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David Cosandey
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Théorie du miracle européen
Cosandey

La Théorie du Système d'Etats Prospère: le Pour et le Contre
La théorie évoquée ici est exposée en détail dans
Le Secret de l'Occident (1997) et
Le Secret de l'Occident (2007) et
Le Secret de l'Occident (2008) .

Pourquoi les gens sont-ils pour et pourquoi sont-ils contre?


LE CONTRE
Quels arguments sont-ils le plus souvent opposés à la théorie du système d'états prospère?
On peut regrouper les arguments des "opposants" en plusieurs catégories:


– L'attachement à une autre explication
Beaucoup de gens restent attachés à leurs explications traditionnelles. En effet, c'est l'identité même des Occidentaux qui se trouve redéfinie par la théorie présentée dans mon livre Le Secret de l'Occcident. Il n'est pas facile du tout de renoncer à l'idée que l'on est supérieur, par sa culture ou sa religion. Mais cet attachement aux hypothèses habituelles peut peut aussi être purement inertiel, voire sentimental.

L'historien français Pierre Chaunu, par exemple, s'est montré très intéressé par la thèse de David Cosandey, bien qu'il reste convaincu que le facteur culturel, le bagage judéo-hellénique de l'Europe, a été déterminant dans l'évolution de la science dans la civilisation occidentale.
Anton Vos, Le Journal de Genève (réf).

Aussi convaincante qu’elle puisse être, cette thèse ne doit pas faire perdre de vue le rôle qu’ont pu jouer les croyances. En Chine, ce sont les géomanciens et autres alchimistes qui tentent de comprendre les secrets du tao (...) Très loin du modèle mécaniste qui triomphera avec Descartes (...) cet ordre complexe est aux yeux des mystiques chinois impénétrable à l’intelligence théorique.
Ursula Gauthier, Le Nouvel Observateur (réf).

Les explications culturalistes (influence de la religion, du rapport au monde...) recèlent certainement aussi leur part de vérité.
Arnaud Parienty La Recherche (réf).



– La trop grande importance du renversement de perspective
(argument lié à l'attachement aux théories traditionnelles)
La théorie présentée dans Le Secret de l'Occcident conduit clairement à un changement de paradigme, à une sortie des hypothèses aujourd'hui largement acceptées, culturelles ou religieuses. Pour beaucoup de penseurs, le saut à faire est énorme, trop grand pour être fait tout de suite. Seul le temps pourra faire passer un tel bouleversement intellectuel. Tout changement de paradigme demande du temps, beaucoup de temps.


– Le scepticisme devant toute grandiose théorie
"Il n'y a pas de Grandiose Théorie pour répondre à la Grande Question" représente une opinion assez largement diffusée. Par sa démesure, par sa complexite, l'explication suprême du mystère européen serait fondamentalement inaccessible.
Cet argument est évidemment imparable. Si aucune explication n'est à la portée des humains, alors toute théorie (proposée évidemment par un humain) sera forcément fausse. Cet argument permet de rejeter en bloc toute hypothèse. Une telle philosophie, prônant le renoncement à la raison, n'est pas sans rappeler celle des ermites de forêt prônant une humilité totale, et interdisant toute disputation/réflexion sur la divinité inconnaissable. Notons que cette approche élimine d'emblée également toutes les autres théories: les hypothèses culturelle, religieuses, ethnique, etc...


– La préférence pour le mystère
Pour certaines personnes, il y a une gêne, voire une forte réticence, à résoudre une énigme, en l'occurence celle du succès sensationnel de l'Occident au cours du dernier millénaire.
Il y a dans le mystère lui-même, dans l'extraordinaire inexpliqué, un romantisme irremplaçable, un plaisir douloureux pour l'esprit. L'on se perd en conjectures, en hypothèses, en réflexions toutes plus stimulantes les unes que les autres. Une part de rêve, de merveilleux, subsiste dans toute grande énigme. Dissiper le mystère, comme je le fais dans Le Secret de l'Occcident, c'est rompre le charme. La lumière éclaire mais fait disparaître les clairs obscurs, les zones d'ombres, où l'esprit pouvait divaguer tout à son aise. Beaucoup de chercheurs préfèrent préserver le mystère, pour le plaisir du rêve, et pour pouvoir chercher longtemps encore.


