [Et si cette obscure raison était l'occupation chinoise, qui, depuis 1951, avait mis un terme à la libre circulation des Tibétains?] Camp de base dans le Fer à cheval No 4B du Ganesh Himal Nous nous y installerons volontiers, plantant notre camp de base au plus haut de leurs alpages, au milieu du fer à cheval formé par les six sommets du Ganesh Himal. [Il s'agit probablement du Fer à Cheval No 4B, bordé du sud au nord, dans l'ordre, par les Ganesh V, Ganesh III, Ganesh I et Ganesh VII. Les deux derniers des six sommets cités par P.V. devraient être, dans le lointain, les Ganesh IV et Ganesh II.]
Ganesh Himal base camp in Longdang valley, west of Ganesh I/ Yangra (2021-2022). Source: Marvel Trek (0.80 Mb) Pointe de Sandjet/Sangje La Pointe de Sandjet/Sangje [5'050 mètres d'altitude]... Une fois les tentes dressées et des murs en mottes de gazon construits autour du magasin à provisions, on lève le nez. Et on voit, droit au-dessus du camp, une aiguille rocheuse qui fait venir des démangeaisons dans les doigts des varappeurs impénitents. Lambert décrète un jour de «repos», et comme par hasard apparaissent des sacs pleins de cordes, de pitons et de chocolat. L'itinéraire est vite décidé, car, comme par hasard encore, Gendre et moi avons durant nos reconnaissances laissé errer nos jumelles autour de cette aiguille. Deux heures à patauger dans la neige fraîche et à franchir des bancs de rocher, et nous sommes assis sur la selle qui relie notre but à la montagne principale. Restent cent mètres de gneiss, d'abord une grande dalle presque verticale, puis des surplombs embrouillés entre lesquels il faudra louvoyer. Gauchat est déjà accroché dans une fissure, avec une longue corde rouge pendant de sa ceinture. Après de vains efforts, il doit redescendre et essayer à côté. Son inséparable Morel court s'encorder derrière lui, et je dois me dépêcher pour attraper le bout du filin. Encordé avec Guinot, Gendre me talonne. Pour leur baptême des 5’000, tous ces gars n'ont vraiment pas l'air essoufflés! On se tire sur des prises distantes et arrondies, et on sent venir une fois de plus cette joie de l'escalade. Mais on se contente de dire: Quatrième degré. Restent trois mètres de corde. La dalle est dangereuse. Il faut étudier ses mouvements avec soin. C'est ce qui en fait la beauté. Puis il y a un bombement qui oblige à faire un grand écart. On exulte de joie, de cette joie sauvage, un peu folle, qui vient de ce qu'on se sent sûr de passer. Mais on laisse tomber négligemment: Surveille la corde, ça fait du cinq. Au long d'une écaille de roc verticale j'ai de la peine à me hisser. Les Français, goguenards, lancent: Allons, Pierre! Pour la Suisse! Je ne pense guère à l'Helvétie, mais à ce centimètre carré de rocher dont j'essaie de me persuader qu'il est une marche d'escalier. Plus haut, on franchit un surplomb d'un coup de rein, et on se faufile sous un autre pour s'agripper au mur terminal, le plus difficile. Enfin on avoue: Ah, vraiment, c'est beau. Nous voilà tous les cinq en grappe sur le monolithe du sommet. [Ce passage décrit très probablement son arrivée sur la “Pointe de Sandjet”/Sangje, le 22 septembre 1955]. Morel a sorti un crayon et, comme une secrétaire parfaite, malgré ses cheveux en bataille et son anorak informe, note les chiffres que le cartographe de service marmonne sous sa boussole: Point F, quinze virgule deux ouest... quatorze pour cent... point H, douze virgule deux ouest... vingt-neuf pour cent... A défaut du cairn traditionnel, Gauchat plante un piton-souvenir. Dans les trouées de la brume surgissent des séracs monstrueux, d'immenses parois de glace. Nous sommes heureux. Un quart d'heure plus tard, recroquevillé sur une vire, je regardais mes camarades empoigner tour à tour une corde double et glisser dans la brume. Ces passionnés d'escalade et de découverte, après des mois de préparatifs, des semaines de voyage, touchaient enfin leur première récompense. Et je ressentais leur joie autant que la mienne, cette joie ((qu'on n'explique pas - comme on n'explique pas l'amour - mais)) qui comme l'amour vous transforme et vous élève. Réflexions ...Pouvais-je deviner que cette joie serait la dernière de l'expédition [pour moi]? Que [ma] passion ne [me] réservait plus que des jours d'angoisse, de maladie, de deuil? [Passage pas clair: P.V. devrait écrire angoisse et maladie pour lui, et deuil de Gauchat, mort en redescendant… En effet, le reste de l’expédition a atteint le 24 oct 1955 le sommet du Yangra Kangri triomphalement, et donc n'a pas vécu du tout «plus que des jours d’angoisse, de maladie et de deuil».] ... Et maintenant, malgré le souvenir dans mon corps de la fièvre [cette