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Edmond Pidoux (25oct1908-17avr2004)
Ami de Pierre Vittoz et son initiateur à l'alpinisme La vie d'Edmond Pidoux Source: Memobase Émission "Plans-Fixes" de la Télévision Suisse Romande consacrée à Edmond Pidoux. L'interlocuteur est le Pasteur Samuel Dubuis. Cette entrevue a été tournée dans le village de Liddes, en Valais (Suisse), le 25 juin 1990. Les émissions Plans-Fixes, lancées en 1977, et qui continuent encore aujourd'hui (2025), sont produites par l'association du même nom, l'Association Plans-Fixes. Ces émissions ont pour but de filmer des personnalités de Suisse Romande, afin de sauver un témoignage audiovisuel, une image vivante d'eux pour la postérité. Pour comprimer les coûts (la culture ne se vendant pas toujours aussi bien que le sport ou les films de divertissement...), chaque interview se fait en cinq plans fixes, réalisés au même endroit et en une seule journée. (Cette émission aurait encore tout juste pu concerner Pierre Vittoz, en 1977 ou en 1978.) Pour Edmond Pidoux, la montagne a été un moyen d'évasion loin du jugement des hommes; la montagne, elle aussi, le jauge, mais à sa juste valeur. Elle demande en retour que l'homme lui donne sa vraie signification, par le geste et par la parole. Elle est également porteuse d'une leçon : savoir trouver son équilibre profond, savoir jusqu'où l'on peut aller. S'il lui faut caractériser sa vie, Edmond Pidoux propose: la vie est un voyage, la quête d'une vérité. Sincérité et humour sont ici au rendez-vous. 00:00:11 – 00:02:01 (Séquence 1) : Edmond Pidoux est né en Belgique. Il rappelle les origines de ses parents et raconte les circonstances qui ont amené ses parents en Belgique. Sa mère était une institutrice neuchâteloise et son père un pasteur vaudois. Il s'est formé dans les sciences. Il souhaitait devenir missionnaire en Afrique et s’était formé dans un hôpital de Londres à Whitechapel, mais à cause de son rhumatisme, il a dû renoncer à son projet. Il raconte une anecdote sur une cloche offerte en cadeau à son père pour sa paroisse en Afrique. Ses parents sont allés vivre en Belgique, dans l’église missionnaire belge dans le Pays Noir, d’abord dans la paroisse du Borinage, où Van Gogh avait pensé faire de l’évangélisation, puis dans la paroisse de Charleroi. 00:02:01 – 00:03:00 (Séquence 2) : Edmond Pidoux explique le nom et les principes de l’Eglise missionnaire belge. Elle évangélisait dans des milieux dits à la Zola, soit des milieux populaires défavorisés. Ses parents n’avaient pas d’intention paternaliste, ils cherchaient l’échange. Sa mère recevait de ses élèves, son père des paroissiens. Ils ont vécu en famille avec les paroissiens en Belgique, dans le Pays Noir. 00:03:01 – 00:03:48 (Séquence 3) : Edmond Pidoux est né le 25 octobre 1908. Le premier souvenir qu’il garde de son enfance est l’éclipse du soleil de 1911. Il raconte les émotions et impressions qu’il se souvient avoir ressenties. 00:03:49 – 00:05:07 (Séquence 4) : Les parents d’Edmond Pidoux n’étaient pas paternalistes, mais exigeaient de leurs enfants un extrême respect, notamment envers les bonnes. Il évoque le souvenir de Lydie, une ancienne trieuse de charbon qui avait une grande adresse de la main malgré son handicap, puis de Olivia. Sa mère avait eu quatre enfants en six ans. Plus tard, des paroissiens sont venus leur rendre visite en Suisse. 00:05:09 – 00:07:11 (Séquence 5) : La famille d’Edmond Pidoux se rendait parfois à Chavannes près de Renens en Suisse chez le grand-père d’Edmond Pidoux et chez son oncle. Ce dernier exigeait d’Edmond et de ses cousins beaucoup de travail. Edmond Pidoux a apprécié ses séjours à la campagne. Alors que Edmond Pidoux et sa famille passaient leurs vacances chez le grand-père, la première guerre mondiale a éclaté : le 1er août, alors qu’il fêtait la fête nationale à Renens, il y a eu la déclaration de guerre et le 21 août, il y a eu la Bataille de Charleroi. Son père est rentré en Belgique après six mois et le reste de la famille a passé 20 mois à Chavannes. 00:07:14 – 00:08:17 (Séquence 6) : Edmond Pidoux a commencé l’école primaire à Chavannes à 5 ans et demi. Son frère et lui avaient des ours nommés Joseph, René, Marlo et Mirtylle. Il pense que les peluches étaient une projection d’eux-mêmes. Edmond Pidoux a renoncé à ses ours à 16 ans à la naissance de sa petite soeur. Il évoque l’amour maternel et paternel. Ses parents avaient peu d’argent et étaient très occupés par la paroisse. 00:08:21 – 00:09:39 (Séquence 7) : Les deux enfants aînés de la famille Pidoux sont restés en Suisse et les deux cadets, dont Edmond, sont retournés vivre en Belgique. A son retour, il a connu la guerre. Elle l’a marqué. Il en garde une impression de grande horreur en même temps qu'une sorte de séduction. Lorsqu’il a fait le service militaire, il a refusé de grader. Le lieutenant Jean Carrard avocat à Lausanne a compris combien la guerre l’avait marqué. Edmond Pidoux a passé plusieurs années sous l’occupation. Il se souvient que pendant la guerre de 1918, les Belges ont été d’une grande solidarité. 00:09:43 – 00:12:29 (Séquence 8) : Edmond Pidoux est invité à évoquer son souvenir des Allemands. Il se rappelle d’un officier allemand surnommé traineur de sabre. Les enfants suivaient les défilés de fanfares. Les écoles avaient été fermées pour pouvoir accueillir les blessés de guerre. A la même période, il y avait la grippe espagnole. La ville sentait mauvais. Les blessés qui ne pouvaient plus être soignés à l’hôpital étaient renvoyés dans la rue. Il souhaite rendre hommage à son père qui lui a appris ainsi qu’à ses frères et soeurs à regarder différemment les Allemands, le pardon et la stupidité du traité de Versailles. Après l’armistice, il y a eu encore des morts et des blessés. Il a vu éclore des milliers de drapeaux aux fenêtres de la ville. Il jouait avec ses camarades avec des armes et de la poudre. 00:12:33 – 00:13:39 (Séquence 9) : Edmond Pidoux se souvient du fils d’amis de ses parents qui était mort à la guerre proche de la date de l’armistice. Il n’a pas réussi à accompagner ses parents qui rendaient visite à cette famille pour lui exprimer leur soutien. 00:13:44 – 00:14:26 (Séquence 10) : La famille d’Edmond Pidoux est rentrée en Suisse, deux ans après la fin de la première guerre mondiale. Les enfants aînés avaient auparavant rejoint la famille à Charleroi. La période après-guerre était dure. La solidarité, qui existait avant entre tous, avait changé. Il y avait beaucoup de reconstructions, car il y avait de l’argent. Mais leur famille vivait dans la pauvreté. Il donne l’exemple du cadeau de Noël : il recevait une paire de chaussettes et une boîte de savon dentifrice. 00:14:32 – 00:15:18 (Séquence 11) : Lors du retour de la famille en Suisse, il a été difficile pour Edmond Pidoux de raccrocher avec les programmes suisses. Les méthodes d’enseignement étaient différentes : en Belgique, l’école avait l’influence de la méthode jésuite, les élèves étaient poussés à l’expression tandis qu’en Suisse, les élèves étaient appelés à penser et à réfléchir. 00:15:24 – 00:17:12 (Séquence 12) : Edmond Pidoux a été professeur à Morges à l’Ecole normale et dans deux gymnases lausannois. Il souhaitait que son enseignement ne ressemble pas à l’école belge inspirée des méthodes jésuites. Il désirait que ses élèves soient heureux. Il a été chargé d’une classe de sixième à Morges. On lui demandait de faire passer tous les élèves, contrairement au collège scientifique où on lui demandait de les sélectionner. Il passait toutes les récréations avec les jeunes élèves. 00:17:19 – 00:19:32 (Séquence 13) : Dans les classes supérieures, il enseignait le français. Parmi ses auteurs préférés, il cite Pascal, Rousseau et Baudelaire. Ces trois auteurs ont un caractère commun : ils sont en quête. Il a remarqué qu’on simplifie et résume l’œuvre de ces auteurs. Pour lui, l’écrit significatif de Rousseau est "Du contrat social", dans lequel il compare ce que l’homme doit à la société et à la nature. 00:19:39 – 00:20:41 (Séquence 14) : On demande à Edmond Pidoux quelles sont ses approches des textes. Il se souvient qu’il avait un professeur au gymnase qui demandait aux élèves de réagir au texte. Edmond Pidoux abordait avec ses élèves le texte différemment : un objet avec un auteur à écouter. 