– Scepticisme face à l'auteur, illustre inconnu
Pour beaucoup de nos concitoyens, seule une sommité académique âgée serait à même de s'attaquer à un problème aussi vaste, aussi complexe que le mystère du succès occidental. Un auteur non-professeur et relativement jeune ne doit donc être accueilli qu'avec le plus grand scepticisme.
Cet argument est rarement directement ouvertement exprimé, mais il pointe de manière sous-jacente derrière beaucoup de critiques et de recensions, qui se permettent de remballer plus vertement le livre que s'ils avaient affaire à un illustre professeur nonagénaire de Harvard.


– L'accusation de simplisme
Non sans points communs avec l'idée qu'il ne peut y avoir de Grandiose Réponse répondant à la Grandiose Question de Needham, l'accusation de simplisme consiste à se méfier d'une théorie qui parvient à réduire la complexité inextricable du réel à quelques paramètres à peine. Alors que c'est justement là le mérite de toute brillante théorie: proposer un changement de variables dans lequel les équations se simplifient. Mettre en évidence les symétries d'un problème, comme disent les physiciens. Simplicité et simplisme ne riment que pour les idiots. Faudrait-il sinon que toute explication d'un phénomène compliqué soit très compliquée elle-même?...

L'explication d'événements aussi importants par un nombre aussi restreint de facteurs est plus que séduisant mais ne semble pas toujours une pilule facile à avaler sans une gorgée d'eau.
Anton Vos, Le Journal de Genève (réf)

On peut, certes, discuter du bien-fondé de la démonstration que d'aucuns trouveront, peut-être, un peu réductrice.
Yves-Marie Laulan, Géopolitique des Populations (réf)

Plus profondément, que peut-on dire sur la validité des théories exposées par Cosandey? Ce qui frappe est leur simplicité: v entraîne x et y, et à leur tour x et y sont à l'origine de z. Une telle simplicité peut-elle s'adapter à plusieurs millénaires d'histoire (l'auteur applique sa théorie à la Grèce du Ve siècle avant le Christ comme au monde du XXe siècle), dans des civilisations aussi diverses que celles de l'Orient, du Moyen-Orient ou de l'Occident? La réponse nous semble positive car si la solution proposée est simple, elle n'est pas simpliste, mais au contraire élaborée et fondée sur des arguments forts, nombreux et peu contestables. Si l'évolution à long terme de l'humanité est forcément complexe, doit-on nécessairement l'expliquer par une théorie obscure exprimée dans un vocabulaire abstrus ? Après tout, le matérialisme historique de Marx permet d'éclairer de façon extraordinaire l'évolution des sociétés, mais il peut être présenté clairement en quelques phrases, comme cela a d'ailleurs été le cas il y a exactement cent cinquante ans.
Jacques Brasseul Région et Développement (réf)


Ici on ne peut pas parler de simplisme. Pour reprendre Christophe Brun, qui présente la seconde édition du livre, la simplicité éclate peut-être dans les principes mis en oeuvre, mais nullement dans leur maniement, qui rend compte de la complexité des phénomènes analysés. Une théorie élégante dégage des lois simples qui permettent l'explication fine de phénomènes complexes. Reproche-t-on à Newton la simplicité de la théorie de la gravitation, qui prétend expliquer la rotation des planètes autant que la chute des corps avec une simple équation?
Romain Boistel, Amazon.fr (réf)



– L'accusation de "compliquisme" – l'énervement devant la masse d'informations
Point de vue exactement inverse de l'accusation de simplisme. Un problème extrêmement complexe, expliquer l'évolution de la science dans toutes les civilisations sur des milliers d'années devrait s'expliquer et se démontrer sur quelques pages seulement... Le Secret de l'Occcident serait beaucoup trop long et surchargé. Bien entendu, dans le cas contraire, les critiques ne se priveraient pas de plastronner que la démonstration est incomplète, qu'il manque des exemples, que toutes les époques ne sont pas illustrées, etc...