fièvre qui a empêché Pierre Vittoz de poursuivre l’ascension du Yangra Kangri dès le 24 sept 1955] et de la résignation, malgré le visage de l'ami tombé qui revient si souvent devant nos yeux [Eric Gauchat mort en redescendant du sommet], pourquoi, mes amis, accordons-nous [accordé-je] plus de place à cette joie de la Pointe de Sandjet/Sangje, à cette joie et à l'espoir de la recréer? [Passage pas clair: pourquoi ne serait-ce pas bien d’accorder de l’importance à cette joie? PV veut probablement dire "pourquoi n'accordons-nous pas plus de place à cette joie?"] Ce récit de P.V. publié en 1956 permet de comprendre plusieurs choses. L'expédition de sept-oct 1955 semble avoir, depuis Kathmandou, filé droit vers le nord. Elle semble avoir emprunté la route principale, d'abord à 11h vers Ramche. Puis à 1h de Ramche à Thade, Dhunche, Thulo Bharkhu et Syapru Besi. Puis elle a tourné à gauche, à 11h, pour s'enfoncer dans la vallée de Chilime (Chilime Khola), longeant les actuels "Rasuwa Hot Springs" continuant vers le Nord jusqu'à la vallée de Sanjen (Sanjen Khola). Elle a dû ensuite forcément arriver à la bifurcation, à 3'664m d'altitude, conduisant soit à l'ouest vers le Fer à cheval 4A au Népal, soit au nord-ouest vers le Fer à cheval 4B au Tibet. Lequel des deux chemins ont-ils emprunté?... The 1955 PV party and 1960 Wallace party have gone the same route (as Wallace has found the grave of Eric Gauchat and several ropes left over by the 1955 party. But there is an open question: have both parties gone via Horseshoe 4A or via 4B? If via 4B, they would have climbed the true Ganesh I, and the pointe de Sandjet was either the peak at 4,842m or the one at 5,224m noticeable on the map "Himalaya Info" above. Both altitudes are compatible with the 5,050m altitude estimated by the party in 1955 with altimeters. Both 4,842m and 5,224m peaks stood clearly in front of the nose of the visitors. There is just one problem with that Horseshoe 4B hypothesis. In that case, the party would have entered into Chinese-controlled territory... Whereas they never mentioned this. Might they have not bothered? Or might they not even have known? Not noticing such border crossing might have been possible far back in 1955, with their basic maps and whithout any GPS. There might have been no official signs either. As a matter of fact, the Chinese Empire has started to mark its Himalayan border to Nepal in 1961 only. In these gigantic mountain ranges, it is possible that even the terrific the Chinese commmunist empire with its huge staff had not yet been able, in 1955, to post warning signs and garrisons along all walkable corners of its border. But could the locals and the porters have ignored the exact border position? Or was the final exact border position defined only later, in 1961? As a matter of fact, the official border anyway makes no sense at this place, since Horseshoe 4B is lying on the Nepalese side of the watershed, and since it is cut off from the Tibetan north by a huge 5,500-6,500m mountain ridge (the Branch Nr5 harbouring the peaks Ganesh I and Ganesh VII), should logically belong to Nepal. Horseshoe 4B is in fact barely reachable from the Tibetan side. On the other hand, if the expedition had remained on Nepalese territory, then they must have gone to Horseshoe Nr 4A. If they have gone to Horseshoe 4A, that leads to the Ganesh III (7,052m) and not Ganesh I (7,422m). Then neither of both parties (in 1955 and 1960) would have escalated the Ganesh I, which would still be a virgin peak! Wallace and the 1960 party said he went to the Sangjung / Sanjen glacier (that may be found in both horseshoe 4A and 4B). In that case, the Sangye/Sandjet peak must have been the 5122m peak very close to lake Kalo Pokhari (4,724m). PV does not mention a lake, however. But he does mention empty mountain houses (alpage) that are found only in 4A... Also the 5,122m peak is the closest in altitude to the 5,050m indicated by the 1955-party... To summarize: if the 1955 Ganesh Himal expedition has gone to Horshoe 4B, which is the most plausible scenario, than they have (as well as the 1960 Wallace expedition) entered into Chinese-controled territory without realizing… In any case, that would explain why nobody else since 1960 has ever attempted that route again. Indeed, Horseshoe 4B is not accessible from Tibet, physically, and it is forbidden from Nepal, politically. |
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L'Ascension du Ganesh I Himal
(en allemand) Die französisch-schweizerische Ganesh-Himal-Expedition (August-November 1955) Von Raymond Lambert Les Alpes/ Die Alpen, revue du Club Alpin Suisse, 1956. Source: CAS.