00:20:48 – 00:21:57 (Séquence 15) : Edmond Pidoux souligne que c’est un paradoxe qu’il soit devenu professeur, car il avait un mauvais rapport à l’école, que ce soit à l’école primaire, au collège, au gymnase ou à la faculté des Lettres. Il dit avoir étudié à l’université à l’âge de l’historicisme et du criticisme. Les étudiants étaient conviés à penser et à nier. La montagne représentait pour lui une fuite. Elle le libérait du sentiment d’être dans la dépendance d’autrui. 00:22:05 – 00:24:20 (Séquence 16) : L’interlocuteur demande à Edmond Pidoux quels sont les plaisirs de la varappe. Edmond Pidoux pense qu’il avait ça dans le sang. Il débat sur la raison de l’existence des montagnes. Il pense que l’homme est dans le monde pour donner une signification à tout et cite l’exemple de Rostand ou Fabre qui se passionnait pour les animaux comme la mante religieuse. La montagne apporte à Edmond Pidoux une dimension cosmique. 00:24:29 – 00:27:31 (Séquence 17) : Edmond Pidoux pense que le sens de l’homme qui est le plus sollicité quand on fait de la montagne est le toucher. Il argumente sa théorie en donnant l'exemple d'une ascension d'une personne au sommet du Gornergrat ou de l'Aiguille du Midi: à son arrivée, elle ne verrait rien. Pour voir la montagne, il considère qu’il faut bouger, il la définit comme un monde en trois dimensions et la compare à une sculpture. Les courbures de la montagne sont les résultantes de lois mathématiques, des jeux de forces. Edmond Pidoux précise que pour comprendre la montagne, il faut chercher le commencement et la fin. Les zones de transitions sont le symbole des circonstances de la vie. 00:27:40 – 00:30:03 (Séquence 18): Edmond Pidoux voit le défi partout, pas seulement dans la montagne. Devant une classe d'écoliers aussi, etc. La montagne présente aussi des risques. Il a des amis qui y sont morts. Edmond Pidoux soulève l'interrogation suivante: a-t-on le droit de prendre des risques tant en montagne que sur la route, ou ailleurs? Il pense qu'on n'a qu'une vie et qu'il ne faut pas la risquer. En même temps, il ne faut pas exagérer, il y a de l'incertitude partout, dans toute action. En montagne, on est tenté d'essayer d'aller toujours plus loin, d'aller trop loin. Mais il y a des risques qui sont mortels. Tout l'art consiste à savoir jusqu'où on peut aller. De savoir mesurer le danger et ses propres capacités. Edmond Pidoux a traduit pendant plusieurs années les chroniques himalayennes pour la revue "Les Alpes", dans laquelle il a relevé les exploits et les décès de nombreux alpinistes. Il donne encore l'exemple de la mort récente d'un jeune alpiniste au couloir Couturier. La montagne a enseigné à Edmond Pidoux à savoir trouver son équilibre profond et à connaître ses limites. 00:30:13 – 00:31:34 (Séquence 19): Edmond Pidoux a pratiqué l'alpinisme surtout en groupe et peu en solitaire. Il a formé Pierre Vittoz à la montagne quand il avait 18 ans. Ensemble, ils ont fait plus de 300 courses. Henri Mercier a été aussi son compagnon de montagne. Ils se sont connus à 20 ans. Il a aussi partagé sa passion de la montagne avec sa femme. Edmond Pidoux a participé à 700 courses. 00:31:45 – 00:33:10 (Séquence 20) : Edmond Pidoux a aussi beaucoup voyagé. Il a été marqué par l'expédition himalayenne qu'il a entreprise avec un groupe d'amis. Il a effectué deux voyages d’études. Il est allé avec son ami Henri Mercier, explorer pendant 5 mois l'Afrique en empruntant le circuit des missionnaires. Il a aussi parcouru Madagascar. Il a rapporté des films et des livres de ses expéditions. Les voyages ont été l’occasion de découverte d’autres continents et d’autres hommes. 00:33:22 – 00:34:38 (Séquence 21) : Edmond Pidoux est invité à comparer ses expériences malgaches et africaines. Il revient sur l'origine des Malgaches. Ceux-ci accordent une grande importance à la mort. Et pour illustrer son propos, il cite un poète malgache : "j’ai bâti de roseaux la maison de ma vie, je ferai de granit la maison de ma mort". Les Africains sont plus orientés vers l’existence. Il leur attribue un sens du cosmique, de la joie, de la danse. Les Malgaches dansent davantage avec les mains. 00:34:50 – 00:37:10 (Séquence 22) : Edmond Pidoux s'est rendu en Afrique à proximité du lieu de vie des Pygmées. Il livre la réflexion qu'il a eue sur les Pygmées, et souligne leur intelligence, leur savoir et leur courage. Il a remarqué que leur présence, dit d'être civilisé, troublait les personnes dites non civilisées. Il donne l'exemple de l'utilisation d'un Nagra Kudelski, un équipement d'enregistrement avec lequel ils ont enregistré des danses, des chants et le son d'un tambour-téléphone qu'ils ont ensuite fait écouter à un autre peuple. Cet exemple illustre pour Edmond Pidoux comment ils ont humilié des gens qui ont une culture. Il la compare à l'humiliation des mineurs belges analphabètes. 00:37:23 – 00:38:56 (Séquence 23) : De ses voyages d'études, Edmond Pidoux a rapporté deux livres. L'un d'eux porte sur l'Afrique, qu'il a parcourue pendant cinq mois, et s'intitule ironiquement "L’Afrique à l'âge ingrat", en référence aux colons. Edmond Pidoux a eu une discussion à ce propos avec un étudiant en théologie à Lausanne, d'origine africaine. L'autre livre porte sur Madagascar et sur le fond qui anime ce peuple, dont la crainte de la vie et de la mort. 00:39:10 – 00:40:12 (Séquence 24) : On demande à Edmond Pidoux ce qu'il a découvert sur la Suisse au contact de l'Afrique et de Madagascar. Il a pu par exemple constater que la Suisse était respectée et admirée pour son honnêteté et sa rectitude. Pendant ses voyages, la Suisse était loin de lui, ainsi que tout ce qui y était lié, par exemple ses problèmes littéraires n'existaient plus. En écrivant sur l'Afrique et Madagascar, Edmond Pidoux avait l'impression de fournir quelque chose qui servait à ces régions et à ceux qui souhaitaient les découvrir. Ces livres ne constituaient pas une littérature gratuite. 00:40:26 – 00:42:05 (Séquence 25) : Edmond Pidoux a le goût de l’écriture depuis l'âge de sept ou huit ans. Il imitait son père qui à ce moment-là ne l’a pas encouragé. Il se souvient que son père l'a encouragé seulement quand il a été adulte et marié. Il y avait entre eux une certaine pudeur. Edmond Pidoux a suivi le collège classique à Lausanne. Il se souvient que l'un de ses professeurs avait convié les élèves à écrire sur l'histoire de Richard Coeur de Lion. Il avait écrit une histoire en 60 alexandrins, ce qui lui a valu le surnom de Pidux Poeta. Par le biais d'un ami, son poème a été montré au juge fédéral Fazy, qui lui a écrit quelques recommandations. Grâce à ces remarques, il s'est senti considéré et cette reconnaissance l'a encouragé à écrire. 00:42:19 – 00:44:09 (Séquence 26) : Au gymnase, Edmond Pidoux a eu le professeur Edmond Gilliard. Il se souvient qu’il avait des paroles envoûtantes. Pour Edmond Pidoux, il était difficile d'écrire, car il était jugé par un homme qu’il admirait. Il avait avec lui de très bonnes et de très mauvaises notes. Il se souvient avoir reçu la note huit pour sa composition de français comptant pour le diplôme du gymnase. Il a conservé la copie. Edmond Pidoux a été marqué par cet homme, il lui a fait du mal, mais il lui a permis de découvrir des auteurs tels que Rousseau, Montaigne. Il souligne que ce sont des auteurs qui utilisent la dramatique du moi. Edmond Pidoux a pu se défaire de l'emprise de ce professeur avec le mariage, l'enseignement et la paternité. 00:44:24 – 00:45:51 (Séquence 27) : Edmond Pidoux a touché à plusieurs styles littéraires. La poésie c'est le rythme. Le verbe contient ce rythme. Et le poème est un petit monde qui se suffit à lui-même. Il considère que selon cette définition l'oeuvre la plus poétique est "Le petit prince". 00:46:07 – 00:47:51 (Séquence 28) : Edmond Pidoux a écrit 14 pièces de théâtre, dont huit ont été jouées. Certaines ont été traduites. Dans le théâtre, il apprécie la dialectique : les discussions passionnelles. Le théâtre de Molière et de Racine auquel il s'est intéressé utilise cette méthode de raisonnement. La pièce la plus importante qu'il a écrite, "Mademoiselle de Roannez", met en scène les tensions qui s'exercent chez l’héroïne, entre ses pulsions et sa répulsion de l'amour et dont Tallemant des Réaux parle dans ses historiettes. 00:48:07 – 00:48:32 (Séquence 29) : Edmond Pidoux a été parolier. Il pense que s’il avait pu choisir il serait devenu musicien-compositeur. En écrivant des paroles, il a eu l'impression d'en être un. Pour lui, l'essentiel est que la scansion musicale et celle des paroles soient la même. 00:48:48 – 00:49:16 (Séquence 30) : Pour caractériser sa vie, Edmond Pidoux dirait que la vie est un voyage, la quête d'une vérité. Il croit à l’Esprit. Il fait référence à Ella Maillart qui parlait de l'étage supérieur de l'homme. Il croit que lorsque l'homme est à un certain étage, il y a le vent qui lui passe à travers. 