You may well feel overwhelmed by the barrage of facts in David Cosandey's Le Secret de l'Occident (...) This zany attempt at a triumphalist Plato to NATO account provides a salutary reminder that finding new ways of writing scientific history is not always such a good idea.
Patricia Fara, NewScientist (réf).



– Rejet de certains aspects
L'extension de la théorie au domaine spatial est une pilule difficile à avaler pour beaucoup

Le pape des Annales [Fernand Braudel] aurait-il suivi son disciple dans sa conclusion sur le cosmos où il imagine nos successeurs à la recherche de systèmes stellaires plus méreuporiques [en fait, planétographiquement plus favorable, c'est-à-dire donnant plus de chances à un système d'états stables d'apparaître à échelle interplanétaire], c'est-à-dire plus favorisés sous le rapport des planètes que le nôtre et où les guerres intergalactiques relanceraient la science et les techniques vagissantes sur terre?
Claude Puhl, Le Républicain Lorrain (réf).

La valeur de la thalassographie dans le monde actuel est perçue comme moins importante que ce que je n'affirme.

En outre, l'auteur n'emporte pas la conviction lorsqu'il affirme l'actualité de son schéma d'explication fondé sur la forme des continents : l'espace n'est plus aussi déterminant qu'il le fut ; le progrès scientifique et technique doit moins aux recherches militaires qu'autrefois.
Arnaud Parienty La Recherche (réf)



– L'absence d'équations, de courbes et de graphiques mathématiques
Beaucoup de penseurs se sont habitués à ce que des équations et des graphiques soient inclus dans toute théorie sérieuse, en économie mais aussi en histoire ou en sciences sociales.
C'est sans doute là le point où il reste le plus à faire, par rapport à l'état du Le Secret de l'Occcident (2007). Je n'ai en effet pas autant quantifié la théorie qu'il aurait été possible de le faire. Mais la question n'est pas triviale. Comment quantifier la stabilité de la division politique d'une civilisation, et la prospérité d'une économie, particulièrement aux époque pré-modernes? A partir de quand une division politique est-elle "stable"? Faut-il que les Etats durent cinquante ans, cent ans, deux cents ans? Qu'entend-on par prospérité? S'agit-il du niveau absolu de richesse, ou de la croissance? Et de toute façon, comment mesurer et l'un et l'autre, aux époques précédant le XXe siècle? (époque ayant vu la mise en place de départements dans les administrations s'occupant de mesurer de ces indicateurs). Il semble impossible d'échapper à une certaine dose de qualitatif, par la force des choses.

Les économistes du développement peuvent trouver les thèses de Cosandey trop abruptes : il prétend fournir une explication globale au développement sans aucune équation mathématique.
Edgar, La Lettre Volée (réf)


– La non-démontrabilité
Impossible de faire rejouer l'histoire plusieurs fois en variant les paramètres, comme en astronomie ou en paléontologie d'ailleurs. Mais toute théorie de l'histoire butte sur cette opposition, pas seulement la théorie du système d'états stable et prospère.

L'auteur affirme être le premier à avoir trouvé la clef du développement scientifique. Mais il ne démontre pas vraiment une thèse indémontrable.
Arnaud Parienty La Recherche (réf)