Le massif du Ganesh Himal dans les nuages. De gauche à droite: Ganesh IV/ Pabil (7'104 m), Ganesh III/ Salasungro (7'043 m), Ganesh V/ sans nom (6,770 m ou 6,816 m), Ganesh I/ Yangra (7'422 m). Source: Marvel Treks (0.37Mo) Alte freundschaftliche Beziehungen haben das Lyoner Himalaya-Komitee und dasjenige von Genf in die glückliche Lage gebracht, gemeinsam eine Expedition nach dem Ganesh-Himal zu entsenden. Natürlich hätten wir uns gerne an einen Achttausender gewagt, aber diese sind stärker umschwärmt als ein Stern am Bühnenhimmel, und eine Bewilligung ist nur schwer zu erlangen. Übrigens sind die Siebentausender zahlreich und schwierig genug, so dass sich noch mehrere Generationen daran die Zähne ausbeissen können! Ich hatte das Ganesh-Gebiet von der Höhe des Longtang-Tales aus gesehen und besass einige Angaben darüber vom englischen Alpinisten Tilman, der 1951 dasselbe besucht hatte. Leider sind die Kartenskizzen, die er mitbrachte, ungenau. Das grosse Problem war die Finanzierung der Expedition. Aber dank grosszügiger Unterstützung, vor allem durch französische und schweizerische Firmen, wurde es gelöst. Die beiden Komitee bestimmten folgende Expeditionsteilnehmer: Frau Claude Kogan, Nizza, eine gewiegte Himalaya-Kennerin; Paul Gendre, Teilnehmer der Nanda-Devi-Expedition, und den jungen französischen Kletterer Robert Guinot, der im Gebiet von Chamonix und in den Oisans schon viele Besteigungen durchführte. Von unserer Seite hielten von den besten Kletterern der jüngeren Generation mit: Claude Morel, Eric Gauchat und ich, alle Mitglieder der «Androsace». Und endlich unser Freund Pierre Vittoz, Missionar in Leh im Kaschmir, an der tibetanisch-indischen Grenze, der seine Teilnahme zusagte. Also waren wir sieben Europäer, denen sich im Auftrag der Regierung von Nepal ein Verbindungsoffizier, Nanda Bahadur, anschloss. Mit Hilfe Tenzings stellten wir sieben Sherpas ein. Ich zweifelte bei unserer Abreise nicht daran, dass diese Expedition an die Teilnehmer körperlich und geistig nicht weniger Anforderungen stellen werde, als diejenige Anno 1952 am Everest. Wenn sich einem Regen, Schnee, Wind und Krankheit entgegenstellen, fühlt man sich klein werden. Der Monsun zog sich bis zum 21. Oktober 1955 hinaus, und kaum hatte er aufgehört, überfielen uns die Winterstürme, die selbst bei wunderbar blauem Himmel über die Gipfel fegten. Die Reise und der Anmarsch von New Delhi aus nach Kathmandu erfolgten nicht ohne die üblichen Verzögerungen und Widerwärtigkeiten: Ausfragungen, Kontrollen, Gepäck-Hin- und Hertransporte, Zoll- und Formular-scherereien, primitive Unterkünfte und Ungeziefer. Nach Kathmandu kamen noch neue dazu, ekelhafte, wie Blutegelüberfälle und noch Schlimmeres. Betravati, den 6. September 1955. Schönes Wetter; aber hinten im Tal ballen sich die Wolken zusammen. Nachdem wir unser Lager bei der Vereinigung zweier Flüsse errichtet haben, können wir einen Trupp Affen beobachten, wie sie am Wasser spielen. Plötzlich halten die Tiere ein und klettern auf das Geröll, das den Fluss flankiert. Wir können uns dieses Gebaren zuerst gar nicht erklären - dann sehen wir aber hinter uns das Wasser steigen und über die Ufer treten. Flussaufwärts ist ein Gewitter ausgebrochen, und von den Hängen stürzen Wasserfälle herab. Wir sind schon auf einer Insel gefangen inmitten der entfesselten Elemente.
06-07 Sept 1955: during a river flood, the camping ground has suddenly become an island Source: FPCV/BEAACT     (10.4 Mb) Die Zelte müssen versetzt und das Gepäck gesichert werden. Vom Dorf aus haben unsere Träger und die Bewohner das Geschehen beobachtet; sie kommen zum andern Ufer und sehen ihre Sahibs, die gefangenen Ratten gleichen. Die Affen hatten die Situation schneller erfasst als wir!
06-07 Sept 1955: to escape the newly formed island, the party members cut trees to build a bridge Source: FPCV/BEAACT     (8.7 Mb)
06-07 Sept 1955: to escape their suddenly appeared island, the party built a dyke and a wooden and sail bridge over the flooding river Source: FPCV/BEAACT     (10.0 Mb)
06-07 Sept 1955: to escape their new island, the party built a dyke and a wooden and sail bridge Source: FPCV/BEAACT     (11.8 Mb) Im Bett des Wildbaches rollen die Blöcke. Wir werfen den Trägern eilig Seile zu, um unsern Rückzug zu sichern, wenn sich die Lage verschärfen sollte. Gauchat zieht sich hinüber, um die Stärke des Seiles zu prüfen. Doch plötzlich hört das Gewitter auf, die Sterne erscheinen und die Flut sinkt so schnell, wie sie gekommen ist. In der Folge wird die fast unerträgliche Hitze immer wieder von solchen Regengüssen unterbrochen. Während das Gros unseres Trupps gegen Chilime marschiert, der letzten Etappe, bevor wir die Gebirgskämme überschreiten, um dann zum Fuss des Ganesh abzusteigen, schicke ich Vittoz und Gendre als Pfadfinder durch dieses immer schwieriger und komplizierter werdende Gebiet voraus. Chilime, den 11.September 1955. Welch ein Schmutz in diesem Winkel. Wir bleiben