00:49:33 – 00:50:40 (Séquence 31) : Il lit un poème, intitulé "Le feu follet", auquel il tient et qui termine sa dernière publication. 00:50:58 – 00:51:24 (Séquence 32) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Edmond Pidoux et tourné à Liddes le 25 juin 1990. Edmond Pidoux (1908–2004) Eulologie du CAS en 2004. Source: CAS Membre du CAS depuis 1928 et membre d'honneur de la section des Diablerets, Edmond Pidoux s'est éteint à Pully le 17 avril dernier (2004). Tour à tour poète, écrivain, essayiste ou musicien, il a toujours suscité l'admiration de ceux qui l'ont fréquenté. Au nombre de ses multiples activités, Edmond Pidoux comptait aussi la fonction de rédacteur romand de la revue "Les Alpes" [revue du Club Alpin Suisse, dans laquelle cet article fut publié]. Il assuma cette charge de 1956 à 1962 avec une haute compétence, peaufinant les textes adressés à la rédaction ou rédigeant lui-même récits et réflexions sur la montagne. Alpiniste invétéré, il réussit la première ascension du Cervin par l'arête de Zmut en 1928. Plus tard, il entreprit une série de grandes courses dont la couronne de Zinal et effectua la traversée de la Meige alors qu'il avait largement dépassé la soixantaine. Il envisageait de traverser le Cervin du Hörnli à l'arête italienne pour ses 70 ans [25 octobre 1978], mais le décès [le 20 août 1978] de son compagnon de cordée Vittoz, de son gendre (gendre de P.V.] Philippe Staub et de Michel Duport le 20 "juillet" 1978 [en fait le 20 août 1978] ne permit pas au projet de se réaliser. Pierre Vaney |
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Catherine Vittoz (28Aug1928–30jun2012)
Wife of Pierre Vittoz Lausanne: Décès de Catherine Vittoz, ancienne journaliste radio protestante Lausanne, 4 juillet 2012 (Apic) Ancienne journaliste aux émissions protestantes de la Radio suisse romande, Catherine Vittoz est décédée le 30 juin 2012 à Lausanne, communique le 4 juillet le Centre catholique de Radio et Télévision (CCRT). Elle avait accompagné son mari, le pasteur Pierre Vittoz, dans son activité missionnaire, notamment au Cameroun et au Tibet. De retour en Suisse, sa famille a été tragiquement éprouvée par l’accident de montagne dont ont été victimes son mari et son beau-fils. Elle s’est alors engagée dans une formation de diacre au service de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud. C’est ainsi qu’elle entra dans l’équipe des émissions religieuses à la Radio suisse romande et anima nombre d’émissions entre 1980 et 1991. Elle a beaucoup contribué à la collaboration œcuménique sur les ondes. (apic/com/bb) © Agence de presse internationale catholique (apic), 04.07.2012 Source: Cath Info.
A 1963 press article devoted to Catherine Vittoz |
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L'arrivée de Pierre Vittoz à Kathmandou
dans la presse Article de "La Sentinelle, quotidien socialiste", N° 261, La Chaux-de-Fonds, mercredi 9 novembre 1955, p.6. Source. Le Ganesh-Himal a été vaincu le 24 octobre 1955 par Raymond Lambert Au retour M. Eric Gauchat a fait une chute de 800 mètres et s'est tué. Son corps a été retrouvé. Kathmandou, le 8 nov 1955. (AFP et Reuter.) — L’expédition franco-suisse a conquis le Ganesh Himal. Selon une nouvelle parvenue à Kathmandou, un membre de l’expédition franco-suisse de l’Himalaya, M. Eric Gauchat, aurait fait une chute de 800 mètres au Ganesh Himal, dans le Népal oriental [en fait dans le Népal central]. L’accident s’est produit alors que Gauchat faisait une partie de varappe avec le chef de l’expédition Raymond Lambert et l’alpiniste française Claude Kogan. Le sort d’Eric Gauchat est incertain. [En fait, on vient de nous dire qu'il est mort et que son corps a été retrouvé]. Avant cet accident, quatre membres de l’expédition, soit Lambert, Gauchat, Mme Kogan et Paul Gendre, avaient réussi à atteindre le sommet du Ganesh Himal, inviolé jusqu’ici et haut de près de 8'000 mètres [en fait, 7'422 mètres]. Les quatre alpinistes mentionnés ont atteint le sommet le 24 octobre. L’expédition a quitté le camp de base lundi (07 nov 1955) et est attendue à Kathmandou le 15 novembre 1955. L’ACCIDENT Genève, le 8 nov 1955. — On apprend aujourd'hui que M. Eric Gauchat a fait une chute de 800 mètres au retour de cette ascension. Son corps a été retrouvé. La victime était un grimpeur extraordinaire de la nouvelle génération. Il avait déjà à son actif de grandes et belles ascensions effectuées tant dans les Alpes que dans les Dolomites. On le considérait comme l'un des meilleurs grimpeurs actuels. On ne possède pas d'autres détails pour le moment. M. Eric Gauchat était domicilié à Genève où il exerçait la profession de tapissier-décorateur. Il était âgé de 24 ans. L’expédition a connu de grandes difficultés Paris, 8 nov 1955 (AFP.) — Le Ganesh Himal, que vient de conquérir l’expédition franco-suisse de Raymond Lambert, est la montagne de l’inconnu, située dans une région qu’ont à peine traversée l'Anglais Tilman et le géologue suisse Hagen. On ne la trouve sur aucun atlas. Ce massif est situé au nord de Kathmandou, à quelque 200 km à vol d'oiseau de l'Everest. Pour l'atteindre, au départ de Kathmandou, Raymond Lambert et ses sept compagnons, dont Claude Kogan — la femme «la plus haute» du monde — le jeune alpiniste lyonnais Paul Gendre, le missionnaire Pierre Vittoz et le jeune Eric Gauchat, l’un des plus brillants rochassiers suisses, ont connu un voyage des plus difficiles. Gonflés par la mousson et la fonte des neiges, les torrents étaient en forte crue, noyant les gués, emportant les ponts de lianes. Une nuit, l'expédition fut cernée par les eaux dans un îlot et ne dut son salut qu’à la construction rapide d’une passerelle de cordes. A pied d'œuvre, au camp de base, vers 4'300 mètres, ce fut au contraire la neige qui devint l'ennemi redoutable de l'expédition, bombardée [pendant] des jours par des avalanches. Malgré tout, on procéda au montage des camps d'altitude. On installait le camp 1 à 5’500 m lorsqu'un membre de l’expédition, le pasteur Pierre Vittoz, tomba malade et fut évacué à dos d'homme sur Kathmandou. Le bruit courut alors que Raymond Lambert, vaincu encore par la malchance comme il le fut en 1952, à l’Everest, et en 1954, au Cho-Yo, abandonnait la partie. Le pasteur Vittoz est arrivé à La Nouvelle-Delhi La Nouvelle-Delhi, le 8 nov 1955 (AFP.) — MM. Pierre Vittoz, Robert Guinot et Claude Morel, membres de l’expédition franco-suisse qui a conquis le 24 octobre 1955 le Ganesh Himal (7’400 m.), sont arrivés mardi [8 nov 1955] à La Nouvelle-Delhi. On rappelle, qu’ils avaient dû quitter l’expédition, car le pasteur Vittoz était tombé malade et fut ramené à Kathmandou par ses deux camarades. C'est en arrivant à La Nouvelle-Delhi qu'ils apprirent le succès de l'expédition, ce qui provoqua chez eux une grande joie. |
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Articles de presse sur Pierre Vittoz
et sa famille, 1956-1964 Ces articles sont malheureusement référencés très vaguement.
Added 01 Jun 2025.
Completed 03 Jun 2025. |
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UN PASTEUR ROMAND BIEN CONNU OBLIGÉ DE QUITTER L'INDE
Article paru dans "Le Messager Suisse de France",
revue mensuelle de la Colonie suisse de France,
Volume 8, Janvier 1962.
Added 08 Jun 2024. Le Service de presse protestant communique: Les autorités indiennes ayant refusé de renouveler son visa, le pasteur Pierre Vittoz et sa famille ont dû quitter l'Inde et vont incessamment rentrer en Suisse. Le pasteur Pierre Vittoz, qui a passé une partie de sa jeunesse aux Ormonts, où son père exerçait lui-même le ministère pastoral, est connu comme l'auteur d' « Un autre Himalaya », et pour avoir accompli, en compagnie de l'alpiniste française aujourd'hui disparue, Claude Kogan, la première ascension du Nun-Kun dans le massif de l'Everest [Non... le Nun-Kun se situe dans le Cachemire indien, bien loin du massif de l'Everest]. Le pasteur P. Vittoz, qui avait d'abord accompli un séjour comme missionnaire au Tibet [pas tout à fait: plus précisément au Ladakh, une région de culture tibétaine, mais politiquement rattachée à l'Inde], puis assuré un intérim au Cameroun, travaillait aux Indes à la révision de la version tibétaine de la Bible.