– Une théorie politiquement neutre – l'absence d'un groupement d'intérêt de soutien
Aucun groupe puissant n'a d'intérêt à défendre (ou à combattre) cette théorie. La théorie méreuporique est chimiquement neutre. Tous les groupements politiques ont quelque chose à gagner, mais aussi quelque chose d'important à perdre, en adoptant cette nouvelle théorie. Les partis de droite approuvent l'importance donnée à la classe d'affaires et à la croissance économique, mais regrettent l'abandon des hypothèses religieuse ou culturelle. Les partis de gauche apprécient la partie marxienne de la théorie (l'infrastructure détermine la superstructure) et l'abandon des hypothèses internalistes, mais ils ne peuvent "digérer" la valeur donnée à la division, à la concurrence et à la guerre.
L'adoption d'une nouvelle idéologie (cf. le marxisme ou l'idéologie du libre-échange) a plus de chances de réussir si quelque groupement puissant y trouve intérêt.
Il y a une heureuse exception toutefois. Il existe un groupement professionnel qui a intérêt à défendre et à propager ma belle théorie. Il s'agit de la corporation des avocats. Les hommes de loi trouvent dans la théorie du système d'états prospère une justification – absolument valable – à leur volonté de maintenir des droits locaux/nationaux distincts. L'unification économique et culturelle du monde en cours au XXIe siècle (la "mondialisation") exerce naturellement une poussée vers l'unification planétaire du droit, qui représente une menace pour les prés carrés des avocats et juristes. La théorie méreuporique leur offre des arguments de premier choix dans leur lutte pour défendre leurs droits.


– Le rôle de la guerre
Accepter que la guerre ait pu jouer un rôle positif, très positif même, dans l'évolution de la science et de la technologie, et donc dans l'évolution de la civilisation, représente un obstacle psychologique majeur.
C'est là sans aucun doute la raison pour laquelle la théorie méreuporique n'a pas été découverte plus tôt. Le miracle grec, qu'elle explique très bien, aurait sinon pu être disséqué et compris depuis 2'500 ans. S'il ne l'a pas été, c'est que personne n'a pu surmonter cet obstacle, et penser l'impensable, et ce pendant des milliers d'années. L'obstacle intellectuel – le rôle positif de la guerre – était trop énorme.
Il est frappant que cet obstacle n'est pratiquement jamais évoqué. Il existe pourtant bel et bien. On peut en mesurer la lourde présence dans le fait qu'il n'est jamais évoqué, même par les défenseurs de la théorie méreuporique.


– Le rôle positif de la division
Accepter que la division entre Etats rivaux ait pu jouer un rôle positif, dans l'évolution de la science et de la technologie, comme la guerre, représente aussi un obstacle psychologique.
La volonté de ne pas voir, attachement irrépressible au grand empire unifié, image d'un dieu universel protecteur.
Image de gloire et de grandeur qu'on adule et admire.
Cet attachement à l'unité étant particulièrement fort en Chine, il est à craindre que la Chine soit la dernière région à se laisser convaincre par la théorie du système d'états stable et prospère.


– Le problème du titre
A la lecture du titre, certains lecteurs potentiels s'imaginent qu'ils ont affaire à un livre européo-centriste, ou pas sérieux. Cela les détourne du Secret de l'Occcident. Le titre leur fait croire que mon livre prétendrait révéler une supériorité intrinsèque de la culture européenne, ou que l'Occident posséderait une "recette" infaillible qu'il cacherait... Alors que le seul "secret" de l'Europe occidentale dont il soit question se trouve être... sa configuration géographique.
En composant ce titre, je m'étais pourtant seulement attaché à un trouver une formule flash à la façon journalistique, un raccourci choc. Le but était tout à la fois d'attirer l'attention du chaland (préoccupation commerciale) et de synthétiser un vaste contenu en quelques mots (recherche de la clarté).

Je viens d’apercevoir dans la librairie juste en dessous de chez moi (...) un petit livre dans la collection « Champs » de Flammarion intitulé Le Secret de l’Occident, par un certain David Cosandey. Craignant déjà le pire au vu du titre, je regarde la quatrième de couverture (...)
Jean-Edouard Colliard, normalien de l'Ecole d'économie de Paris, 16 oct 2007.

Vers 1999 ou 2000, j’étais tombé sur l’édition d’Arléa par hasard, en furetant dans les rayons de la librairie parisienne Gibert. (...) En feuilletant votre ouvrage, j’ai donc immédiatement été intéressé, avec réticence cependant, d’abord au regard du titre ronflant, en me disant «encore un zozo qui a trouvé le fin mot des choses» (...)
Christophe Brun, lettre à l'auteur, oct 2007.