aber drei Tage hier, um Nachrichten unserer Vorhut abzuwarten und mit unsern Trägern zu unterhandeln, die zurückkehren wollen. Sie weilen nicht gerne in diesem Dorf und machen kein gutes Geschäft mit den Eingebornen: sie spielen mit ihnen Karten, und ihr Geld wandert in die Taschen der andern. Endlich bringt uns ein Lama Bericht von Vittoz! Unsere Kameraden haben den rechten Rand des Sangje-Gletschers erreicht, 4'250 m; aber der Nebel verhindert jegliche weitere Rekognoszierung. Da die Stimmung der Träger mit jedem Tag weiter sinkt, heisst es handeln und deshalb vorrücken, ohne weiteren Bericht abzuwarten. Wir behalten den Lama als Führer bei uns, da nach der Meldung Vittoz 'die Route kompliziert ist. Auf den Gratwegen heisst es vorsichtig gehen, und es braucht vorzügliche Träger, muss man doch bis 4'600 m Höhe ansteigen, ehe man ins Sangje-Tal gelangt. Die Order zum Weitermarsch wird freudig aufgenommen. Obwohl wir noch im Ungewissen sind, ob der Ostabhang des Ganesh begehbar ist, brechen wir in dessen Richtung auf und verlassen sie nicht mehr, schon der Transportfragen und der Kosten wegen. Das Wetter ist unfreundlich, die Luft ist mit Feuchtigkeit gesättigt, die schlechtesten Verhältnisse für die Träger und für uns. Das Lager vom 17. September 1955 ist bedrückend: es liegt auf 4'200 m Höhe, auf einer Schafweide. Zuviel Wasser. Zuwenig Holz. Die Träger kommen in kleinen Gruppen an. Einige sind verwundet, andere krank. Wieder einmal betätige ich mich als Arzt. Aber wir sind glücklich, die Pforte ins Ganesh-Becken durchschritten zu haben. Am 19. September 1955 sind wir endlich im Sangje-Tal. Wieder Kälte, Regen, Schnee. Die Träger sind barfuss, drohen mit Streik! Sie machen sich aber doch wieder auf den Marsch, und bei strömendem Regen erreichen wir am 20. September 1955 das Basislager am rechten Rand des Sangje-Gletschers, auf 4'500 m. Der Boden ist sandig. Es regnet immer noch, es schneit. Zahltag für die Träger, die endlich zurückkehren können, diese armen Leute! Einige Tage sind der Erstellung des Basislagers gewidmet, dann der Besteigung des Sangje durch fünf Mitglieder der Expedition sowie Erkundungen und topographischen Aufnahmen. Die Monsunnebel erleichtern diese Aufgaben nicht. [23. Sept 1955:] Endlich können Gendre, Vittoz, Morel und Gauchat zum Aufsuchen eines Lagerplatzes I aufbrechen, über die Moränen der Ostflanke des Ganesh. Nach einer beschwerlichen, feuchten Nacht, auf 5'100 m, verzichten sie, weiter vorzustossen, so schlecht sind die Verhältnisse bei dem tiefen, faulen Schnee. Überdies ist Vittoz'Befinden nicht gut; er verspürt Schmerzen im Genick (dos ou cou).
23-24 Sept 1955: the tents of the provisory camp I at 5,100m Source: FPCV/BEAACT     (10.0 Mb)
23-24 Sept 1955: the tents of the provisory camp I at 5,100m Source: FPCV/BEAACT     (10.0 Mb) Nachdem alle Erkundungsgruppen zurück sind, steigen Claude Kogan, Bahadur und ich am 27. September 1955 zum Lagerplatz I auf, um anderntags den Weg nach einem Lager II auszukundschaften. Im Basislager bereiten unterdessen unsere Kameraden die Gepäckein, heiten vor, die sobald als möglich nach Lager I und II transportiert werden sollen. Claude Kogan und ich bestimmen Lager I auf 5030 m Höhe, neben einem grossen Moränenblock. In mühsamer Arbeit graben wir mit Schneeschaufeln einen grossen Platz für unsere Zelte. Die Lage gibt mir aber zu bedenken, denn die Ausläufer einer Lawine könnten uns erreichen. 28. September 1955. Bahadur bleibt mit den Sherpas im Lager. Claude Kogan und ich steigen nochmals die rechte Seite des Ganesh-Gletschers hinauf und spuren über zahlreiche Spalten die Route zum Lager III. Es ist ein mühsamer Aufstieg; wir sinken bis zum Knie ein, und der Nebel behindert uns. Dann wieder verbrennt uns intensive Strahlungswärme das Gesicht. Nach sechsstündigem Schneestampfen sind wir glücklich, uns im Schlafsack ausstrecken zu können und die Suppe zu geniessen, die uns der Sherpa serviert. Aber die Ruhezeit ist kurz. Gegen 8 Uhr bringt uns einer unserer jungen Sherpas aus dem Basislager den Bericht über das Befinden Vittoz '. Sein Zustand hat sich verschlimmert, und unsere Kameraden sind beunruhigt. Trotz dunkler Nacht entschliessen wir uns, abzusteigen. Es geht mühsam, mit vielen Fehltritten auf dem unstabilen Moränenboden, vor allem aber geplagt von der Sorge um den Kranken. Im Basislager angelangt, sehen wir, dass Vittoz'Zustand ernst ist. Gendre wird ihn die ganze Nacht beaufsichtigen. Da der Kurier morgen zurückkehren muss, schreibe ich eilig einige Briefe, darunter einen an Pater Moran und einen an die schweizerische Gesandtschaft in Indien, mit der Bitte, uns einen Arzt zu schicken. Der Puls des Kranken ist auf 120 gestiegen, seine Temperatur schwankt zwischen 39,5 und 40°. Der erfinderische Gendre hat einen Destillierapparat konstruiert, um das Wasser für die Einspritzungen vorschriftsgemäss destillieren zu können. Wir lösen uns in der Pflege ab und überlegen, wie die Evakuation