"Le Messager Suisse de France"
REDACTION: SILVAGNI-SCHENK, 17bu, quai Voltaire. — GERANT: F. LAMPART SIEGE SOCIAL : 10, rue des Messageries, Paris, Xe. C.C.P. Messager Suisse de France 12273-27. — Prix de l'abonnement : NF 10 IMPRIMEUR : A. COUESLANT, 1, rue des Capucins, Cahors (Lot). — 98.14V — Dépôt légal : 1-1962- N° 81/1962 La revue n'est pas vendue au numéro, mais uniquement par abonnement. «Le Messager» n'est pas en vente publique. Pour vous le procurer, adressez-vous au siège du journal. Adressez toute la correspondance à la Rédaction, 17"ls, quai Voltaire, Paris, 7" |
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La mort de Pierre Vittoz
dans la presse Article de "L'Express", Feuille d’Avis de Neuchâtel, no194, du mardi 22 août 1978, 1ère page de couverture. Trois alpinistes lausannois trouvent la mort au Mont-Blanc LAUSANNE (ATS) On apprenait dimanche soir [20 août 1978] que trois alpinistes inconnus avaient dévissé et trouvé la mort, dans la partie supérieure de la voie «La Major», près de La Sentinelle, sur le versant italien du Mont-Blanc, dimanche après-midi. Il s'est confirmé lundi que les trois montagnards étaient Suisses et leur identité est maintenant connue avec certitude. Il s'agit du pasteur bien connu Pierre Vittoz, 50 ans [en fait 52 ans], de la paroisse de La Sallaz, à Lausanne, et de son gendre Philippe Staub, 33 ans, ingénieur-technicien, également domicilié à Lausanne. La troisième victime est M. Michel Duport, 34 ans, également domicilié à Lausanne. L'alerte fut donnée par une cordée en progression au-dessus des trois alpinistes. La mort brutale du pasteur Pierre Vittoz, alpiniste chevronné, a jeté la consternation à Lausanne, dans les milieux d'alpinistes notamment, où ce varappeur était très connu. M. Vittoz avait été, en 1953, l'un des vainqueurs du mont Nunkun (7'100 mètres) [en fait, PV a vaincu le Mont Nun, d'une hauteur de 7'135 m], dans l'Himalaya, alors qu'il avait été missionnaire au Cachemire puis au Tibet (où il vécut sept ans) [Hem... En fait, PV avait vécu seulement au Ladakh, une région certes culturellement tibétaine, et rattachée au Cachemire, mais il n'avait jamais vécu au Tibet proprement dit. Enfin, PV avait vécu 6 ans au Ladakh, et non 7. On confondait ici avec Heinrich Harrer...], appelé ensuite en Inde et enfin au Cameroun, avant de devenir secrétaire général du département missionnaire des Eglises protestantes romandes puis pasteur à La Sallaz/Lausanne. Il avait traduit [en fait re-traduit] le nouveau testament en tibétain [intermédiaire] et publié un ouvrage intitulé «Un autre Himalaya», consacré à la vie des populations montagnardes de cette immense région. Source: L'Express de Neuchâtel |
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La mort d'Eric Gauchat
dans la presse Article du Nouvelliste, jeudi 10 nov 1955. Après l'accident mortel dans l'Himalaya Messe et hommage pour le disparu Une messe a été célébrée mercredi matin, en mémoire d'Eric Gauchat, membre de l'expédition franco-suisse au Ganesh Himal, qui a trouvé la mort dans un accident au cours de cette expédition, le 24 octobre dernier 1955. Le père M. D. Morand, directeur de l'Ecole Saint-Xavier et ami personnel de Raymond Lambert, qui a dit la messe, a évoqué la mémoire d'Eric Gauchat. «Nous regrettons, profondément la perte de ce jeune montagnard, a-t-il dit. Le mauvais temps qui régnait depuis plusieurs semaines et qui avait imposé de durs efforts à tous a été probablement la cause de l'accident de notre ami. Nous offrons nos prières et nos condoléances à ses parents et à ses amis». D'autre part, un technicien suisse de la F.A.O. a déclaré qu'avec Eric Gauchat, la Suisse avait perdu un de ses meilleurs alpinistes promis à un grand avenir. Il avait déjà escaladé les plus hauts sommets européens. Source: Le Nouvelliste |
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Bernard Pierre (19201997)
"Une Montagne Nommée Nun-Kun" Paru en français en 1954
Bernard Pierre: Une Montagne nommée Nun-Kun, Bibliothèque de l'Alpinisme, Amiot Dumont, Paris, 1954, 199 pages. Grand Prix Littéraire de la Montagne 1955. Réédité dans une version très raccourcie et très édulcorée, avec beaucoup moins de photos, par les éditions Slatkine, Genève, Suisse, 1982. Commentaires extraits de Babelio.com Tous postés par "Nastie92" Source: Babelio, 19 avril 2023. Nastie92 26 avril 2020 Celui qui parle le mieux de ce livre, c'est celui qui en a écrit la préface: John Hunt. Sir John Hunt, vainqueur de l'Everest [John Hunt fut le chef de l'expédition britannique qui a vaincu le Mont Everest en mai 1953. Il n'est toutefois pas lui-même arrivé au sommet de l'Everest.]. Voici ce qu'il [John Hunt] dit : "Ce livre est beaucoup plus que le simple récit d'une réussite. Et ce n'est pas le moindre de ses mérites que de décrire d'une façon si vivante les petits incidents de la vie d'une expédition, l'ambiance dans laquelle elle se déroule, les contrées qu'elle traverse. Les faits quotidiens peuvent peut-être ne rien dire en eux-mêmes. Pourtant, ils sont fascinants pour un lecteur qui n'a pas vécu une expérience de ce genre et ne sait pas la beauté de ces pays étrangers. [...] Mais il y a encore bien plus que tout cela dans ces pages. La manière dont Bernard Pierre parle de ses compagnons d'aventures et des sherpas en particulier, son humour typiquement « gaulois », sa plume qui vous enchante parce qu'elle ne s'embarrasse de rien lorsqu'elle vous confie les émotions d'un homme à l'heure des épreuves et du triomphe donnent à ce livre une profonde résonance humaine." Voilà qui est bien dit et résume parfaitement ce que l'on trouve dans ce livre. Il est difficile d'écrire après cela, mais je vais tenter de rajouter quelques mots personnels. Le Nun est un sommet himalayen de plus de 7 000 mètres. En 1953, il n'a encore jamais été gravi et Bernard Pierre met sur pied une expédition dans le but de le conquérir. Il s'adresse à l'Himalayan Club à Darjeeling, l'organisme fondé par les Britanniques, qui mettait en rapport les alpinistes et les sherpas désireux de travailler avec eux, et qui édictait les règles concernant les salaires et toutes les conditions de travail. Immense joie, Bernard Pierre apprend qu'Ang Tharkay est prêt à faire partie de son expédition ! Notre alpiniste est ainsi assuré de disposer d'un atout précieux: Ang Tharkay est à l'époque l'un des sirdars (chefs des sherpas) les plus expérimentés et les plus respectés. Bernard Pierre raconte: la constitution de son équipe, les préparatifs, le voyage, l'ascension avec ses joies et ses difficultés. C'est un récit très simple et sans fioritures, un récit franc et direct. J'ai particulièrement apprécié certains passages, comme ces pages dans lesquelles sont rapportées des conversations étonnantes entre les alpinistes et les sherpas. Bloqués par le mauvais temps, les "sahibs" interrogent les sherpas pour essayer d'en apprendre plus sur leur mode de vie, et cela donne lieu à de savoureux échanges pleins de respect et d'amitié entre des hommes venant de deux mondes totalement différents. Cette fraternité que l'on sent entre les lignes est très belle. Une montagne nommée Nun-Kun est aussi l'histoire d'une véritable aventure d'équipe : certains membres de l'expédition seront blessés ou diminués, mais tous auront oeuvré pour la réussite collective et Bernard Pierre conclut en écrivant que ce qui les a liés les uns aux autres est avant tout l'amitié. Un court ouvrage, intéressant par son aspect historique et son aspect humain. Dédié "aux sherpas, cette poignée d'hommes admirables", il a reçu en 1955 le Grand Prix Littéraire de la Montagne. Pour ceux que le sujet intéresse, je recommande le passionnant "Mémoires d'un sherpa" d'Ang Tharkay. Nastie92 26 avril 2020 Je ne suis pas près d'oublier le jour où une secrétaire de l'ambassade des Indes me téléphona : « Les visas vous attendent. » Je sautai dans ma voiture [à Paris] et naturellement je brûlai un feu rouge. Coup de sifflet, je stoppe, un agent vient me demander mes papiers et je lui raconte l'histoire. Le projet d'escalader un haut sommet du Cachemire m'autorisait-il à faire fi des règlements en vigueur sur la colline de Chaillot? Je n'en était pas trop sûr, mais le digne représentant de la force publique se montra tout acquis à cette façon de voir: −Si vous allez à l'Himalaya, c'est autre chose. Nous avons bavardé quelques instants et il m'a confié : −Avec ma femme et mes deux garçons, on s'intéresse aux «explorateurs». Nous allons même aux conférences. On vous suivra. Bonne chance ! Nastie92 04 septembre 2020 La tente s'entrouvre... Pemba nous tend le thé et deux assiettes de porridge. Ingurgiter du porridge à 6 000 mètres est un véritable triomphe de l'esprit sur la matière. Il faut se persuader d'abord que cet aliment a d'immenses qualités nutritives et qu'en comparaison un bifteck-pommes frites n'est rien (sauf pour le goût). Quoi qu'il en soit, on éprouve, en l'avalant, de sérieux « maux de cœur » et on se demande avec anxiété si l'estomac ne va pas prendre la chose au tragique. D'autant que la position que l'on doit adopter pour manger n'est pas très recommandée : assis sur son séant et courbé en deux afin d'éviter que la tête ne donne dans le toit. Aussi faut-il, pour se reposer, s'allonger un instant. L'estomac, qui n'est plus comprimé, revient à de meilleures dispositions. mais, pendant ce temps, le porridge en profite hypocritement pour se refroidir, et alors la situation devient quasi désespérée, car il faut deux fois plus de courage pour engouffrer le reste. Nastie92 06 octobre 2020 (L'après-midi du 27 août 1953) Cette deuxième catastrophe n'est-elle pas un avertissement du ciel ? J'ai envie de tout abandonner ; j'ai envie d'intimer aux sherpas l'ordre de redescendre sur-le-champ, sans même demander à Claude et à Pierre leur avis ; j'ai envie de fuir, de fuir à toutes jambes. Cet Himalaya que j'ai