. Cette approche impliquerait elle aussi un rejet des maximes justificatives de réciprocité, dans
la mesure où ces dernières constituent la formulation d’obligations de justice, et non l’identification de
pratiques relevant de la simple gratitude. Une troisième manière de répondre à la question de Barry
consiste à abonder dans le sens de l’objection, tout en montrant que des obligations de justice entre les
générations peuvent être formulées, même si cela ne peut être fait dans les termes de la réciprocité. Ce
serait le cas par exemple d’une théorie égalitariste du maximin, préoccupée par l’amélioration du sort
du plus défavorisé et qui se substituerait à l’approche de réciprocité descendante. Pour l’égalitariste du
maximin – du moins pour celui qui se détacherait totalement d’intuitions liées à la notion d’avantage
mutuel -, la raison pour laquelle nous devons effectuer certains transferts au profit de la génération
suivante n’a rien à voir avec le fait comme tel d’avoir reçu quelque chose de la génération précédente.
Ce qui est en question, c’est plutôt que si notre génération n’effectuait pas de tels transferts, la
génération suivante se retrouverait dans des circonstances plus défavorables que celles dont nous
avons nous-même bénéficié. Et qu’une telle pratique ne serait pas en mesure de nous conduire a un
chemin intergénérationnel où le plus défavorisé, quelle que soit la génération à laquelle il appartient,
soit dans la meilleure situation possible.
Les propositions propriétaristes
Les trois réponses précitées à l’objection de Barry supposent l’abandon du modèle justificatif de
réciprocité. Un tel abandon est-il inévitable? Pas nécessairement. Mais pour l’éviter, il importe
d’identifier des angles d’analyse en termes de justice susceptibles de se superposer à l’idée de
réciprocité tout en y ajoutant un supplément intuitif. Deux approches nous semblent possibles à cet
égard, l’une formulée en termes de propriété collective intergénérationnelle et orientée principalement
vers une idée d’obligation envers les personnes futures, et l’autre fondée notamment sur une notion de
free-riding, et centrée plus directement sur l’idée d’obligations envers les morts, la première n’étant
d’ailleurs pas nécessairement incompatible avec la seconde.
Selon la première, l’idée est que ce dont nous héritons de la génération précédente ne nous appartient
pas à titre plein et exclusif. Cette intuition peut être formulée de façons diverses, avec des
conséquences différentes à chaque fois. Soit - comme dans le célèbre proverbe indien -