unseres Kameraden erfolgen kann. Fürs erste handelt es sich darum, ihn nach Sangje hinunterzubringen, wo ihm die geringere Höhe vielleicht das Atmen erleichtern wird. Der Läufer ist abgegangen. Unsere ganze Hoffnung ruht auf diesem Nepalesen, der uns versprach, in sechs bis sieben Tagen Kathmandu zu erreichen. Unsere Sherpas haben eine Bahre konstruiert. Aber, können wir den Transport des Kranken riskieren, der 40° Fieber hat, während vier Stunden bei Regen und über die Moränen? Der Entschluss ist trotzdem gefasst. Am Morgen des 30. September ist alles bereit. Vittoz kann seine Tränen nicht zurückhalten, da er sich im klaren darüber ist, dass für ihn die Expedition zu Ende ist und dass er auch für uns eine Hinderung bedeutet. Der kleine Trupp macht sich auf den Weg. Drei Sherpas tragen den Kranken, und die andern folgen mit dem Material und mit Lebensmitteln. In Sangje legen wir ihn nieder, in der Hütte eines Jak-Schäfers. Gendre konstruiert eine Dachluke, um den feuchten, düstern Raum etwas zu erhellen. Vittoz hat den Transport nicht schlecht überstanden. Die Sherpas können ins Basislager zurückkehren, während Claude Kogan, der Sherpa Pemba Norbu und ich bleiben, um ihn zu pflegen.... Und die Tage verstreichen. Ich habe den Verbindungsoffizier nach Chilime geschickt, mit dem Auftrag, uns zwölf starke Träger zu besorgen, um Vittoz und das Gepäck seiner Begleiter nach Kathmandu zu tragen. Unterdessen befördern die Leute im Basislager das Material nach Lager I, während ich und Claude Kogan den Kranken betreuen. Immer wieder, wenn wir aus seinem Kranken-raum kommen, besprechen wir die Lage, und jeden Tag hoffen wir, dass die Fiebertemperatur sinken werde. Aber sie bleibt um 39° herum. Und draussen Nässe, Regen, Schnee! Eines Morgens hellt der Himmel auf. Eilig greifen wir nach den Feldstechern, um zu erspähen, was im Lager I vorgeht oder am Osthang des Ganesh... Auch unsere Kameraden dort oben kommen nicht weiter. Die Lawinen stürzen von allen Seiten herunter. Ein Träger bringt uns jeden Tag vom Basislager Nachricht und steigt mit einer Last Holz wieder zurück. Eine beschwerliche Arbeit. Bei jedem Wetter barfuss, im Regen und im Schnee, erfüllt der tapfere Nepalese seine Pflicht. Er wird diese Tage am Fuss des Ganesh-Himal nicht vergessen! Die Zeit verstreicht. Ich lasse Claude Kogan zum Basislager hinaufgehen und bleibe bis zur Ankunft der Träger allein bei Vittoz. Claude Kogan und Gendre sollen oben die Führung übernehmen, und ich schärfe ihnen ein, vorsichtig zu sein. Die obere Gruppe ist wieder zum Lager I aufgestiegen und arbeitet recht hart an der Ausbesserung der durch die letzten Schneefälle entstandenen Schäden. Sie verlegen das Lager an einen lawinengeschützten Ort. Von Sangje aus verfolge ich die Dislokation der Seilschaften nach Lager II (5'700 m). Eines Tages sehe ich zwei Mann aufsteigen und nur einen wieder absteigen. Ich sende eine Meldung hinauf, dass sich kein Mann allein auf dem Gletscher bewegen dürfe und keiner allein im Lager bleibe. Das schlechte Wetter hält an. Es fällt übermässig viel Schnee. Ich bin beunruhigt wegen des allein im Lager II zurückgebliebenen Kameraden [Gendre], erhalte dann aber die beruhigende Mitteilung, dass sich Eric Gauchat wieder zu ihm begeben habe (es handelte sich um Gendre) und dass alle beide ohne Zwischenfall zum Lager I zurückgekehrt sind, obwohl eine Lawine auf das Zelt im Lager II niederging. Der Zustand von Vittoz scheint sich endlich zu bessern. Eines Tages kommt unser Nepalese bei strömendem Regen, nass bis auf die Haut, vom Basislager und erklärt, dass er diesmal nicht am gleichen Tag zurückkehren wolle, da er zu sehr friere. Wie gut ich den armen Kerl begreife! Ich entschliesse mich, selber aufzusteigen und nachzusehen, was dort vorgeht. Vittoz stimmt mir zu. Pemba Norbu wird sich seiner annehmen und in der Nacht in seiner Nähe schlafen. Nun gehe ich Pembas täglichen Weg: bei Regen und Schneetreiben ein vier-stündiges unendlich mühsames Stapfen durch den tiefen Schnee. Basislager. Wir besprechen zusammen die Lage. Die Lebensmittelvorräte sind geschwunden. Eine Partie hat sich auf den Weg nach den Lagern I und II begeben; eine andere ist zu Vittoz abgestiegen. In Sangje ist das Wetter weiter schlecht. Die Seilschaft im Lager I kämpft gegen den entfesselten Schneesturm, um unser Material zu sichern. Und dabei sollen Entschlüsse gefasst werden! Auf der einen Seite scheint es Vittoz besser zu gehen, auf der andern Seite werden unsere Aufstiegsbedingungen immer härter... Guinot und Morel wollen Vittoz nach Kathmandu begleiten. Um diese Freundespflicht zu tun, geben die beiden Kameraden alle Hoffnung auf das Erreichen des Gipfels auf. Die Expedition ist zu meinem grossen Bedauern nun aufgeteilt. 