tant désiré depuis des années, je le déteste, je le hais. C'est folie de s'attaquer à lui ! Redressant la tête, je suis la trajectoire de l'avalanche. Ce pan de séracs à moitié déchiqueté, suspendu sur nos têtes comme une épée de Damoclès, à cent mètres à peine, pourquoi ne s'effondrerait-il pas à son tour ? Oui, pourquoi pas ? J'ai peur, j'ai horriblement peur. Je suis toujours hanté par l'affreux souvenir du 23 août 1953 : le déclenchement de l'avalanche, les secondes interminables entre la vie et la mort, l'arrêt miraculeux de la masse de neige sur le replat providentiel. Devant mes yeux, reparaît l'image d'Ang Tharkay hurlant : « Sahib, sahib ! » tandis que, crachant le sang, il gratte la neige qui recouvre la tête de Michel enseveli. Revivre cela ? Jamais !... Je suis responsable de la vie de mes camarades. Je ne veux pas la mettre de nouveau en péril. Nastie92 02 septembre 2020 Nous déambulons d'un pas de flâneur, pour mieux jouir de ce retour sur terre. L'air est doux. Nous ne sommes plus qu'à 5'000 mètres, maintenant. Ici, il ne neige plus. Quand nous atteignons la moraine, où, 500 mètres plus bas, se cache le camp de base, le soleil perce timidement les nuages. Du coup, les couleurs se ravivent : voici des bruns, des terres de Sienne, des ocres, des gris-vert, des bleu-noir. Cette délicate symphonie de tons est un délice pour des yeux qui [pendant un long moment] n'ont connu que du blanc, encore du blanc, toujours du blanc. Nous nous arrêtons, ici et là, pour cueillir des fleurettes qui se cachent derrière les cailloux. Comme c'est bon de mâchonner des brins de pousses sauvages et de humer le parfum de la terre ! Nastie92 15 janvier 2021 Citation de Pierre Vittoz: Le sommet semble tout proche. Je pose mon sac et j'entreprends avec entrain de faire la trace. La neige pourtant est instable, une fois de plus. À droite de la crête, le soleil l'a minée; à gauche, elle est poudreuse, folle; le fil même de l'arête repose sur une pourriture sans consistance. La neige m'a toujours plu. Cette mauvaise neige me passionne. Pas de coups de pied, pas de moulinets de piolet. À mesure que mon pied s'enfonce, j'essaie d'évaluer la cohésion de la poudre ou des gros cristaux, je m'efforce de savoir jusqu'à quand la neige va supporter mon poids et quand elle risque de s'enfoncer. Il me semble qu'un nouveau sens se développe en moi, à travers mes lourds souliers; un sens qui juge un matériau toujours changeant. C'est l'art de l'équilibre qui entre en jeu, pour qu'aucun heurt, aucune torsion subie de la semelle n'accompagne le passage d'un pied sur l'autre. Il y faut aussi l'art du rythme, pour monter vite et sans fatigue. Un rythme subtil qui s'adapte aux changements de neige... Une fois cet équilibre et ce rythme acquis, j'aime à me laisser bercer par mes jambes, la tête libre et rêveuse, les yeux pleins de l'éclat de la neige. |
Bernard Pierre: A MOUNTAIN CALLED NUN KUN, Translated by Nea Morin and Janet Adam Smith, Hodder & Stoughton Limited, London, first printed 1955. Printed in Great Britain by Richard Clay&Co Ltd., Bungay, Suffolk Texte Intégral / Full Text Source: Internet Archives |
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Bernard Pierre (1920--1997)
Sa Vie BERNARD PIERRE 1920-1997 by George I. Bell, Sr., W.V. Graham Matthews, and David Harrah. American Alpine Club Journal, 1999. Source. Bernard Pierre was born in Chelles, France, became a doctor of law and a graduate of the School of Political Science, and became head of the family textile business. From his earliest years, he devoted his leisure time to mountaineering and to writing. With Gaston Rebuffat, he made several classic ascents in the Alps, including the North Face of the Drus, the Northwest Face of La Civetta, the second ascent of the Northeast Face of Piz Badille, and the second ascent of the Black Needle de Penterey. In addition, he shared leads on the first ascents of the North Arête of the Aiguille des Aigles and the face of the Aiguille de la Brenva. In 1951, he visited the Hoggar in North Africa and made several first ascents there. In 1952, he and three French colleagues joined four AAC members in Peru and made the first ascent of Salcantay (6271m). In 1953, he led an expedition to Nun Kun, the second-highest peak in Kashmir (7135m), on which Pierre Vittoz and Claude Kogan reached the summit. In 1954, he led a Franco- Iranian expedition to Iran to make the first ascent of Demavend. He led expeditions to the Mountains of the Moon in Ruwenzori (1955-’56,) the Caucasus (1958), and Hoggar (1961). Pierre’s career as a writer was extraordinary. His first book, on synthetic textiles, was honored by the Institute de France. His mountaineering writings include books about his own expeditions (Escalades au Hoggar, Salcantay, Geant des Andes; Une Montagne Nomee Nun Kun; Une Victoire sur l’Himalaya; Montagnes de la Lune; Mes Galons d’Alpiniste; Une Victoire sur les Andes; and Ils ont Conquis l’Himalaya), books written in collaboration with others (Face a l’Everest, with Eric Shipton; Escalades et Randonees au Hoggar, with Claude Aulard), and several books for young readers. In addition, he produced some lovingly written books about the great rivers of the world (Le Roman du Nil; Le Roman du Mississippi; ...Danube;...Gange; ...Loire). He received a number of literary prizes, and his books have often been translated into other languages. Pierre became a member of the Groupe de la Haute Montagne in 1949. He became a member of the AAC in 1953, and Honorary Member in 1991. George I. Bell, Sr., W.V. Graham Matthews, and David Harrah BERNARD PIERRE (1920-1997) By Bernard Odier Himalayan Journal 54, 1998. Editor: Harish Kapadia. Source. Bernard Pierre was born on 27 July 1920 in the best French society. Doctor in economy, he held a trading office at the Paris Stock Exchange. But after WWII, he was strongly attracted by mountaineering and exploration. When he met the most famous French guides, Lionnel Terray, Louis Lachenal (1st on the summit of Annapurna with Herzog in May 1950), Gaston Rebuffat, Jean Franco, he dedicated his life to mountaineering and exploration. He achieved (in the years 1946/50) some very hard climbs, such as : second ascent of Piz Badile north face, a famous vertical face near Saint Moritz in Switzerland (1st ascended by Cassin in 1937), the Dru north face and many hard routes in Hoggar (Algeria). The first expedition he organised was to the Peruvian Andes: to the Salcantay, 6271 m, a difficult unclimbed mountain in Cordillera Vilcabamba in 1952. He reached the summit with Madame Claude Kogan, a small woman, but one of the best alpinist of that period, (Claude Kogan perished later on as leader of a woman expedition to Cho Oyu in 1959). He met Marcel Kurz, the famous Swiss geographer and a specialist of the Himalaya. Kurz said: 'there is a 7000 m virgin peak in Kashmir, Nun Kun [in fact just Nun]. It will be exploration.' In fact, Kun had been climbed in 1913 by Piacenza. Nun more difficult, remained virgin after 3 unsuccesfull British attemps, in 1934 (Harrisson and Waller), in 1937 (Waller), and in 1946 (Berry). The project was set up for summer of 1953. Expedition team included Bernard Pierre (leader), Claude Kogan, Pierre Vittoz who was a Swiss priest at Leh, Michel Desorbay, doctor Guillemin, and two Indian LO and climbers: Lieutenant Jayal, and Captain Johorey. A little Sherpa team was managed by Ang Tharkay. Camp 3 was established at 6400 m the 21 August 1953, on the west ridge. On 23 August, they were forced to go down due to bad weather; during the descent, 3 people including Pierre were injured in a big avalanche. On 27 August, Pierre climbed again to Camp 3 whith Claude Kogan, Pierre Vittoz, and Sherpa Pemba Norbu. Camp 3 had been devasted by an avalanche and they organised a new camp . On 28 August, en route to the summit. Bernard Pierre, still suffered from his injury and was forced to stop at 6800 m. Vittoz and Kogan continued the ascent of the west ridge, with difficult ice and snow cornices, and reached the summit on 28 August 1953 at 3 p.m. On return, the French Ambassador in Delhi proposed to Pierre to meet Pandit Nehru : 'He his a mountaineer, and his family is from Kashmir' he said. Hence Pierre met Nehru, young Indira Gandhi, and boy Rajiv. Pierre related about his expedition in a famous book 'A mountain named Nun Kun', which was translated in 9 languages and received world success and literature prizes. He organised some other mountaineering expeditions to Iran, Ruwenzori (Kenya) and Caucasus. He dedicated himself to exploration all over the world, and became a specialist of the great rivers: Nile, Mississipi, Ganga, and others. He has probably the only man to have visited 5 sources of the Nile : 3 sources of the White Nile, and the 2 sources of the Blue Nile. He published 19 books, and produced many films. His major books are : Face a l' Everest (1953, with Eric Shipton), Salcantay, geant des Andes (in french, 1953), A mountain named Nun Kun (1954) and The Nile (1974) His culture and experience made him a famous lecturer. He was member of the elitist French 'Groupe de Haute Montagne', and Past President of the Society of the French Explorers, Honorary member of the Alpine Club, the American Alpine Club, and the Himalayan Club. Bernard Pierre was greatly attached to his wife Roselyne, who was also extremely active in the same field. She died two years before him. Bernard Pierre will be remembered as a very fine person, considerate to others, a real gentleman, and an authentic humanist as in the olden days [old days? golden days?] . Bernard Pierre was a grand Monsieur. Bernard Odier |
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Chute de séracs au Grand Combin:
2 morts, 9 blessés Le Nouvelliste, vendredi 27 mai 2022 Source. Un accident comme a peut-être vécu Pierre Vittoz le 20 août 1978.
