7
On le sait, les
conditions actuelles de longévité permettent la présence
simultanée dans
certaines familles de quatre ou cinq générations en
filiation
directe, et même si
les périodes de vie réellement partagées ne sont pas toujours
plus longues
qu’autrefois pour tous, la nature des relations entre les membres de
la parentèle est
appelé à changer considérablement : comme l’écrivait A.
Cournot, “une plus
grande durée de compagnonnage favorise les influences
réciproques,
accentue les rapports de compétition ou de coopération selon les cas,
modifie, aux
diverses étapes du parcours de vie, la configuration des enjeux liés à
la séparation, à la
distribution du pouvoir, à la détention et à la répartition des
biens économiques et
symboliques”.
Les rôles des
femmes et des hommes y sont bouleversés
On pourrait donner
de multiples exemples des changements induits par cet
allongement de la
vie et par la multiplication des générations. Ainsi, la femme
mariée dans la
cinquantaine risque d’avoir à la fois des petits enfants et de
posséder encore ses
parents ou beaux-parents, de sorte que les contraintes qui
pèsent sur elle
peuvent devenir très lourdes, dans la mesure où elle est sollicitée
à la fois par le
bas et le haut de l’échelle des âges et qu’elle est parfois
littéralement
transformée en femme “Atlas”, obligée de supporter et d’entretenir
à la fois ses
descendants et ses ascendants, tout en exerçant souvent une
profession
extérieure, et de devenir, parfois contre son gré, un véritable otage
familial de
l’intergénérationnel.
Pour l’homme, même
si ses rôles familiaux et domestiques sont sensiblement
différents, et s’il
bénéficie moins des progrès de longévité à cause de la
surmortalité
masculine qui donne un avantage de survie de 5 à 8 ans
supplémentaires en
moyenne aux mères, il n’empêche que s’il est retraité ou
préretraité à 55
ans, il conserve une perspective de vivre encore 20 ou 30 ans en
dehors des
contraintes du travail, dans une optique de temps libéré, ce
qui
contraste fortement
avec la situation qui prévalait encore dans les années
d’immédiat
après-guerre, où la retraite était pour beaucoup de
travailleurs
l’antichambre de la
mort en ne la précédant que de peu de temps.
Arrivé à cette
phase de sa vie, il a aussi de sérieuses chances d’avoir encore
plusieurs de ses
parents et/ou beaux parents survivants, et il ne deviendra
probablement
orphelin complet qu’après avoir déjà quitté la vie professionnelle
depuis plusieurs
années. Conséquence concrète immédiate : deux générations de
retraités en rapport
de filiation directe sont appelées à se côtoyer, et parfois à
cohabiter et à
s’entretenir mutuellement.
Conséquence
indirecte : si les enfants sont quasiment assurés de garder leurs
parents jusqu’à un
âge avancé, ils doivent aussi se résoudre à ne pas hériter de
leurs géniteurs
avant d’être eux-mêmes retraités, à un moment où leurs besoins