17.Okt.1955. Glücklicherweise ist das Wetter am 17. Oktober gut. Das Lagerspital von Sangje kann evakuiert werden. Mögen unsere tapferen Kameraden ohne Zwischenfall nach Chilime gelangen, über Pässe und Grate von mehr als 4500 m Höhe. Am gleichen Abend trifft der Läufer ein, mit Briefen aus Europa, von unsern Familien, unseren Freunden. Sie bringen glückliche Entspannung. Am nächsten Morgen zeigt sich endlich ein strahlender Himmel. Ich breche früh auf, um meinen Kameraden ihre Post zu bringen. Aber sie sind alle schon im Lager II, und am Mittag fällt wieder Schnee. Ich krieche in mein kleines Zelt im Lager I. Ich habe Mühe, einzuschlafen. Meine Gedanken begleiten den Trupp auf ihrem Weg nach Kathmandu. Dann springen sie wieder auf die kommenden Tage über und ich überlege die Besteigung des höchsten Gipfels. Wie werden wir den Südgrat erreichen und damit ein Lager III? Wird ein Lager IV nötig sein? Werden wir vor dem Einbruch der Winterstürme und der grossen Kälte unser Ziel erreichen? So viele Fragen, auf die ich keine Antwort weiss! Ich wusste nicht, dass sich die Ereignisse so schnell und so tragisch abwickeln sollten. 19. Oktober 1955. Der Morgen dämmert unfreundlich, mit Nebel und Schneetreiben. Gegen 8 Uhr breche ich auf. Die Sherpas folgen in meinen Spuren. Als wir die steilste Stelle, wo die Kameraden ein fixes Seil angebracht haben, passieren, springt uns der Sturm an. An allen Graten stehen die Schneefahnen. Aber wir müssen weitersteigen trotz dem Sturm, der kein Nachlassen zeigt. Gegen Mittag erreiche ich Lager II und treffe hier Gendre, Claude Kogan und Gauchat im Kampf mit den entfesselten Elementen. Sie brechen das Zelt ab, um dann in der Eishöhle, die sie gegraben haben, Schutz zu finden. Gauchat hilft mir, um auch für mich Platz zu schaffen. Eine mühsame Arbeit auf 5'700 m Höhe, kauernd mit der Schaufel Kubikmeter von vereistem Schnee herauszuschaffen! Wie viele Pickelschläge und Schaufelschübe braucht es doch, um vier Sahibs und ebensoviele Sherpas unterzubringen! 20. Oktober 1955. Frühe Tagwache. Aber schlechtes Wetter, Schneefall. Es ist unmöglich, einen Weg nach Lager III auszukundschaften. Wir werden beinahe mutlos. 21.Oktober 1955. Gendre, der sich erkältet hat, muss im Lager II bleiben. Wir andern: Claude Kogan, Gauchat und ich, steigen im Couloir über unserm Lager hoch. Nachdem wir den Bergschrund überschritten haben, mühen wir uns im unsichern Schneehang ab. Von 5'900 m an nimmt die Steilheit noch zu. Wir müssen ein Lawinencouloir queren und auf der rechten Seite desselben bei noch grösserer Steilheit weitersteigen. Einige Felsbänder ermöglichen gute Sicherung. Wir schlagen Haken ein, um fixe Seile zu befestigen: im Himalaya heisst es immer, den Rückzug so gut als möglich zu sichern. Wir nähern uns dem First, abwechselnd Stufen schlagend. Die Hangneigung erreicht nun 60 Grad. Was wir heute erleben, erinnert uns an den Aufstieg im Nordcouloir des Mont Blanc de Tacul. Aber viel Zeit verstreicht, und wir müssen daran denken, vor Eintritt der Dunkelheit den Abstieg hinter uns zu bringen. Nur den Grat möchten wir noch erreichen, um einen Blick auf die andere Seite werfen zu können... Claude Kogan, die jetzt die Führung hat, versucht, links hinüber zu traversieren, aber der Zustand des Schnees wird hier so gefährlich, dass wir aufgeben müssen. Wir würden sonst riskieren, ein Schneebrett anzutreten. Und es wäre ein Sturz in achthundert Meter Tiefe... Also Rückkehr, mit der Enttäuschung, nichts über den Weiterweg erfahren zu haben! Wir kommen im Abstieg nur langsam vorwärts, denn wir sind vom stundenlangen Gehen in den steilen Schneeflanken müde. Beim Bergschrund überfällt uns die Nacht, und wir sind froh, dass uns Gendre, der sich wieder erholt hat, und die Sherpas mit Feldflaschen voll heissen Tees entgegenkommen. Am Abend halten wir in unserer Schneehöhle Rat. Unser Plan ist: einen ersten Materialtransport auf Punkt 5'900 m durchzuführen, dann zusammen Lager III festzulegen und einzurichten. Die Flanken nach dem Grat sind weniger schroff, wie wir von der Südscharte aus feststellen konnten. Wir werden sicher einen Platz für dieses Lager III finden. Die Chargen für morgen sind verteilt: Gendre wird mit den Sherpas schon in der Dämmerung aufbrechen... Die Nacht ist lang, feucht und kalt. 22. Oktober 1955. Gendre ist aufgebrochen. Wir verfolgen sein Vorrücken und beobachten mit Genugtuung, dass unsere Spuren gut geblieben sind, was ihnen den Aufstieg erleichtert. Was uns betrifft, machen wir unsere Sachen bereit und rüsten uns für den Angriff. 