Une chute de séracs a eu lieu au Grand Combin vendredi matin 27 mai 2022, avec un lourd bilan à la clé: deux morts et neuf blessés. Le guide Pierre Mathey évoque une part de fatalité même si cet itinéraire est connu pour ses passages exposés. Le drame s'est joué tôt vendredi matin, sur les pentes du Grand Combin, à 3'400 mètres d'altitude.
Photo: Police cantonale Deux décès et neuf blessés, dont deux grièvement. Tel est le lourd bilan du drame de la montagne qui s’est joué vendredi matin sur les pentes du Grand Combin, un sommet culminant à 4'314 mètres entre les vallées de Bagnes et d’Entremont. L’accident a eu lieu à 3’400 mètres d’altitude, dans le secteur du «Plateau du Déjeuner», sur le territoire de la commune de Val de Bagnes. Alors que dix-sept alpinistes se trouvaient à cet endroit, ils ont été victimes d’une importante chute de séracs, survenue vers 6h20. Ces alpinistes, répartis en plusieurs groupes, désiraient effectuer l’ascension du Grand Combin, par le «Couloir du Gardien». Plusieurs victimes Les deux personnes décédées sur les lieux de l’accident sont une Française de 40 ans, domiciliée en France, et un Espagnol de 65 ans, domicilié en Espagne. Neuf alpinistes ont été héliportés à l’hôpital de Sion et au CHUV, à Lausanne. «Deux d’entre eux sont grièvement blessés», précise la police valaisanne. Enfin, d’autres personnes qui se trouvaient dans le secteur de l’accident ont également été évacuées par hélicoptère. Une importante opération de secours a été lancée vendredi matin 27 mai 2022. Une partie des victimes ont été déplacées avant de recevoir des soins. © Air Zermatt Une quarantaine de sauveteurs engagés Suite à ce drame, une opération de secours de grande ampleur a été lancée. Elle a mobilisé un important dispositif qui a duré toute la matinée, explique Stève Léger, porte-parole de la police cantonale. «Sept hélicoptères ont été engagés, provenant des compagnies Air-Glaciers (3 engins), Air Zermatt (2 engins) et de la Rega (2 engins), en plus des moyens déployés par l’OCVs (Organisation cantonale des secours) et la police cantonale. Au total, une quarantaine de sauveteurs se sont rendus sur place.» Air Zermatt explique que les blessés ont été déplacés dans un premier temps jusqu’à un plateau afin de pouvoir recevoir les premiers soins sur place avant d’être héliportés à l’hôpital. Plusieurs hélicoptères sont intervenus simultanément au Grand Combin. © Air Zermatt Une part de fatalité que tout le monde accepte Secrétaire général de l’Association suisse des guides, Pierre Mathey, qui connaît bien le secteur, confirme que le «Couloir du Gardien» est la voie classique pour gravir le Grand Combin depuis la cabane de Panossière: «Il s’agit d’une belle course, qui emprunte un itinéraire connu, mais qui n’est de loin pas anodine, en raison de passages exposés aux chutes de séracs et d’autres plus techniques. De plus, le mois de mai est l’une des meilleures périodes pour faire cette ascension à skis. A ma connaissance, les conditions actuelles étaient tout à fait correctes pour réaliser cette course.» Concernant les risques liés à la présence d’imposants séracs, qui peuvent s’écrouler, ils sont connus par les alpinistes et les guides, selon Pierre Mathey: «On parle ici de risque objectif visible. [Mais ces chutes de glace sont très difficiles à prévoir.] Une part d’imprévisibilité existe en permanence. Cette part de fatalité ou d’aléas, qui fait partie de notre activité, est d’ailleurs acceptée par tout le monde en montagne.» Ce genre d’accident est très rare, mais, quand il survient, il peut être grave, comme ce fut le cas ce vendredi 27 mai 2022 au Grand Combin et comme cela est déjà arrivé au Mont-Blanc. ((cf l'histoire de PV en 1978)) Quant à la possible incidence de la chaleur enregistrée ces derniers jours, elle est faible selon Pierre Mathey: «À cette époque de l’année et à des altitudes approchant les 4'000 mètres, elle n’est qu’un élément négligeable dans ce drame qui s’est, de plus, déroulé très tôt le matin.» «UNE CHUTE DE SÉRACS EST UN PHÉNOMÈNE MÉCANIQUE, TOTALEMENT IMPRÉVISIBLE» Trois questions à Robert Bolognesi, nivologue Une chute de séracs met en jeu des forces impressionnantes. Quel peut être le poids des blocs soudainement en mouvement? Une chute de séracs, c’est comme un immeuble à plusieurs étages qui vous arrive dessus! Il s’agit d’une partie du glacier qui s’effondre d’un coup. C’est vraiment de la glace pure dont un mètre cube pèse environ une tonne! Ce n’est pas comparable à une avalanche où l’on a affaire à de la neige. Les endroits où se forment les séracs sont-ils bien localisés? Oui, en haute montagne on voit nettement où se forment les barres de séracs, véritables murs de glace. Ils apparaissent à l’endroit où le substrat rocheux est en rupture de pente, dans une zone convexe de grande déclivité. Vu qu’un glacier est toujours en mouvement vers l’aval, une chute de séracs est un phénomène mécanique totalement imprévisible, au contraire d’une avalanche qui survient lors de circonstances généralement alarmantes. En haute montagne, quelles précautions prendre lorsqu’on se trouve face à des séracs? Il faut essayer de les contourner. Et si ce n’est pas possible, passer un par un l’endroit à risques. La troisième solution consiste à franchir très vite la zone sans s’arrêter. Si l’on est fatigué, il faut faire une pause avant. Sauf dans sa partie inférieure où la fonte [due à la chaleur] accentue la lubrification de la langue glaciaire, la chute de séracs est un phénomène peu influencé par [la montée de la température], c’est un processus essentiellement mécanique. En très haute montagne – c’est le cas au Grand Combin –, des chutes de séracs peuvent aussi survenir [par grand froid], au plus fort de l’hiver et alors que le soleil est encore couché. |
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L'Expédition Wallace de 1960 au Ganesh Himal
Himalayan Journal, nr 22, 1960. Source.
Added 11 Feb 2024.