– L'accusation de parti pris
Seuls les arguments favorables à la théorie seraient retenus dans le livre, de sorte que la théorie s'effondrerait si on mentionnait tous les éléments contraires... Mais l'accusateur se garde bien de mentionner quels sont ces éléments contraire escamotés... La vérité est qu'il n'y en a pas tellement.
Il y a bien sûr une marge d'erreur imposée par l'incertitude, parfois très grande, de la connaissance historiographique. Il y a bien sûr des exceptions (des savants s'épanouissant sous un prince universel, par exemple, ou des savants brillant en période de dépression économique). Mais ce sont de rares exceptions, les exceptions qui confirment la règle, comme on dit.

The evocation of comparison transcends a mastery of literary tropes. Entirely straightforward prose can achieve a stunning effect by displaying carefully chosen similarities and differences.
Lewis Pyenson, paper in History of Science (ref)



– L'accusation de déterminisme
Certaines modes intellectuelles font que soudain un concept est frappé d'anathème, comme visiblement à notre époque le déterminisme géographique. Même si je défendais un déterminisme géographique, quel serait le problème?
Quoi qu'il en soit, je ne propose pas un déterminisme géographique, mais un probabilisme géographique. Ce concept se rencontre fréquemment en sciences. Si vous avez un dé ayant sur trois de ses six côtés le chiffre 6, vous aurez plus de chances de faire un six qu'un joueur n'ayant un six que sur un côté. Sur plusieurs tours, le joueur ayant trois six aura plus de chances de gagner, mais pas une certitude. Certains états qui, dans une logique déterministe, seraient considérés comme "prédestinés par la géographie" ne se sont en fait pas formés, ou tard, comme l'Italie.
De la même façon, les habitants de l'Europe avaient seulement plus de chances de se diviser en plusieurs Etats distincts et stables à long terme, mais pas la certitude. Si d'autres facteurs gênants interviennent, comme une population trop faible (avant l'ère chrétienne) ou des mouvements de population chaotiques (invasions barbares), ou une grave malchance historique (la guerre de Cent Ans) alors ces avantages géographiques se trouvent plus que contrebalancés et une unité totale, ou une division instable, peuvent s'établir (et se sont établies), en dépit de la thalassographie très articulée du continent.


– L'incomplétude des sources
Il est clair que dans un sujet si vaste, et dans une activité auxiliaire, on ne peut que présenter une bibliographie incomplète. Des milliers de livres supplémentaires auraient mérité d'apparaître dans ma bibliographie. Lorsque l'on se penche sur plusieurs milliers d'années d'histoire des civilisations, virtuellement tous les écrits sont concernés et devraient être cités...
Le géographe allemand Carl Ritter, par exemple, aurait pu recevoir quelques paragraphes de citation. Ritter a a repris l'idée de Hume et de Montesquieu selon laquelle un profil littoral très découpé devait probablement dynamiser une civilisation. Mais Ritter ne l'a guère l'approfondie ou enrichie. Il n'en a pas non plus montré la validité, pas plus que Hume et Montesquieu eux-mêmes. Ritter n'a pas identifié l'immense chaîne de causalités conduisant d'une configuration géographique données aux avancées scientifiques et techniques (ce que je fais justement dans Le Secret de l'Occcident). Il s'est limité à une sorte de mysticisme de la géographie, croyant avoir identifié un lien quasi-magique entre la configuration du littoral et l'avance d'une nation. Ritter a donc pu assez facilement être ridiculisé pendant les décennies ultérieures. Il ne suffit pas d'affirmer que les rayons cosmiques déclenchent la foudre... il faut encore le démontrer.
Je bâtis la théorie complète montrant le lien de causalité (probabiliste) entre profil littoral articulé et le couple division politique stable et essor économique, puis le lien de cause à effet direct entre ces deux facteurs et le progrès scientifique. C'est là la grande originalité de mon ouvrage. Montrer comment et pourquoi la science ne peut avancer, à long terme, que dans un système comprenant plusieurs Etats durables et en concurrence, et animés d'une intense croissance économique.
Je prétendais (et prétends toujours) être le premier à avoir rassemblé toutes les pièces du puzzle, pas à avoir découvert toutes les pièces du puzzle...
Cela étant dit, je cite abondamment d'autres géographes ou historiens ayant défendu avant moi, ou ayant été très intéressé par, ce que j'ai appelé l'hypothèse thalassographique: Hume, Montesquieu, Ernest Grangier, Alfred Baur, Eugen Weber, Fernand Braudel, etc.
Je prétends seulement qu'aucun de ces auteurs n'avait dépassé la brève intuition, vite oubliée ou pas démontrée, restant assez loin d'une démonstration globale complète.