23. Oktober 1955. Meine Kameraden haben die Seile, die das Erreichen des Südgrates erleichtern, festgemacht. Ich werde als letzter mit den Sherpas weggehen, die voll entschlossenen Willens sind. Der Himmel ist klar und lässt uns hoffen, dass wir das Couloir sehr bald verlassen können. Als wir die Spitzengruppe eingeholt haben, übernehme ich die Führung für die Querung des letzten Steilhanges vor dem Grat. Langsam, jede Stufe mit grösster Behutsamkeit in den Schnee tretend, durchschneide ich diesen Steilhang von mehr als 55 Grad Neigung auf einen Felsen zu, den einzigen hervortretenden festen Punkt, an dem ich die Seile befestigen kann. Nun kann jeder der Kameraden und Sherpas einzeln nachfolgen... Alles geht gut: endlich stehen wir auf dem Südgrat! Eine überwältigende Rundsicht! Und es ist erst 11 Uhr. Vor uns sind die Hänge weniger abweisend, aber doch noch gefährlich genug; denn der Schnee ist windgepresst, so dass wir befürchten müssen, eines dieser wenig gefestigten Schneebretter anzutreten. Wir steigen nun in die linke Flanke des Südgrates, indem wir die grössten Spalten umgehen. Bei einer Art Bergschrund angekommen, entschliessen wir uns, anzuhalten, um so rasch als möglich für die Nacht einen Unterstand auszugraben. Die Sherpas schauen griesgrämig drein: sie möchten bei uns bleiben, um morgen mit uns die Besteigung des Gipfels zu versuchen. Da sie jedoch schon genügende Lasten zu tragen hatten, haben sie ihre Schlafsäcke nicht mitnehmen können. Mit Bedauern drücken wir ihnen die Hand und geben ihnen für den Abstieg Ermahnung zur Vorsicht mit. Morgen werden sie wieder aufsteigen und unser Vorrücken verfolgen. Nach grossen Anstrengungen sind wir so weit, uns einnisten zu können und unverzüglich an die Bereitung unseres Essens und vor allem warmen Getränkes zu machen. Leider fühlt sich Gendre wieder nicht gut, und einmal mehr sind wir froh über die Hilfe aus unserer Apotheke. Die atmosphärischen Bedingungen sind für unser Biwak kläglich. Wohl ist der Himmel klar; aber der Sturm peitscht den Schnee über die Hänge und Grate. Da mein Platz zuäusserst ist, werde ich eine mühsame Nacht haben, da ich immer wieder genötigt bin, eindringenden Pulverschnee wegzuräumen. 24. Oktober 1955. 3 Uhr morgens. Ich stehe auf, um Tee und Porridge zu bereiten. Meine Kameraden kleiden sich auch an, einer nach dem andern, da sich bei der Enge des Raumes nicht alle gleichzeitig aufrichten können. Dann, mit den Steigeisen an den Füssen, verlassen wir unsern Kameraden Gendre, den wir in alle unsere Schlafsäcke eingepackt haben. 24. Okt. 1955, 5 Uhr 30. Der Morgen dämmert mit heftigem Wind. Wir seilen uns in folgender Reihenfolge an: Gauchat an der Spitze, dann Claude Kogan, dann ich. Wir queren auf zweihundert Meter in der Waagrechten und erreichen so die Mitte der Südflanke. Die Beschaffenheit des Schnees gefällt mir nicht; er scheint mir gefährlich, denn er tönt hohl unter den Schritten. Langsam gewinnen wir dann an Höhe. Als wir auf 6'400 m kurzen Halt machen, bittet mich Gauchat, sich losseilen zu dürfen. Ich kann nicht zustimmen, und wir nehmen den Anstieg gegen den Grat, der Süd- und Osthang trennt, wieder auf. Je näher wir dem Ziel kommen, um so mehr nimmt die Heftigkeit des Windes zu, der uns zweimal zum Anhalten zwingt. Unsere Erfolgschancen scheinen gering. Wenn wir den Gipfel heute nicht erreichen, werden wir unser Ziel überhaupt nicht gewinnen können... Auf allen Vieren, an den Pickel geklammert, überschreiten wir den Grat, und über eine lange Flankentraverse gelangen wir zum Fuss eines Felsspornes auf der Westseite.Von da bleibt uns noch ein ausserordentlich schroffer Hang bis zum Sattel zwischen dem Süd- und Nordgipfel. An der Spitze des Ganesh I/ Yangra: 24.Okt.1955 12:30 Das nahe Ziel spornt uns an. Vorwärts! Im Spuren einander häufig ablösend, erreichen wir um 11 Uhr 45 den Sattel, und von diesem queren wir nach links zum höheren Nordgipfel und gelangen endlich um 12 Uhr 30 über einen scharfen und verwächteten Grat in schlechtem Schnee zum höchsten Gipfel! Eric Gauchat ist der erste. Es ist sein erster Siebentausender. Er pflanzt den Pickel mit dem Schweizer Fähnchen und dem Fähnchen Frankreichs auf. Wir steigen nur einer nach dem andern auf den obersten Gipfelteil, der so spitz ist, dass wir befürchten, die Wächte könnte abbrechen und in die tibetanische Flanke stürzen. Wir machen einige Aufnahmen. Aber wir empfinden nicht das übliche Gefühl der Entspannung, das man gewinnt, wenn man den Fuss auf einen Gipfel der Alpen setzt. Wir hatten körperlich und seelisch wohl schon zu sehr gelitten durch diese verlängerte Monsunzeit, durch die Krankheit Vittoz, die aufgeteilte Expedition. Wenn wir zurück sind, werden wir das schweizerische Fähnchen Morel, das französische Gendre übergeben... Eric Gauchat verschwindet Auf dem Grat zurück machen wir noch einige Fotoaufnahmen. Und wieder beginnt die Auseinandersetzung mit Gauchat, der sich losseilen will. Ich verbiete ihm das in aller Form. Aber er tut es trotzdem, indem er erklärt, nach dem Lager III vorausgehen zu wollen, um Tee zu bereiten. Claude Kogan und ich, immer noch mit dem Seil verbunden, folgen ihm in kurzem Abstand; aber oft müssen wir anhalten, um einem jähen Windstoss widerstehen zu können. Der Himmel ist von einem sehr dunklen Blau. Ringsum reisst der Sturm den Schnee von den Graten. Am Fuss des Hanges, wo die Flanke gequert werden muss, im schlechten, unangenehmen Schnee, sehen wir unsern Freund eben den Grat erreichen. Es ist 3 Uhr nachmittags... Wir traversieren die Stelle, halten im Schutz der Séracs, fünf Minuten. Der Nebel