Completed 08 Jun 2024. La 2e et unique autre expédition ayant tenté le Ganesh I / Yangra par la voie de l'expédition Lambert de 1955 avec Pierre Vittoz. A SMALL EXPEDITION TO GANESH HIMAL P. J. WALLACE MY original plan for 1960 was to attempt an ascent of Trisul and the first ascent of Bethartholi Himal in India. However, I was unable to get permission and it became necessary to find a suitable mountain at the last moment. In discussion with the Sherpas Pa Norbu and Gyalzen, it was decided to travel to Kathmandu with our equipment and seek permission to climb on Annapurna IV as Pa Norbu had been on that mountain with Tilman's party in 1950, and we thought that we had a good chance of climbing it. We were informed that Robert's party were climbing Annapurna II, and that the route was thought to follow the Annapurna IV route and we could not be given permission unless Roberts had been consulted. This consultation could not take place as that party had already gone to their Base Camp. Colonel Proud, of the British Embassy, suggested that we should try Ganesh Himal, and showed me Tilman's account of his visit to that hill, which indicated that the SW. ridge would offer a straightforward route if it could be reached. With the help of Mr. Naja Man Singh, Under Secretary to the Ministry of Foreign Affairs, Colonel Proud and Mr. Pradhan, Hon. Secretary of the Himalayan Society of Nepal, formalities were completed quickly, and on the 25th April 1960 I was given permission to go to Ganesh Himal. On the 26th April 1960, the party consisting of myself and the Sherpas Gyalzen and Pa Norbu [both of them had taken part in the 1953 party to the Nun with Pierre Vittoz], who had been with me in 1955 and 1958, and the Liaison Officer, Mr. A, P. Raya Maghi, the Sherpa Rinsing, and eight coolies, left Kathmandu. We marched to Chilime in six days, passing through Trisuli Bazaar and Syabru. The weather was miserably hot until we gained some height. In a few places the track was difficult, with rocky staircases stuck on to steep cliffs. The local people tell of horses and sheep falling off, but not people. What we could see of the high mountains showed that there was no new snow, but that they were very iced up, which we thought would make climbing slow but safe from snow avalanches. At Chilime we paid off the Kathmandu coolies and engaged local men to carry our equipment to Sanjen, a high valley pasture for yaks and sheep, which is the way on to Ganesh Himal. There are routes to Sanjen on both sides of the Chilime Khola [Valley of Chilime], which are used when the sheep are brought up in the monsoon, and another short route following the river line, which the local people rarely use as there are few occasions to take a man to Sanjen, unless he is taking animals to graze on the hills. We had decided to follow the river line as in discussion, and from the accounts of Tilman and Lambert, we knew that hill tracks would have a great deal of snow on them. We were [thus] surprised when, on the first day, the nine local coolies said that we should go over the [snow-covered, high-altitude] southern hill route. But we followed their advice. [Perhaps they wanted to avoid showing their miserable villages along the river (cf. the description by Pierre Vittoz "La vallée perdue de Chilime").] We reached Sanjen in four days instead of the two we had expected. On this southern route we went over a pass about 15,000 ft [5,000 meter]. high, and we, the climbers, had to wear our high altitude boots and lend our approach march shoes and mountain boots to the coolies. Even so there was no footwear for one man and two others preferred to go barefooted. The 6th May 1960 was, for me, a nightmare march. The western slope of every ridge had snow on it and we had to stamp out a track, or cut steps, and place a fixed rope for the coolies. When at last we got down off the snow in the late afternoon, I treated all the coolies for snow-blindness, as some were complaining of headaches. [Luckily], there were no ill-effects. However, when the coolies were paid off at Sanjen they [understandably] chose to go back by the [lower and snowless] river line. We established Base Camp on 7th May 1960. At this time, in spite of the fact that Ganesh Himal filled the head of the valley, we only saw it for a few minutes as it was covered by clouds. On the following day Gyalzen and Pa Norbu and I went up the Sanjen Glacier and identified the route used by Lambert's party. To reach Camp I it would be necessary to climb over ground threatened by ice-fall. The couloir beyond Camp II looked terribly steep. It was immediately evident that to reach the SW. ridge was impossible [as opposed to Tilman's indications]. The route was by a SE. ridge [along the path of the 1955 Lambert-Vittoz expedition] up to 20,000 ft. [6,000 meter] and after that there were alternatives. By the 11th May 1960, Advanced Base Camp had been established at the Sanjen Glacier, and I went up alone to examine the dangerous ground in front of Camp I. At this time there was little sign of recent ice- or stone-fall, but the place was potentially very dangerous. On the following day [12 May 1960], the three Sherpas and I made a carry up to Camp I at 16,500 ft [5,000 meter]. There is only one good place for tents there, Lambert's tomb [in fact, Gauchat's tomb !], which is marked with an inscription and carved cross. The Sherpas went down to bring up more stores and I remained. The next day [13 May 1960], the camp was in cloud and as the Sherpas returned I was able to guide them in. On the 14th May 1960, we four climbed up to Camp II at 18,700 ft [5,600 meter]. On the way, on some steep ice, we found a fixed rope from 1955. We made the camp in thick cloud. It was decided to leave the Sherpa Rinsing here and climb up the couloir with one tent the following day [15 May 1960], and try the summit, leaving the Assault Camp in the small hours of the 16th. This was because the mountain was now in good condition but the weather was deteriorating. I realized that rushing so high a mountain would be difficult, but the couloir now just above us was very steep [allowing us to do a fast shortcut]. Unhappily there was thunder and snowfall all night. We decided to spend the [15 May 1960] day in camp and watch developments. The night of the 15th was clear, although the dawn of the 16th was cloudy, and we decided that much of the couloir was too steep to allow any great depth of snow to bind on it, and we started up [on 16 May 1960]. Quite soon we were hit by the edge of a very fast, but small, snow avalanche. We followed the true right side of the couloir and by 5.30 p.m., after a great deal of very steep climbing on snow, ice and rock, we saw through a gap in the clouds that we were close to the crest of the ridge but that there was very difficult ground just ahead. All day we had seen nowhere that we could pitch a tent and so we cut a cavern in the ice and by an hour after dark we pitched the tent. It was held by a piton and our axes. There was not room to extend it laterally. Nevertheless, we spent a warm and comfortable night [of 16 to 17 May 1960], but were disturbed by the fear that if a high wind got up we would be in great danger. There was snow all night and the dawn of the 17th May 1960 was one of thick cloud and snow, and we decided to go down. We left some food and kerosene at the place and fixed a hundred feet of rope in the ice. The climb down in the snow storm was very difficult. The falling snow would not bind to the ice and came hissing past us throughout the descent, filling any steps that were cut. At one time a small ice avalanche swept through us, fortunately at a place that was not very steep. Both Pa Norbu and I were hit but neither of us was hurt. We found the Sherpa Rinsing in good spirits at Camp II. The next day [18 May 1960] we moved back to Base Camp in a snow-storm which turned to rain as we got down. A piece of ice fell on to the dangerous ground near us as we crossed. On the 19th May 1960, we rested at Base Camp, and the next day the three Sherpas went back to Chilime to forage as we intended to wait for a change in the weather, if it would come, and make another attempt in the expected lull just as the monsoon broke. It was arranged that they should return after a week. I would remain at Base Camp and watch the weather. During this time the weather never really cleared up, but in the occasional clear periods it was possible to see that in spite of the heavy snowfall no major cone appeared under the couloir although the hills thundered with the sound of avalanches. On the 26th May 1960 the Sherpas returned with one coolie by the river line, with a supply of fresh meat and other stores. The following day [27 May 1960] we moved up to Advanced Base Camp. In the morning the weather was fine, but from 5 p.m. to 9 p.m. there was rain and snow and the night was comparatively clear. The Sanjen Glacier, almost surrounded by mountains, thundered with avalanches. On the 28th May 1960 we sent the Sherpa Rinsing back to Base Camp and in eleven hours climbed steadily up to Camp II. The ground in front of Camp I was strewn with fallen seracs. There were signs of heavy snowfall and a rise in temperature. The tent we had left on Camp II was nearly buried in snow and we worked for an hour to dig it out. From 3 p.m. until dusk there was light snowfall. On the next day [29 May 1960] we rested and watched the weather. The weather was fine and so on the 30th we made an early start up the couloir, making this time for the true left side. As we crossed the mouth, pieces of ice and snow came whizzing past us and I was struck on the left hand by a small piece of ice which drew blood and made my hand and wrist swell. At the first halt I asked the Sherpas whether they preferred to turn back, but we decided to go on. Stone and ice continued to come down in quantities and the Sherpa Pa Norbu was struck heavily on his rucksack. Again I offered to abandon the climb, but the majority opinion was for going on. In time we reached a rock ridge on the left of the couloir, and we could see Lambert's pitons and fixed ropes skylined. This rock ridge changed to steep ice with occasional rock outcrops on it. At 4.30 p.m. [on 30 May 1960] we made camp on a ledge in the ridge at about 21,300 ft. [6,360 meter] We had left Lambert's route and taken the steeper but shorter ridge. The night [30-31 May 1960] was bright with stars but towards morning there were terrific wind gusts. [On 31 May 1960] At 5.15 a.m. we started up the ice ridge. Here it was very steep but it soon gave way to easier angles. Mixed ice, snow and rock took us to the summit, the great snow dome visible from the Chilime valley, by 2 p.m. [However] We saw another summit over a saddle to the west. This summit appeared to be higher by a little. We were very surprised to see it, as we had understood that the northern summit was the higher and it appeared to us that we were on the more northerly of the two. Much later, when looking at Peter Aufschnaiter's photographs taken from Kyserong, it was decided that we had climbed the east summit and the other was the main summit climbed in 1955. In any event we could not get on to the other and back to camp. There was a cloud-bed low over Tibet, but I got photographs of some features above the cloud and was twice blown over from the kneeling position while doing so. We climbed back to camp through the clouds. We then discussed plans for getting off the mountain. The Sherpas thought that we might be killed by falling ice or stones in the couloir. I suggested looking for a route that would avoid it! Perhaps the route by which Eric Gauchat's body had been brought to Camp I. However, it was decided to throw the tent and purely high altitude equipment down the couloir and to climb down as fast as possible. The 1st of June 1960 was windy with cloud and snow. We started down by 6.15 a.m. and at the head of the couloir, threw the tent down. As we left the rocks and climbed into the couloir one of my crampon straps broke. By good luck one of Lambert's fixed ropes was close at hand and we cut it to tie the crampon. While doing this we heard the whistle of falling rock and lay against the face. I was hit on the rucksack very heavily and winded. While this was going on Pa Norbu dropped a woollen glove which we later found 12 paces from the jettisoned tent. We climbed on down the couloir at a terrific pace in cloud, wind and snow. There was only one more fall of ice and at last we came to the tent and the glove and were out of danger. The next day [02 June 1960] we were away by 7 a.m. and after rushing across the dangerous ground under the ice-falls, where I skinned my hand and nearly pulled a pile of boulders over myself, we climbed down on to the glacier where we met the Sherpa Rinsing, and the climb was over. |
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Ang Tharkay (1907–28 July 1981)
Life, Feats and Works Added on 17 Feb 2024. Completed 10 Jun 2024. The famous sherpa published his autobiography in 1954 in French, Mémoires d'Ang Tharkay, a book that is now sold out. Ang Tharkay wrote his memoirs in 1954 even as he would retire from alpinism much later, and only partially, in 1962 when he set up his own trekking business in Darjeeling. This memoir was written right after the 1953 Nun expedition with Pierre Vittoz. It thus offers very fresh memories of this expedition. We learn for example that Tharkay would call Bernard Pierre "Bara sahib" (the boss) Claude Kogan "Memsahib" (Madam Sahib), and Pierre Vittoz "Pasteur sahib". We learn as well that Ang Tharkay suffered broken ribs and contusions during the 23.Aug.1953 avalanche but that he assisted Michel Desorbay just the same, which tells a lot about his strong character and dedication. Ang Tharkay's memoir was at last translated into English in 2016 under the title: Sherpa: The Memoir of Ang Tharkay. Original in French Ang Tharkay, Basil Norton: Mémoires d'un Sherpa, Amiot-Dumont, Paris 1954.