– Le sens de la causalité, le problème de l'oeuf et de la poule
Si l'essor économique soutient le progrès techno-scientifique, et que le progrès techno-scientifique soutient l'essor économique, comment savoir lequel des deux vient en premier dans l'Histoire? L'avis que je défends dans Le Secret de l'Occcident est que le décollage commercial et économique doit venir d'abord. Il faut d'abord qu'une certaine aisance soit atteinte pour que l'on puisse se consacrer à des tâches non immédiatement productives, et même souvent improductives, comme la recherche. Ce n'est qu'ensuite, selon moi, que peut s'enclencher une dynamique vertueuse ("vertueuse" pour les partisans de la science...) les améliorations techniques permises par l'amassement de liquidités permettant à leur tour un renforcement de la production et des transports.

Quant à l'ordre des facteurs, comment être sûr ? Le progrès scientifique C est-il né de A et B, ou de A lui-même né de B et d'autres facteurs ? Les causalités n'ont-elles pu jouer dans les deux sens?
Arnaud Parienty, La Recherche (réf)



– Un certain côté non intuitif
Les "constantes" de la vie de tous les jours (cultures, religions) deviennent des variables à l'échelle du très long terme, à l'échelle de l'histoire séculaire des civilisations. Il faut donc faire un grand effort d'abstraction, il faut prendre assez de distance, pour pouvoir s'imaginer les mécanismes oeuvrant à l'échelle du très long terme. Et il faut très bien connaître l'histoire aussi, pour réussir à ne pas mélanger ce qui paraît juste correct parce que s'appliquant dans la vie de tous les jours, mais qui est faux à très long terme. (Exemple: à court terme, c'est la religion qui modèle les individus, à long terme ce sont les besoins collectifs des individus, de la société, qui modèlent la religion). Pour distinguer entre lois et logiques valables sur le court terme, et lois à long terme. Certaines lois à long terme sont ainsi contr-intuitives, en ce sens qu'elles sont infirmées par ce que l'on observe autour de soi dans la vie de tous les jours...
Dans la vie de tous les jours, la religion est la cause de bien des comportements, alors que sur le long terme, la religion peut être vue comme un effet.
Il faut un certain effort d'abstraction, et une certaine culture / connaissance de l'histoire... pour pouvoir prendre assez de distance.

Ce qui est le plus audacieux dans la théorie énoncée par David Cosandey est la réfutation en bloc des dimensions culturelles ou religieuses comme facteur déterminant du développement des sciences et de la technologie. Avec une nuance importante toutefois: il admet volontiers que ces facteurs puissent avoir de l'importance à une échelle réduite, au niveau de l'individu ou sur une période courte, mais il les rejette en tant que guide des grands courants de l'histoire.
Anton Vos, Le Journal de Genève (réf)



– L'inévitable: les critiques n'ayant pas lu l'ouvrage
Le cas le plus fréquent, malheureusement, mais inévitablement, est celui des gens n'ayant pas lu, ou seulement effleuré, l'ouvrage. Ces personnes voient en général des obstacles insurmontables à ma théorie dans la taille massive de l'Amérique du Nord, dans le découpage très articulé de l'Indonésie, dans l'extension spatiale de la théorie, etc.

Toutes ces apparentes réfutations sont réfutées dans le livre, il suffit de le lire.
Par son gigantisme, par la vraie richesse de ses idées, Le Secret de l'Occcident risque de sembler, à une personne le lisant en diagonale en vitesse, quelque peu fumeux, voire délirant... On ne peut y retrouver tout de suite le ronronnement habituel des idées admises.














Créé 24 fév 2008 – Derniers changements: 05 oct 2008