steigt am Südhang empor. Langsam breiten sich die Schatten über die Täler. Wir nehmen den Abstieg wieder auf. Claude Kogan geht voraus und folgt den Spuren Gauchats; aber beim Überschreiten einer harten Schneemauer hören die Spuren plötzlich auf. Dreissig Meter weiter unten entdecken wir den Pickel mit den Fähnchen! Die Angst packt uns. Was ist geschehen ?! Hundert Meter nach dem Pickel stossen wir auf den Skistock... Kein Zweifel mehr: Gauchat ist auf dem Hang, der vom Sturme poliert und viel glätter ist als am Morgen, ausgeglitten. Wir steigen in der Fallinie weiter ab. Nichts! Der Nebel verschleiert alles... Wir steigen mühsam zum Lager III auf, hoffend, dort unsern Freund zu finden. Hélas! Gendre allein antwortet auf unsere Rufe. Er hat Gauchat um 15 Uhr 10 noch gesehen und ist dann wieder in die Schneehöhle gekrochen, um Tee zu brauen. Wir warten die ganze Nacht, immer noch hoffend, Gauchat werde wiederkommen. 25.Okt.1955: Suche nach Eric Gauchat 25.Okt.1955. Aber der Morgen dämmert, ohne unsere Sorge zu beheben. Es ist der 25. Oktober 1955. Der Sturm tobt wahnsinnig... Gendre und ich steigen zur Vertiefung hinab und nahe bei den Serac-Brüchen vorbei. Nichts, wieder nichts [keine Spur von Gauchat]. Die Ungewissheit quält uns immer mehr. Dann entdecken wir endlich mit dem Feldstecher, sechshundert Meter unter uns, einen schwarzen Punkt und einen zweiten etwas höher. Doch sind wir nicht ganz sicher. Aber die Hoffnung ist zähe. Wir müssen versuchen, hinzugelangen. Über den Südhang abzusteigen ist unmöglich. Wir steigen wieder zum Lager III auf und dann mit Claude Kogan und den Sherpas zum Lager II ab... Es ist ein qualvoller Abstieg. Wir können das tragische Verschwinden unseres Kameraden immer noch nicht fassen. Unsere Sherpas verstehen, dass sich etwas Schreckliches ereignet hat. Schweigend erreichen wir Lager II. Wir sind alle äusserst müde, erschöpft. Unsere Sherpas steigen noch zum Lager I ab, um am andern Tag zurückzukehren und das Material zu holen, während wir drei von neuem zum Südgrat aufsteigen werden zur Höhe der «Tête Blanche», ca. 5600 m. 26.Oktober 1955. Von der «Tête Blanche» aus haben wir sehen können, dass kein Zweifel besteht: es ist der Körper von Eric Gauchat. Während Claude Kogan auf dem Grat zurückbleibt, um die Sherpas abzuwarten und ihnen zu sagen, sie sollen uns entgegengehen, steigen Gendre und ich etwa 60 Meter tief zum Gletscher ab. Nach einer horizontalen Querung von etwa 35 Minuten Dauer erreichen wir unsern toten Freund. Trauer würgt uns. Claude Kogan verfolgt uns mit dem Feldstecher vom Grat aus und hat verstanden, was geschehen ist. Unser Platz ist gefährlich: Séracs können jederzeit abstürzen. Gendre steigt hundert Meter höher, um den Rucksack zu holen; dann ziehen wir den toten Gauchat an einen geschützten Ort, ehe wir ihn zur «Tête Blanche» bringen. Wir sinken im Harschschnee ein. Es ist unmöglich, weit zu gehen. Die Sherpas stossen zu uns, und gemeinsam tragen wir unsern armen Eric zum Fuss des Grates. Aber schon ist es spät geworden, so dass wir ihn hier zurücklassen müssen. Wir steigen alle ab, niedergeschlagen, um im Lager I die Nacht zu verbringen. Am 27. Oktober 1955 bereiten wir beim Lager I die Ruhestätte für unsern Freund. Gendre kratzt auf einer Steinplatte dessen Namen und das Datum ein. Am 28. Oktober 1955, als wir den Toten holen, löst sich ein Schneebrett und droht uns alle zu begraben. Glücklicherweise kommt die Schneemasse zur Ruhe, ehe sie uns erreicht. Gewarnt, beeilen wir unsern Abstieg. Wir haben unserm Kameraden die letzte Ehre erwiesen. Es bleibt uns nur noch, mit gepresster Kehle schweigsam zum Basislager abzusteigen. Hier warten wir drei Tage auf die Träger. Das schöne Wetter, sehr kalt in der Nacht, hat sich endlich stabilisiert. Am 31. Oktober 1955 sind unsere Leute da. Wir verlassen den Ort des tragischen Geschehens. Wenn wir den Sattel auf 4600 m Höhe überschreiten, werden sich unsere Blicke ein letztes Mal zum Ganesh wenden, diesen Berg, den wir « bezwungen » haben, der aber einen so schweren Tribut von uns gefordert hat. Heute ist jeder von uns wieder in sein Land, in sein Heim und in seinen Alltag zurückgekehrt. Pierre Vittoz, der mit grosser Aufopferung nach Kathmandu gebracht worden war, hat Ende Dezember nach Leh zurückkehren können, glücklich von seiner Krankheit genesen. Er hatte ein heftiges Sumpffieber und eine Lungenentzündung durchgemacht. Nach und nach werden die Nachwirkungen der Anstrengungen und Gefahren dieser harten Expedition, die unter schwierigsten Witterungsverhältnissen durchgeführt werden musste, auch bei uns sich glätten. Nie aber werden wir den Kameraden vergessen, der für immer dort ruht, auf 5030 m Höhe in der Gratflanke des Ganesh-Himal: Eric Gauchat. Übersetzung F. und M.Oe.
Ajouté: 09-25 mar 2023; modifié 22 sept 2025
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Created: 20 Sep 2025 Last modified: 27 Oct 2025
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