Translation into English Ang Tharkay, Basil P. Norton: Sherpa – The Memoir of Ang Tharkay, Mountaineers Books, 1st edition, March 2016 (16 Feb 2016), 192 pages ISBN-10 1594859973, ISBN-13 978-1594859977, weight: 318 g, dimensions: 15.24 x 1.91 x 22.86 cm. 4th cover page: Ang Tharkay was the sirdar [head of the Sherpas] for Maurice Herzog’s Annapurna expedition in 1950—the first 8000-meter peak to be climbed. Tharkay was a key member of the 1951 reconnaissance of Everest—which led to the successful 1953 ascent. The autobiography of Ang Tharkay, who was born in 1907 and became one of the most renowned Sherpas of early Himalayan exploration, has long been a collector’s item in the original French-language edition but it has never been available in English until now. In Sherpa, Tharkay describes his experiences traveling with Eric Shipton and H.W. Tilman and as the sirdar on Maurice Herzog’s 1950 ascent of Annapurna. Few such Sherpa accounts have been written, and fewer still from these early Himalayan expeditions. Opening with a brief account of Tharkay’s childhood and background, Sherpa then immerses readers in expeditions on Everest, Nanga Parbat, and, of course, Annapurna [not to forget the Nun expedition of 1953 with Pierre Vittoz]. Tharkay reveals some of the politics within the Sherpa support teams: petty arguments and shared struggles that went unnoticed or at least unrecorded by those who hired them. Tharkay’s admiration of his employers is leavened with his recognition of their shortcomings, but his affection for the climbers who employed him, and theirs for him, radiates throughout the story. Sherpa includes an original foreword by Tashi Sherpa, founder of Sherpa Adventure Gear and the nephew of Ang Tharkay. He remembers how he and his young cousins worshipped “Agu” (Uncle) as a respected mountaineer and hero, a warm and safe presence for the family. Ang Tharkay Biography From wikipedia Ang Tharkay (1907 – 28 July 1981) was a Nepalese mountain climber and explorer who acted as sherpa and later sirdar for many Himalayan expeditions. He was "beyond question the outstanding sherpa of his era" and he introduced Tenzing Norgay (first to climb the Everest in May 1952 with Edmund Hillary) to the world of mountaineering. Personal life Ang Tharkay (his name is also often written Angtharkay or Angtarkay) was born in 1907 to a poor family in Kunde, just north of Namche Bazaar in the Solukhumbu district of Nepal, near Mount Everest. Hoping to make a living as a mountaineering porter, like many ambitious boys of his era living near Everest, at the age of twelve he migrated to Darjeeling in India which was where many expeditions selected sherpas and porters. He was married to Ang Yangjin and they had a daughter and four sons. He was well-built though only about 5 feet (1.50 m) tall. In 1954 the Himalayan Mountaineering Institute in Darjeeling sent him to Switzerland on a technical climbing course. In 1954 he set up his own trekking business in Darjeeling and published his autobiography Mémoires d'un Sherpa (in French). He was the first mountaineering sherpa to write a book. He also became a successful road building contractor in Western Sikkim. When he retired from active mountaineering around 1962 he returned to Nepal to farm a large area of land to the south of Kathmandu. He then started another trekking agency Nepal Trekking. He died of cancer in Kathmandu in 1981. Major expeditions The first time Ang Tharkay was chosen for an expedition was in 1931 by a German party for Kangchenjunga. He was then included in the team for British attempt on Everest in 1933 where he became honoured as one of the "Tigers" – one who carried to over 27,000 feet (8,200 m). Eric Shipton, who had also been in the 1933 party, selected him (effectively as sirdar) for the 1934 Nanda Devi exploration as well as for Shipton's return visit to Nanda Devi in 1936 – he had not been available when Bill Tilman was recruiting sherpas for the 1936 ascent of Nanda Devi. There were two occasions on the 1934 expedition when Shipton credits him with finding a route when everyone else had thought they would have to turn back. He was on the 1935 British Everest expedition and it was because of Ang Tharkay that a friend of his, Tenzing Norgay, got his first engagement as a sherpa. Also that year Ang Tharkay was in the party supporting Reginald Cooke's solo ascent of Kabru. Cooke later said that because he found him to be the most reliable of the sherpas he "stupidly left him in charge of Base Camp and did not take him to the summit". Ang Tharkay was sirdar in 1937 for Shipton's five-month survey of 1,800 square miles (4,700 km2) of Karakoram territory north of K2 and again on the 1938 Everest expedition. He was sirdar on the successful 1950 French Annapurna expedition with Maurice Herzog and Louis Lachenal to Annapurna, the first eight-thousander to be climbed. Herzog had invited him to be in the summit team but Ang Tharkay had declined, saying his feet were starting to freeze. Herzog and Lachenal, descending from the summit, had dreadfully frostbitten feet and had to be carried down by the sherpas, including Ang Tharkay. In his 1954 memoirs he made particular mention that he was treated with friendship and equality by the French climbers. He was awarded the Légion d'honneur – the first sherpa to receive a European honour. On Shipton's British Everest reconnaissance in 1951 the party had entered Tibet, which they knew was not permitted, but they hoped they would not be noticed. However, things went wrong and they were apprehended by an armed militia. There was shouting on both sides for ten minutes until Ang Tharkay, who was sirdar, asked the Europeans to move away. There followed twenty minutes further loud argument after which he came back to the sahibs, grinning – they were to be released for payment of seven rupees which Ang Tharkay had been arguing down from ten. Shipton had been worrying because he only had 1,200 rupees to purchase their freedom. Ang Tharkay went as sirdar to Cho Oyu in 1952, to Dhaulagiri and Nun in 1953, Makalu in 1954 and Kamet (reaching the summit) in 1955. In 1962 he had to be coaxed out of his retirement to be sirdar for an Indian expedition to Everest where they reached the South Col. This made him the oldest person to climb to eight thousand metres. Ang Tharkay took a party to the Annapurna Sanctuary in 1975, and in 1978 at the age of 70 he led the sherpas for the French attempt on Dhaulagiri. Appreciation The Royal Geographical Society said of Ang Tharkay, "He was exceptional as both climber and sirdar, and his character won high praise from all who knew him". Cooke considered him "one of the bravest, most intelligent, and adventurous of all the young Sherpas". Shipton wrote, "We soon learned to value his rare qualities, qualities which made him outstandingly the best of all the Sherpas I have known. He had a shrewd judgement both of men and of situations, and was absolutely steady in any crisis. He was a most lovable person, modest and unselfish and completely sincere, with an infectious gaiety of spirit. He has been with me on all my subsequent journeys to the Himalayas, and to him I owe a large measure of their success and much of my enjoyment". |
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Created: 14 Apr 2023 Last modified: 31 Oct 2025
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